SIG Group, Forbo, Kuehne+Nagel… seront au rendez-vous en 2026

Philippe Rey

4 minutes de lecture

Plusieurs sociétés ont une valorisation attractive, malgré un marché élevé, selon Ken Wong, co-portfolio manager chez IFS.

 

Plus que jamais, les valorisations élevées des marchés boursiers, les incertitudes fiscales et géopolitiques ainsi qu’une économie chinoise dans le dur, notamment la consommation discrétionnaire qui freine certaines entreprises suisses qui y sont exposées, signifient des risques non négligeables; ceux-ci doivent inciter les investisseurs à se montrer sélectifs en ce qui concerne les actions en particulier. 

Sur le marché suisse des actions, il existe des entreprises de qualité, qui affichent des valorisations intéressantes, après avoir sensiblement baissé, contrairement à d’autres, qui apparaissent chères. Tour d’horizon sur les risques et opportunités du marché suisse avec Ken Wong, Patrik Jäger et Simon Tschupp (responsable en outre de la gestion de fortune), qui gèrent le fonds IFS Swiss Small & Mid Cap Equity Fund chez IFS Independant Financial Services. A fin novembre, ce fonds affichait une performance annuelle de 8,61% (7,06% pour l’indice SPI Extra Total Return) depuis sa création au 01.04.2016. 

Les marchés boursiers se postent à des niveaux élevés. Craignez-vous une forte baisse, voire une crise financière?

Nous ne pouvons pas prévoir comment les Bourses se comporteront dans les mois à venir. En revanche, ce que nous pouvons constater est que plusieurs entreprises de qualité se situent à des niveaux attractifs. En réalité, il y a une dichotomie entre les valorisations élevées de sociétés de croissance, qui tirent les indices, et d’autres firmes, qui apparaissent moins «sexy», mais sont de qualité et sous-estimées par le marché.

Quels exemples avez-vous à ce sujet?

Forbo, qui occupe de solides positions dans le secteur des revêtements de sol (Forbo Flooring Systems), surtout avec le linoléum avec lequel il exerce un rôle de leader mondial. Par ailleurs, ses activités bandes transporteuses et de process (Forbo Movement Systems) s’avèrent également intéressantes. Et sont même susceptibles d’intéresser l’un ou l’autre de ses concurrents, tels Habasit International, Intralox ou Ammega. C’est une possibilité de conversion de ressources pour Forbo, car il y n’a pas de synergies entre ses deux métiers. Sa gouvernance d’entreprise est renforcée, sous la présidence de Bernard Merki – également président du conseil d’administration d’Ems-Chemie – et l’arrivée d’un nouveau CEO, Johannes Huber, en provenance de Hilti. 

La valeur boursière représente actuellement un peu plus de dix fois, en moyenne, le cash-flow libre de Forbo, sans tenir compte des nouvelles impulsions que ce groupe peut recevoir. De plus, sa situation financière est excellente, avec un ratio de fonds propres supérieur à 60% ainsi que des liquidités nettes qui devraient atteindre près de 80 millions de francs à fin 2025. 

Un autre exemple est à nos yeux SIG Group, qui se recentre sur ses activités les plus rentables, soit les emballages aseptique – où il forme un quasi-duopole avec Tetra Pak –, sous la conduite du nouveau président Ola Rollén, avec aussi la venue prochaine d’un nouveau CEO, Mikko Keto. Le cœur des affaires de SIG Group demeure attractif.  

SIG Group est-elle sous-évaluée?

Une réévaluation de son allocation du capital, le départ abrupt de l’ex-CEO, Samuel Sigrist, le renoncement à un dividende au titre 2025, en vue de diminuer l’endettement de ce groupe, ont surpris négativement le marché, qui a mal réagi. Cependant, les investissements effectués ces dernières années ont dégagé une rentabilité insuffisante et nécessitaient, de ce fait, une réaction énergique du nouveau président. Une revalorisation considérable nous paraît réaliste à un horizon de 2 à 3 ans. C’est un cas analogue à Forbo. 

Quelles sont vos valeurs favorites pour 2026?

SIG Group et Forbo, comme vous pouvez le présumer, ainsi qu’Amrize, Landis+Gyr et Kühne+Nagel. Nous pouvons y ajouter le spécialiste de produits de boulangerie Aryzta, qui apparaît encore sous-coté en Bourse. Et Siegfried, entreprise de développement et de fabrication sous contrat (CDMO) pour l’industrie pharmaceutique. Siegfried va crescendo au second semestre 2025 et recèle un potentiel de croissance supplémentaire dans le domaine des hormones de satiété GLP-1.

Pourquoi Amrize et Landis+Gyr qui sont toutes deux actives désormais en premier lieu aux Etats-Unis?

