MSCI publie son analyse annuelle Private Capital in Focus: Trends to Watch for 2026, qui dresse un constat clair: après plusieurs années de croissance soutenue, les marchés privés entrent dans une phase de normalisation marquée par des tensions sur la liquidité, un recentrage sur la performance opérationnelle et l’émergence de risques plus visibles dans le crédit privé.
Private equity: la liquidité reste le principal point de friction
Malgré une tentative de retour à la normale fin 2024, les distributions issues du private equity sont restées faibles en 2025, atteignant même de nouveaux points bas dans l’immobilier non coté. Dans ce contexte, les véhicules de continuation se sont imposés comme un mécanisme clé de gestion de la liquidité. Leur poids relatif a fortement augmenté depuis 2021, illustrant le recours croissant aux transactions secondaires menées par les gérants.
MSCI souligne toutefois que ces structures, encore largement non réalisées, devront faire la preuve de leur capacité à générer une performance durable et à répondre aux attentes des investisseurs institutionnels en matière de gestion de portefeuille et de visibilité sur les flux de trésorerie.
Création de valeur: la fin de l’illusion des multiples
L’étude met en évidence un changement structurel dans les moteurs de création de valeur des opérations de buyout. Entre 2022 et 2025, la croissance des revenus est devenue le principal contributeur à la performance, loin devant l’expansion des multiples, qui avait dominé la période 2020–2021.
Cette évolution renforce le lien entre distributions et fondamentaux économiques: la capacité à générer du cash dépend désormais davantage de la croissance réelle et de l’amélioration des marges que des conditions de marché. Dans un environnement de taux durablement plus élevés, tout ralentissement de l’activité pourrait peser directement sur les valorisations de sortie.
Crédit privé: l’essor rapide des fonds semi-liquides interroge
Le crédit privé reste un moteur de collecte, mais sa dynamique évolue rapidement. Les fonds semi-liquides – parfois qualifiés d’«evergreen» – captent une part croissante des flux, avec un encours annuel estimé à 74 milliards de dollars en 2025. Cette montée en puissance reflète l’ouverture du marché à de nouveaux profils d’investisseurs en quête de flexibilité.
MSCI alerte cependant sur le caractère partiellement illusoire de cette liquidité. Les rachats sont limités, les valorisations reposent sur des estimations internes et les actifs sous-jacents restent fondamentalement illiquides. Ce modèle n’a pas encore été testé dans un environnement de stress marqué.
Pressions croissantes sur les valorisations du crédit
Après deux années de taux élevés, les signes de tension se multiplient dans le crédit privé. Les dépréciations de prêts se sont accentuées depuis 2022, touchant désormais une part significative des prêts seniors et mezzanine. Si les revenus d’intérêts compensent encore les pertes, MSCI estime que 2026 pourrait constituer un test décisif pour la résilience du secteur, notamment en cas de ralentissement économique ou de baisse plus lente que prévu des taux directeurs.
Un nouveau cycle s’ouvre pour les marchés privés
Selon MSCI, les marchés privés entrent en 2026 dans une phase plus mature et plus exigeante. La performance «sur le papier» reste solide, mais la capacité à transformer cette valeur en liquidité devient un enjeu central. Dans ce contexte, investisseurs et gérants devront composer avec des arbitrages plus complexes entre rendement, risque et liquidité.