La foule et la foi: les défis du tourisme religieux

Peter Varga, EHL Hospitality Business School

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Le pèlerinage existe depuis la nuit des temps, mais sa popularité croissante apporte autant d’opportunités que des défis.

©Keystone

 

«Travel far enough, you meet yourself.»
David Mitchell

Cette citation du romancier anglais David Mitchell pourrait être traduite de la façon suivante: «C’est en voyageant loin qu’on se trouve». Visiter un site sacré permet au croyant de développer sa spiritualité et mieux comprendre le monde ainsi que soi-même.

Avant le tourisme de masse, dont les origines étymologiques n’apparaissent qu’à partir du XIXe siècle, il y avait le pèlerinage. Mais grâce à la technologie, la mondialisation et le développement du tourisme, il est de plus en plus facile pour des voyageurs de se connecter à leur foi.

Les racines du tourisme religieux sont profondes

Les populations des civilisations égyptiennes et mésopotamiennes ont, comme aujourd’hui, visité leurs sites sacrés, sans parler des peuples grecques ou romains (800 BCE à 500 CE). Pendant les moyens âges et la Renaissance, les religions monothéistiques deviennent de plus en plus institutionalisées et centralisées, ce qui a contribué à la popularité des destinations sacrées comme Jérusalem, le Vatican et la Mecque. L’histoire réduit notre champ de vision mais il va sans dire que d’autres sites religieux sur d’autres continents ont connu un essor similaire. On peut citer, par exemple, Fushimi Inari-taisha (Japon), Angkor Wat (Cambodge), la Pagode Shwedagon (Myanmar), Teotihuacan et le Temple du Soleil en Amérique Latine, Tombouctou et la Grande Mosquée de Djenné (Mali). Au fur et à mesure que le tourisme se démocratise, les voyages religieux deviennent de plus en plus populaires.

Le poids économique du tourisme religieux

Les chiffres donnent le tournis. D’après les estimations de l’OMT (Organisation mondiale du tourisme) entre 300 et 330 millions touristes ont visité un site religieux d’importance mondiale il y a une décennie. Selon Grand View Research, ce marché valait 254 milliards de dollars en 2023 avec une croissance jusqu’aux 672 milliards d’ici 2030. Nous allons désormais passer à la loupe les trois sites les plus visités au monde, à savoir La Mecque en Arabie Saoudite, le Vatican et Varanasi en Inde.

La Mecque et la vision saoudienne

La Mecque, aussi appelée Makkah, est la destination du ‘grand’ pèlerinage (le Hajj) et l’Umrah (petit pèlerinage), et donc le symbole de l’unité et de la fraternité du monde musulman. En 2022, quelque 9,4 millions de croyants ont visité La Mecque, tandis que le gouvernement saoudien s’attend à plus de 50 millions d’ici 2030. Cette croissance fait partie de la vision 2030 du royaume, qui vise les 150 millions de visiteurs avant la fin de cette décennie. La construction de 221’000 nouvelles chambres d’hôte dans les deux villes de la Mecque et Médine sur ce même horizon 2030 va dans ce sens.

Ces deux pèlerinages apportent environ 12 milliards de dollars à l’économie saoudienne tous les ans, soit 7% de son PIB. Mais, comme le Covid a montré, la dépendance économique sur le Hajj rend la Mecque vulnérable aux crises mondiales (Bokhari, 2021). De plus, Abonomi et al. (2022) ont noté que la gestion des déchets de la ville est, comme en 2022, souvent mise à rude épreuve face à l’influx massif des pèlerins, ce qui nécessite des solutions rapides et robustes (Gören et al., 2022).

Le Vatican ou l’équilibre délicat entre sacré et commercial

Independent de l’Italie depuis 1929, le Vatican malgré sa petite taille de seulement 44 hectares est la destination la plus sacrée des chrétiens. Le musée du Vatican a accueilli, à lui seul, 7 millions de visites en 2024 et a dégagé environ 100 millions de dollars en revenue. L’impact économique des quelque 30 millions de touristes qui visitent le Vatican se chiffre dans les milliards de dollars, avec des retombées considérables pour la ville de Rome. Mais quel est le prix de ce tourisme de masse? D’abord, le coût de la vie augmente considérablement pour les résidents. Ensuite, la vente des souvenirs, entre les magnets, t-shirt et bibelots, est vue par beaucoup comme à la limite du sacrilège, ternissant ainsi la religiosité du site. L’un des défis principaux pour le Vatican consiste à trouver l’équilibre entre le sacré et le profane, un défi souvent difficile à relever pour l’industrie du tourisme.

Varanasi et son infrastructure dépassée

La capitale spirituelle de l’Inde et de tous les hindous du monde est sans doute Varanasi. La ville joue un rôle important notamment lors des cérémonies de fin de vie. Elle est également l’une des villes les plus anciennes au monde. Sa population de 4 millions est multipliée par 35 lors des périodes chargées! Evidemment, cela pose de vrais problèmes (par ex., transport, gestion des déchets, insécurité et hygiène) pour la population, les autorités et le secteur de l'accueil. Le manque d’infrastructures est souvent pointé de doigt et la ville a du mal à loger tous ces touristes.

Un avenir durable et spirituel?

Pour Varanasi, le Vatican et la Mecque, les chiffres du tourisme ont déjà dépassé leurs niveaux d’avant-Covid (World Tourism Barometer). Déjà mis à l’épreuve par un nombre de défis (environnement, infrastructure, société et même culturel), les sites sacrés continueront à accueillir de plus en plus de touristes à l’avenir. Nous ne pouvons qu’espérer que la foi et le commerce sauront trouver une cohabitation harmonieuse afin de rendre le tourisme religieux aussi durable que passionnant.

 

Article original: https://hospitalityinsights.ehl.edu/religious-tourism

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