Amrize bénéficiera en particulier d’un besoin considérable de modernisation des infrastructures en Amérique du Nord. Par ailleurs, Jan Jenitsch est un excellent CEO, qui a réussi chez Sika et Holcim dont émane Amrize. Enfin, Amrize bénéficie de la conservation de bonnes acquisitions effectuées précédemment par Holcim dans l’enveloppe du bâtiment. Amrize dispose ainsi dans les matériaux de construction d’une offre complète et également d’un avantage concurrentiel au plan des ressources naturelles: ciment et granulats. 
Landis+Gyr, leader mondial des solutions de gestion d’énergie intégrées, est bien positionné. Le recentrage sur les Etats-Unis – son marché le plus important avec un chiffre d’affaires d’environ 1,0 milliard de dollars et une marge brute d’exploitation (EBITDA) de 18 à 20% historiquement – est positif. Et ce dans un secteur clé qui est celui de l’efficicience énergétique. L+G forme un quasi-duopole sur le marché américain avec Itron. Son multiple valeur d’entreprise/EBITDA demeure sensiblement plus bas que celui de son concurrent américain. Malgré un meilleur profil de rentabilité. 

Au reste, ces deux entreprises ne sont pas exposées à la Chine, qui souffre encore de tendances déflationnistes, avec une consommation faible et un taux d’épargne élevé. Nous voulons éviter l’écueil d’une trop forte exposition d’une société à ce marché. 

La Chine concerne-t-elle particulièrement des entreprises comme Sika, Swatch Group ou LEM, dont la valorisation paraît aujourd’hui attractive?

Oui, sans compter l’apparition de concurrents chinois pour LEM dans les capteurs de courant et de solutions d’énergie, qui remplacent même certains concurrents allemands ou japonais; ce qui s’est traduit par une chute brutale de la rentabilité de LEM et de sa valeur boursière. 

Pour sa part, Swatch Group continue de souffrir de la demande atone en Chine pour différentes marques, dont Longines. En outre, les stocks du groupe se situent toujours à un niveau préoccupant. L’allocation du capital de Swatch Group s’avère médiocre, avec un rendement des capitaux investis (ROIC) inférieur à leur coûts. Certes, le cours actuel des actions Swatch Group reflète déjà beaucoup d’éléments négatifs. Une forte revalorisation est possible si un catalyseur se met en oeuvre. Néanmoins, Swatch Group manque aujourd’hui d’un leadership transformationnel. 

Quant à Sika, le leader mondial de la chimie de construction éprouve des problèmes en Chine, qui compte pour 10% de ses ventes, et où le marché résidentiel continue de baisser. Sika est certainement une excellente entreprise, mais sa valorisation actuelle nous paraît raisonnable sans plus, après avoir été poussée trop haut par le marché. 

Revenons à Kuehne+Nagel, un de vos favoris pour 2026. Pourquoi?

Ce transitaire et logisticien exploite un modèle d’affaires qui reste attractif, notamment avec un rendement opérationnel des capitaux investis (ROCE) d’environ 80%; son cash-flow libre a sensiblement progressé lors des 9 premiers mois de 2025, à 521 millions de francs (312 millions un an plus tôt). Kuehne+Nagel a lancé un programme de réduction des coûts d’au moins 200 millions de francs. Son focus reste le gain de parts de marché dans des segments attractifs et la priorité à une croissance organique. 

La valorisation actuelle d’entreprises de sociétés comme Roche, Sandoz, SGS, Belimo ou Accelleron paraît haute. Quelles sont vos positions?

Dans le secteur pharmaceutique, nous favorisons Roche. La somme des parties, à savoir l’activité Pharma et celle Diagnostics, se révèle bien au-dessus de la valeur boursière. Dans ces deux domaines, Roche affirme une position de leader mondial, tout en bâtissant progressivement une position de numéro trois, derrière Ely Lilly, Novo Nordisc dans le segment à forte croissance de l’obésité. 
D’autre part, nous avons réduit nos positions dans Sandoz, Accelleron et Belimo, du fait de leur valorisation élevée et après leur forte performance cette année. Concernant SGS, son évolution positive est accentuée sous la conduite de la CEO, Géraldine Picaud; le leader mondial du test, de la certification et de l’inspection («TIC») a simplifié son organisation et opère dans un secteur qui demeure fragmenté et est ainsi idéalement placé pour saisir des opportunités de croissance et consolidation. 

Ce sont toutes des sociétés de qualité qui correspondent à nos critères y afférents.  

Quels sont justement ces critères?

La rentabilité à l’aune du bénéfice d’exploitation, du rendement des actifs (ROA), de celui des fonds propres (ROE) et des capitaux investis (ROIC). Par ailleurs, nous accordons une grande attention à la qualité du bilan, en particulier l’endettement net rapporté au cash-flow d’exploitation (EBITDA) ainsi qu’à la volatilité de l’EBITDA. Le reflet en somme d’un avantage compétitif et d’une bonne gouvernance d’entreprise.