Le début d’année est traditionnellement le moment où les acteurs de l’industrie financière livrent leurs prévisions, bien souvent biaisées à la hausse car il serait dommage de décourager les investisseurs d’utiliser leurs services. Sans faire de voyance, passons en revue quelques éléments positifs et négatifs susceptibles d’influencer la performance des marchés cette année.
Le moins que l’on puisse dire à la lecture des niveaux anticipés à fin 2026 par les grands acteurs de la finance pour l’indice S&P 500 c’est que l’optimisme est de mise. Ce n’est pas vraiment une surprise et ce même si cela fait déjà trois années consécutives que les marchés actions sont à la hausse et même plutôt fortement. Le positivisme de début d’année est une quasi tradition et répond à une certaine logique «commerciale» de l’industrie. Imaginez-vous Netflix annoncer en janvier qu’au cours des prochains mois les nouvelles séries ne seront pas terribles? Ou encore une marque automobile nous dire que les prochains modèles ne valent pas vraiment le coup d’œil? Logiquement il est de bonne guerre «d’appâter» les investisseurs avec des anticipations optimistes de gains boursiers.
Sans tomber dans le jeu hasardeux des prédictions (car il s’agit bien de cela, la nature boursière étant ce qu’elle est) tentons de lister quelques grands narratifs «pour» et «contre» une poursuite de la hausse des actions cette année auxquels nous accordons une probabilité de se réaliser raisonnable. Comme il est bon d’avoir un avis quand il s’agit de gérer un portefeuille nous donnerons le nôtre!
Commençons par le domaine peut être le plus incertain, la géopolitique. Les évènements récents nous rappellent qu’avec le président Trump on ne s’ennuie jamais ou dit autrement qu’on n’est jamais à l’abri d’un potentiel dérapage majeur. Dans ce domaine un scénario positif pour les marchés prendrait la forme d’un apaisement généralisé des relations internationales avec en point d’orgue la signature d’un accord de paix entre la Russie et l’Ukraine. À l’inverse, de nombreux axes de détérioration apparaissent plausibles notamment une accentuation de la pression chinoise sur Taiwan ou encore le franchissement d’une limite par la Russie envers un pays membre de l’OTAN.
Comme régulièrement dans le domaine de la technologie «the winner takes it all» et la course à la domination dans les nombreux sous segments liés à l’IA devrait continuer cette année.
Au-delà de l’extrême difficulté à prévoir de telles évolutions, il semble raisonnable de penser que la réaction des marchés financiers serait asymétrique. Peu de «célébration» boursière d’une potentielle fin du conflit en Ukraine mais une grande volatilité en cas de détérioration importante d’un conflit ou d’un autre. Réalistement, il parait sage de ne pas vraiment espérer s’appuyer sur des éléments géopolitiques pour soutenir les marchés d’actions cette année. Espérons déjà que ces derniers ne soient pas trop pénalisés par un environnement général nettement plus tendu que par le passé. La période des «dividendes de la paix» est définitivement derrière nous.
Second sujet d’envergure pour l’année qui débute et dans la continuité de 2025, l’intelligence artificielle! Après avoir massivement contribué à la performance des marchés, notamment américains et émergents, les sociétés technologiques, voire plus largement, les nombreuses valeurs impliquées dans le processus de construction et de maintien des datacenters peuvent elles continuer sur leur lancée?
Un scénario négatif régulièrement évoqué consiste en une certaine «fatigue» des investisseurs concernant l’IA. Les grains de sable potentiels sont nombreux mais tous ne se valent pas en termes de plausibilité. Le plus évident est sans doute celui d’un retour à la réalité sur les cours de bourse de certaines valeurs technologiques. Qu’il s’agisse de sociétés ayant vu leurs CAPEX exploser afin de financer les infrastructures liées à la demande anticipée de l’IA ou celles dont les anticipations de croissance des revenus ont fortement augmenté au cours des derniers trimestres, il n’est de loin pas invraisemblable de craindre un ralentissement voire une correction de la forte dynamique boursière du secteur.
À l’inverse, 2026 pourrait tout aussi bien marquer la confirmation que l’IA n’est pas seulement une avancée technologique majeure mais qu’elle implique aussi une extraordinaire opportunité de revenus supplémentaires et de rentabilité en hausse pour de nombreuses entreprises, justifiant ainsi les investissements colossaux mis en œuvre et balayant les craintes de certains excès.
Comme régulièrement dans le domaine de la technologie «the winner takes it all» et la course à la domination dans les nombreux sous segments liés à l’IA devrait continuer cette année. Ainsi, une discrimination de plus en plus claire par les investisseurs entre gagnants et perdants semble être un scénario réaliste. L’étau devrait se resserrer, notamment pour les entreprises aux bilans les moins solides ne pouvant se targuer d’un réel leadership. On peut également anticiper une accentuation du M&A, notamment menée par les grands leaders de la technologie, désireux de ne pas perdre de temps dans la course effrénée dans laquelle ils sont lancés à coup de milliards d’investissement. En résumé, l’IA devrait à nouveau soutenir les actions cette année mais le stock picking sera de plus en plus déterminant.
Terminons enfin cette chronique par la situation des banques centrales et notamment celle de la FED qui aura un nouveau président en mai prochain. Un scénario négatif régulièrement évoqué décrit la nomination d’un nouveau président «marionnette» de Donald Trump dont le seul objectif serait la politisation de l’institution et donc la perte de son indépendance. Si tel devait être le cas alors il y a fort à parier que les marchés, notamment obligataires, réagiraient négativement et que les perspectives de fortes baisses de taux ne suffiraient pas à ramener le calme auprès des investisseurs.
À l’inverse, on peut aussi envisager une nomination plus «fine» en termes de profil choisi par le président américain et surtout un discours intelligent réaffirmant la claire indépendance de la FED mais dont le patron plaiderait la nécessité de poursuivre la baisse des taux d’intérêt aux États-Unis, l’inflation étant «sous contrôle» et le marché de l’emploi faiblissant, sans toutefois se trouver dans une situation alarmante.
Sur ce dernier sujet, c’est clairement la deuxième hypothèse que nous privilégions. Le gouvernement Trump ne devrait pas se laisser piéger par la désignation du nouveau président de la FED avec un choix ou un discours trop clivant. Il parait vraisemblable que Donald Trump et l’heureux élu entameront leur «collaboration» sous la forme d’une lune de miel, comme ce fut d’ailleurs le cas jadis avec Jérôme Powell…
En résumé, 2 «pour» et 1 «contre» à l’entame de 2026 pour les marchés actions. Un soutien empreint de volatilité de la part de l’IA et une FED toujours indépendante mais qui «comprend» les demandes du président américain. Le tout dans un environnement géopolitique instable rendant le terrain de jeu glissant pour les investisseurs.
Une seule prédiction prévaut en 2026: prendre des risques devrait encore payer, à condition de bien les diversifier. Belle année à toutes et tous!