L’exercice est aussi attendu que controversé: chaque année, au début du mois de décembre, Saxo Bank livre une série de prévisions qui s’inscrivent en grande partie à contre-courant du consensus pour l’année à venir. Nouveauté de cette année, la banque danoise a inclu mardi deux prévisions spécifiques pour la Suisse dans le cadre de ses «Prévisions Chocs pour 2026». La première concerne les investissements dans le secteur énergétique, la seconde se rapporte à l’évolution politique en lien avec l’Union européenne.
Energie: des investissements de 30 milliards d’ici 2050
Selon la prévision intitulée «Révolution verte en Suisse», notre pays se lance dans une révolution énergétique portant sur des investissements à hauteur de 30 milliards d'ici 2050, lui permettant de devenir un leader de l'innovation dans les énergies renouvelables et nucléaires. Ce projet positionnerait la Suisse comme un leader dans les énergies renouvelables et nucléaires, en ligne avec son objectif de zéro émission nette pour 2050. Un tel projet impliquerait des investissements considérables: il faudrait en effet quadrupler la capacité solaire, multiplier par quatre-vingts l'énergie éolienne, et obtenir 60% de l'électricité à partir de sources renouvelables. Bien que la Suisse dispose d'une énergie hydraulique solide, l'hiver pose des défis avec une production réduite, nécessitant des importations. Afin d’y remédier, des innovations dans le domaine de l'éolien et du nucléaire sont étudiées, envisage le scénario formulé par la banque danoise. Saxo Bank a déjà trouvé le partenaire idéal pour la Suisse, envisageant une collaboration entre l’institut Copenhagen Atomics et l'Institut Paul Scherrer basé en Argovie.
Une tel projet créerait un environnement propice pour les investisseurs privés qui explorent des projets nucléaires, des initiatives d'énergie verte et des actions thématiques suisses telles qu'ABB, Naturenergie Holding, Edisun Power Europe ou BKW.
Politique: «Souveraineté avant tout»
La deuxième prévision intitulée «La forteresse suisse» aborde une thématique plus politique mais qui aurait aussi un impact important sur le franc. Dans ce scénario, les électrices et les électeurs suisses rejettent fermement les accords-cadres négociés de longue date avec l'Union européenne, avec deux tiers des votants fortement opposés à toute intégration institutionnelle plus profonde. En conséquence, Berne gèle rapidement toutes les discussions en cours avec Bruxelles. La Suisse suspend sa participation à plusieurs programmes réglementaires conjoints et commence à éliminer progressivement l'adoption automatique des normes techniques de l’UE. Les contrôles douaniers réguliers réapparaissent aux frontières pour la première fois depuis des décennies, tandis que les parlements cantonaux retrouvent leur autorité sur les quotas de main-d'œuvre étrangère et les règles fiscales.
Pression à la hausse sur le franc et l’immobilier
Cette nouvelle doctrine appelée «Souveraineté avant tout» aurait aussi des implications sur les marchés financiers. Le franc suisse s’apprécie fortement, les investisseurs interprétant le vote comme une confirmation de l'indépendance stricte de la Suisse. Les fonds mondiaux, méfiants face à la fragmentation géopolitique croissante ailleurs, commencent à rediriger leurs capitaux vers Zurich, Genève et Zoug. «Dans un monde de devises instables et de contrôles de capitaux opaques, le franc devient l'actif de réserve ultime», résume Saxo Bank. De son côté, le Conseil fédéral augmente les réserves d'or. Au final, la stratégie de «Forteresse Financière Suisse» présente le pays non pas comme un État commerçant au sein de l'Europe, mais comme un protecteur mondial de la richesse et de la stabilité. Les afflux de personnes fortunées augmentent, faisant grimper les prix de l'immobilier et les bénéfices bancaires à des niveaux records.
Cependant, l'isolement a un coût. Les exportateurs font face à des tarifs croissants, les universités perdent des financements de recherche de l'UE et les travailleurs transfrontaliers se plaignent de nouvelles règles de visa contraignantes. Un tel scénario aurait aussi des conséquences sur l’équilibre du pays et entraînerait une polarisation du débat: les centres urbains plaident pour des réouvertures pragmatiques, tandis que les cantons ruraux célèbrent l'autonomie retrouvée.
L’or à plus de 3000 francs… une prévision «choc» pour 2022
Qu’en est-il des prévisions formulées les années précédentes par Saxo Bank ? Si la plupart d’entre elles ne se réalisent (heureusement) pas, certaines d’entre elles, jugées peu probables, se rapprochent de la réalité, voire ont été dépassées par celle-ci.
En décembre 2024, l’une des prévisions qui résonne le plus avec l’actualité des marchés de cette année concerne la poursuite de l’expansion de Nvidia, dont la capitalisation boursière était supposée atteindre le double de celle d’Apple. «Nvidia dominera alors toutes les autres entreprises mondiales avec une valeur de 7 000 milliards de dollars, soit 10% du marché mondial des actions», prédisait Saxo Bank il y a un an. On n’y est pas encore tout à fait – mais pas si loin si l’on tient compte du fait que la capitalisation boursière de Nvidia dépasse les 4360 milliards de dollars actuellement.
Autre prévision en lien toujours d’actualité: à fin 2021, la banque danoise s’aventurait à prédire que le cours de l’once d’or pourrait dépasser les 3000 dollars. Un pronosctic qui peut sembler presque prudent aujourd’hui alors que le métal précieux évolue à plus de 4000 dollars depuis octobre dernier.