L'IA dans la gestion de fortune entre réglementation et engouement

Andreas Janoschek, Gerevest.AI

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Quelles possibilités s'offrent aux wealth managers genevois pour 2026?

 

Fin 2025, où en êtes-vous réellement avec l'IA dans la gestion de fortune? Investissements de plusieurs millions et conformité totale avec l'AI Act européen? Ou blocage complet pour raisons de protection des données? «Quelque part entre les deux» sera probablement la réponse actuelle pour la plupart d'entre vous. Mais avec l'entrée en vigueur progressive de l'AI Act dès août 2026, cette zone grise ne pourra plus durer. Examinons où en sont actuellement le marché, la réglementation et la technologie.

Asset management: l'IA comme étiquette marketing

Commençons par l'asset management. Nombreux sont ceux qui ont déjà sauté dans le train de l'IA. Il existe des fonds thématiques IA, des ETF, des indices, des certificats qui investissent dans les entreprises d'IA. Généralement dans les mêmes entreprises technologiques américaines bien connues. Investir dans l'IA - mais pas nécessairement avec l'IA.

Ensuite, on observe un nombre croissant de «stratégies d'investissement IA» automatisées, souvent proposées par des équipes qui investissent déjà de manière quantitative depuis des années ou des décennies. Un examen plus approfondi révèle qu'il s'agit souvent de l'utilisation de techniques de «machine learning» classiques (par exemple basées sur du code Python), qui sont désormais commercialisées comme «IA» plutôt que comme «Quant». On ne trouve guère de chatbots et de LLM qui prennent automatiquement des décisions d'investissement. L'ESMA constate d'ailleurs dans son analyse de février 2025 que les asset managers utilisent principalement l'IA générative pour soutenir les décisions d'investissement pilotées par l'humain, plutôt que pour automatiser complètement le processus.

Wealth management: prudence justifiée ou retard dangereux?

Dans le wealth management, la situation est différente. Quelques grandes institutions financières ont publiquement annoncé équiper leurs relationship managers d'outils d'IA comme assistants. Mais l'adoption reste inégale, particulièrement sur la place financière genevoise. Les préoccupations concernant la sécurité des données clients sont élevées – et légitimes.

C'est ce qui distingue fondamentalement le wealth manager de l'asset manager. Alors que ce dernier peut traiter sans problème des données publiques sur des serveurs américains avec des modèles de langage américains ou chinois, le premier fait face à des barrières d'entrée plus importantes. La Finma a d'ailleurs publié en décembre 2024 une communication sur la gouvernance et la gestion des risques liés à l'IA, soulignant l'importance d'une approche prudente et structurée.

Pourtant, le plus grand soulagement qu'apporte l'IA aujourd'hui concerne justement les tâches opérationnelles du wealth management. Les relationship managers ne sont pas remplacés, bien au contraire: l'IA leur donne plus de temps pour s'occuper de leurs clients. Rédaction d'emails, résumés de documents, préparation de présentations – autant de tâches chronophages qui peuvent être accélérées.

Solutions techniques: l'Europe rattrape son retard

L'offre de solutions européennes évolue. Avec le modèle de langage Apertus, entièrement développé en Suisse par l'EPFL, l'ETH Zurich et le CSCS, les modèles français de Mistral et la plateforme de workflow allemande n8n, associés à un serveur en Suisse, on peut déjà construire une infrastructure «made in Europe» fin 2025.

Soyons honnêtes: Apertus correspond lors de sa publication en septembre 2025 à peu près à ChatGPT il y a un an. Une éternité dans cette industrie en développement rapide. Mais pour de nombreux cas d'usage quotidiens - emails, traductions, résumés – le niveau actuel suffit. Et surtout: l'état de la technique aujourd'hui permet d'installer cela de manière sécurisée et locale sur un ordinateur portable standard, sans que les données ne soient stockées aux États-Unis.

De petites équipes avec seulement une poignée d'analystes pourraient également, grâce à l'IA, obtenir une couverture beaucoup plus large de classes d'actifs, de secteurs et de pays qu'il y a encore 2 ans.

Réglementation: août 2026 approche

La question deviendra particulièrement pressante à partir d'août 2026: les stratégies automatiques de gestion de fortune basées sur l'IA seront-elles classées comme «à haut risque» selon l'AI Act européen? Pour le credit scoring ou l'évaluation des risques en assurance, les orientations réglementaires sont relativement claires. Pour la gestion de fortune, la pratique réglementaire reste à définir.

Et ne commettez pas l'erreur de croire que l'AI Act européen ne vous concerne pas parce que vous êtes en Suisse. Avez-vous des clients ou des collaborateurs dans l'UE? Vos clients ou intermédiaires ont-ils eux-mêmes des clients dans l'UE qui sont affectés par les résultats de vos systèmes? L'AI Act européen s'applique de manière extraterritoriale. La classification de vos systèmes, la transparence vis-à-vis de vos clients et surtout la question de la «formation à l'IA», c'est-à-dire la formation des collaborateurs à l'utilisation de l'IA, deviendront pertinentes l'année prochaine.

Risques à ne pas sous-estimer

Ces perspectives ne doivent pas masquer plusieurs défis importants. Les coûts de conformité à l'AI Act seront considérables, avec des investissements nécessaires dans l'audit des systèmes et la formation du personnel. Les «hallucinations» des modèles de langage peuvent générer des informations erronées, un risque particulièrement sensible dans le conseil financier. Les modèles européens accusent un retard de 12 à 18 mois sur leurs homologues américains et chinois, créant un dilemme entre désavantage compétitif et risques réglementaires.

Toutefois, l'inaction comporte ses propres risques. Lorsque les outils sur le smartphone privé d'un collaborateur surpassent drastiquement les capacités des systèmes professionnels, deux risques se présentent: soit l'utilisation non autorisée d'outils personnels avec les risques de sécurité que cela implique, soit le départ vers un employeur plus innovant. Cette problématique touche également les clients: une banque privée dont les outils digitaux semblent datés face aux solutions de robo-advisors ou de plateformes étrangères risque de perdre en attractivité, particulièrement auprès de la génération qui héritera des patrimoines actuels.

Perspectives pour 2026

L'année 2026 nous réservera certainement de nombreuses nouveautés en matière d'IA. Je suis particulièrement optimiste quant à l'évolution des solutions européennes. Apertus n'en est qu'à sa première version. D'autres initiatives continuent d'innover.

Si les acteurs de la place financière s'engagent maintenant comme utilisateurs et contributeurs de ces solutions locales, la réglementation ne sera plus une contrainte mais un cadre structurant. L'AI Act européen favorise précisément les approches transparentes et souveraines qu'incarnent les développements suisses et européens.

La question n'est donc pas de craindre août 2026, mais de s'y préparer correctement. Les outils existent, le cadre réglementaire se précise, les cas d'usage sont identifiés. Il ne manque plus que la volonté d'agir – individuellement et collectivement. C'est ensemble que la place financière genevoise tirera le meilleur parti de cette révolution technologique.

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