Le vin et la science des données au Vine to Mind
Cette conférence unique en son genre représente un mariage entre la science des données et le vin et ses traditions ancestrales. Le Vine to Mind Symposium est la création de la Harvard Data Science Initiative et sa mission consiste à mettre de la lumière sur ces deux sujets—a priori—très différents. Dr. Xiao-Li Meng, professeur de statistiques à Harvard, fondateur du Harvard Data Science Review, et l’un des statisticiens le plus respecté au monde, a officié comme maître des cérémonies de l’événement. Il est aussi un grand amoureux du vin et incarne ainsi parfaitement cette confluence de deux mondes! Cette année, c’est l’EHL Hospitality Business School qui était hôte de l’événement.
L'assaut des algorithmes sur l’alcool
Felicity Carter, journaliste et expert du vin, a exposé la façon dont les outils numériques amplifient les messages anti-alcool. Depuis l’apparition de Dry January au Royaume-Uni en 2013, une ribambelle d’initiatives a vu le jour: Try Dry (une appli), Reframe, Dry Days, etc. Pour Carter, ces messages (dont un podcast diffusé dans certaines écoles américaines), ainsi que l’avènement du «quit lit» (livres dédiés à l’abstinence), manquent cruellement de nuance, de contexte et de preuve tangible.
Entre science et sentiment
Une consommation modérée de vin peut faire partie d’un mode de vin sain. Ceci est l’affirmation de Dr. Laura Catena, médecin, vigneronne et fondatrice de In Defense of Wine. Elle a cité des études sur le vin et la santé (notamment cardiovasculaire). Carter dénonce l’idée que l’alcool—même en petites quantités—est dangereux. Si on voit le vin uniquement comme un risque, on oublie son rôle culturel et social (convivialité et rîtes).
Le neurologiste Christian Lüscher de l’Université de Genève a affirmé qu’une consommation modérée d’alcool peut avoir des effets bénéfiques sur le cerveau.
Grâce à sa perspective de neurologiste, Dr. Christian Lüscher de l’Université de Genève a affirmé qu’une consommation modérée d’alcool peut avoir des effets bénéfiques sur le cerveau. Si, par exemple, on sort voir les amis pour boire un verre, cette stimulation sociale nous permet de décompresser. Attention toutefois, boire chez nous tout seul est forcément nuisible à la santé.
Contextes culturels et échos historiques
Le colloque a aussi exploré la façon dont nos différentes cultures façonnent notre compréhension de l’alcool. Au Royaume-Uni, au début du XXe siècle, des mouvements de la tempérance liés au Labour Party cherchaient à sauver l’ouvrier de l’alcoolisme; tandis qu’après la deuxième guerre mondiale la prospérité a fait qu’on buvait et conduisait plus, souvent avec des conséquences dramatiques.
Néanmoins, selon le podcast de Dr. Dan Malleck Drinks Insider et la thèse d’Edward Slingerland intitulée Beer Before Bread, l’intoxication, à petite dose, a pu contribuer à la création de notre civilisation en encourageant la créativité et les liens sociaux. Pour revenir aux remarques de Felicity Carter, les algorithmes ne cessent de nous marteler de l’importance de la santé. Cependant, l’histoire nous montre que chaque virage en direction d’un puritanisme radical est suivi d’une réformation marquée.
Education et innovation: un nouvel assemblage
Dr. Francesca Dominici, professeur de biostatistiques à Harvard, a souligné que la science des données doit être alignée avec des objectifs clairs et un leadership ouvert pour se doter d’un pouvoir transformatif. A l’EHL, les professionnels du vin en devenir sont formés à naviguer cette complexité, à cheval entre tradition et innovation. Dr. Meng a suggéré que l’IA pourrait personnaliser davantage les expériences liées au vin au lieu de les homogénéiser. Il vaut mieux, selon lui, mettre les algorithmes au service du consommateur, en l’aidant, par exemple, à découvrir des vins susceptibles de leur plaire.
Vers un discours plus nuancé
Depuis la nuit du temps, le vin est bien plus qu’un simple breuvage. Pour beaucoup, c’est un liant social, une partie intégrante de nos cultures et un composant incontournable d’un bon repas. La conférence Vine to Mind de cette année nous a clairement montré que nous devons évoluer vers une compréhension moins binaire de l’impact du vin sur notre santé. Les algorithmes, l’IA et les réseaux sociaux devraient informer les gens, au lieu de leur dire ce qu’ils doivent ou doivent pas faire. Les données sont des outils pas des armes. Comme un bon assemblage, notre approche au vin et à la santé doit être un mélange de science et de bon sens.
Article original: https://research.ehl.edu/news-listing/wine-health