Nous l’avons vu ensemble le mois dernier, le marché du Buy-Out américain a connu un ralentissement relatif mais une activité soutenue au deuxième trimestre 2025. Dans le même temps, le trimestre a confirmé un marché du Private Equity globalement résilient mais de plus en plus polarisé: en Asie, l’activité reste bridée par l’absence d’opérations large-cap malgré quelques signaux de reprise et l’essor des véhicules de continuation, tandis qu’à l’échelle mondiale, la dynamique du fundraising - largement tirée par les grands fonds Buy-Outs - renforce la concentration du capital autour des gérants les plus différenciés et crédibles dans un environnement de liquidité encore contraint.
Private Equity en Asie: activité toujours morose malgré un léger redémarrage
Les investissements en Private Equity en Asie sont restés modérés durant le deuxième trimestre: 16,5 milliards de dollars de valeur de transactions (+2,7% vs premier trimestre) pour 1'077 investissements, selon Mergermarket. Le premier semestre 2025 totalise 32,6 milliards de dollars, plus bas semestre depuis le deuxième semestre 2013, reflétant la volatilité et l’incertitude liées aux tarifs douaniers. Malgré un léger redressement des segments mid-cap Buy-Out et growth, la stagnation tient surtout à l’absence d’opérations de large-cap. Le marché montre toutefois des signes de reprise potentielle, avec plusieurs deals importants annoncés mais non encore clos:
- Rachat de Santos (29 milliards de dollars australien /18,7 milliards de dollars) par un consortium ADNOC–ADQ–Carlyle;
- Carve-out de York Holdings par Bain (815 milliards de yens/5,5 milliards de dollars);
- Carve-out de Mitsubishi Tanabe Pharma (510 milliards de yens/3,3 milliards de dollars) également mené par Bain.
Les IPO en Asie - toujours en deçà des standards historiques - ont commencé à se dégeler au deuxième trimestre: 153 sociétés ont levé 17,8 milliards de dollars, soit 2x plus qu’au premier trimestre et près de 3x plus qu’au deuxième trimestre 2024. Hong Kong repasse en tête, portée par CATL (fabricant n°1 mondial de batteries EV), qui a levé 41 milliards dollars de Hong Kong (5,3 milliards de dollars) via une double cotation — plus grosse IPO de la place depuis 2021. Outre CATL, trois autres entreprises ont levé plus d’1 milliard de dollars au deuxième trimestre. Dans le prolongement du record 2024 des GP-led à l’échelle mondiale, les GP asiatiques utilisent davantage les véhicules de continuation pour générer de la liquidité tout en conservant leurs meilleurs actifs. Au deuxième trimestre, IDG Capital (Chine) a finalisé un véhicule de continuation multi-assets de 500 millions de dollars (13 actifs onshore/offshore, dont ByteDance comme principale participation). Puis Multiples Alternate Asset Management (Inde) a clôturé le plus grand fonds de continuation multi-assets d’Inde à 430 millions de dollars, sans syndication. L’Asie ne représente encore qu’une petite fraction du marché secondaire mondial en expansion, mais l’acceptation de ce canal progresse chez les GP et investisseurs.
Fundraising: redressement marqué, dominé par les Buy-Outs
Le fundraising PE mondial enregistre son meilleur trimestre en deux ans, totalisant 148 milliards de dollars (+22% vs premier trimestre), d’après LSEG Data & Analytics et Pathway Research. Malgré ce rebond, l’activité globale demeure inférieure aux niveaux observés entre 2020 et 2023, le marché continuant de composer avec des distributions limitées dans un contexte de sorties atone. Il en résulte une polarisation marquée: les fonds les plus recherchés connaissent des processus compétitifs et rapides, tandis que la plupart des autres GP affrontent des délais allongés et des difficultés à élargir leur base d’investisseurs. Nombre de LP restent touchés par des problèmes de surallocation, ce qui conduit certains à ralentir le rythme d’engagements et à concentrer leur capital disponible sur des gérants plus grands et plus expérimentés. Ainsi, au deuxième trimestre, Thoma Bravo XVI (24,3 milliards de dollars) et Thoma Bravo Discover V (8,1 milliards de dollars) ont représenté 22% des montants levés. À l’image de 2024, le marché de la levée reste très orienté Buy-Out sur le premier semestre 2025. Les fonds Buy-Outs ont levé 96,2 milliards de dollars au deuxième trimestre (soit 65% du capital total). Ce dynamisme a été porté par les closings des fonds précités de Thoma Bravo, ainsi que par Veritas Capital IX (13,3 milliards de dollars) et Linden Capital Partners VI (5,4 milliards de dollars). Plusieurs grands fonds restent en marché, notamment KKR North America XIV (cible 20,0 milliards de dollars) et Clearlake Capital Partners VIII (15,0 milliards de dollars). Au sein des fonds Buy-Outs, le marché favorise les gérants aux propositions de valeur différenciantes (spécialisation sectorielle, modèles opérationnels distinctifs). Les co-investissements prennent de l’importance pour de nombreux LP, perçus comme un moyen d’augmenter l’exposition à des gérants de qualité à moindre coût. À l’inverse, l’activité en venture capital reste faible: 40,5 milliards de dollars levés au premier semestre (–20% vs premier semestre 2024), en passe d’être la plus faible année depuis 2017.
Conclusion
Le deuxième trimestre 2025 confirme la résilience du Private Equity dans un environnement macroéconomique instable. Aux Etats-Unis, l’activité reste soutenue, dominée par de grandes transactions financées par le private credit, tandis qu’en Europe, le ralentissement du large-cap contraste avec un mid-market plus dynamique. Les sorties progressent, le marché secondaire redonne de la liquidité et les levées de fonds Buy-Out atteignent des niveaux robustes. Si les statistiques du semestre montrent un recul relatif des transactions technologiques, les secteurs de la nouvelle économie — logiciel, santé et services B2B — demeurent les mieux placés pour générer une croissance durable. Dans le même temps, l’industrie du Private Equity elle-même se consolide: un petit nombre de GP capte désormais l’essentiel du capital, tandis que certains acteurs, malgré de bonnes performances passées, pourraient disparaître faute de réussir leur levée suivante. Cela souligne l’importance de ne pas limiter l’analyse d’un gérant à sa performance passée pour sélectionner un fonds dans lequel on s’engage pour 10 ans. Pour un investisseur privé, il est essentiel d’être accompagné par des professionnels capables d’identifier les gérants les plus solides et différenciants, et de construire une exposition disciplinée et tournée vers les secteurs porteurs de la nouvelle économie.
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Sources: Pathway Capital 2Q25 Environment Report, Mergermarket, LSEG Data & Analytic.