En 2025, les marchés ont compris que si les hostilités géopolitiques font la une des journaux, ce sont en fin de compte d’autres facteurs qui sont à l’œuvre pour faire évoluer les cours sur les marchés des capitaux. En effet, les décideurs politiques alimentent actuellement en grande partie la stabilité économique à l’aide de mesures monétaires et fiscales. En réalité, nous n’avons jamais connu, en dehors d’une récession, des déficits budgétaires ou des baisses de taux d’une telle ampleur.
La politique économique axée sur la stabilité des dernières décennies a donc été largement abandonnée. Jusqu’à présent, l’économie était principalement soutenue par l’Etat lors de phases de ralentissement économique, par exemple lorsque le chômage augmentait. Dès que la reprise économique s’amorçait, les budgets publics étaient à nouveau consolidés. Avec la première présidence de Trump et l’expérience de la pandémie, cela a changé de manière durable. On peut très bien l’observer dans le rapport entre le déficit budgétaire et le chômage aux Etats-Unis: depuis un certain temps, le déficit continue de croître – malgré un marché du travail stable et une économie florissante. En Allemagne, nous observons une tendance similaire depuis quatre ans.
Les citoyens américains ressentiront les avantages personnels des incitations budgétaires l’année prochaine, lorsque la «One Big Beautiful Bill» entraînera d’importants allégements d’impôts. Ce coup de pouce au revenu net devrait soutenir la demande des consommateurs, qui est déjà soutenue par les effets de richesse liés à la hausse à deux chiffres des prix des actions et de l’immobilier. Un allègement se profile également du côté des taux d’intérêt. Sous une forte pression politique, la Réserve fédérale américaine (Fed) est en train de ramener les taux directeurs à un niveau «neutre», soit environ 3%.
En Europe continentale, la croissance économique devrait également s’accélérer légèrement en 2026. Les programmes de politique budgétaire ambitieux dans les domaines des infrastructures et de la défense, annoncés en 2025 en Allemagne, auront un effet positif sur la demande. Le reste de l’Europe prévoit également d’augmenter ses dépenses de défense d’ici 2035. Les stimuli budgétaires expliquent aussi pourquoi l’Europe du Sud, qui a reçu la majeure partie du fonds de relance de l’UE, a obtenu d’aussi bons résultats ces dernières années.
L’Asie fournit également des mesures de relance monétaire et budgétaire. La nouvelle Première ministre du Japon est fermement convaincue de la nécessité de maintenir une politique monétaire et budgétaire accommodante. Le moteur économique mondial reçoit ainsi de plus en plus de carburant, ce qui devrait permettre à la croissance économique de retrouver de l’élan au cours de l’année 2026. En ce qui concerne le marché des actions, il s’agit là de conditions globalement favorables.
Cependant, cette politique conjoncturelle sans précédent en dehors d’une crise n’est pas sans risques. Comme pour une locomotive à vapeur, un excès de carburant peut conduire à deux catastrophes: soit il y a surchauffe et la chaudière explose, soit la vitesse devient trop élevée et le train déraille. L’histoire offre ici de nombreux exemples. Dans les années 1970 et au début des années 2020, de fortes incitations gouvernementales ont entraîné une surchauffe de l’économie et une hausse des prix à la consommation. Dans les années 1920 et 1990, nous avons assisté à une accélération de la hausse des prix des actifs et, finalement, à la formation de bulles spéculatives.
Pour les investisseurs, la question pour l’année à venir est donc de savoir s’il vaut encore la peine de se lancer dans la course boursière, malgré les risques d’inflation et la valorisation élevée des actifs. La perspective d’une conjoncture stable et de bénéfices solides pour les entreprises grâce à un afflux massif des politiques monétaire et budgétaire, justifie toujours au moins une pondération neutre des risques liés aux actions. Mais la diversification et la gestion des risques du portefeuille d’investissement gagnent en importance. En effet, il est difficile d’identifier le moment précis où l’enthousiasme rationnel se transforme en exubérance irrationnelle. Il est encore plus difficile de déterminer le moment où l’on passe de l’euphorie au désespoir.