La consommation chinoise gagne en autonomie structurelle

Zouhoure Bousbih, Ostrum AM

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Pékin fait de la consommation un levier central de stabilité face aux tensions commerciales avec les Etats-Unis.

 

En 2024, la consommation représente 39,6% du PIB chinois, un niveau bien inférieur à celui des Etats-Unis (69%), du Japon (55,5%) et de l’Union européenne (51,6%). Cette faiblesse structurelle s’explique en grande partie par une épargne contrainte, reflet du manque de protection sociale.

Le revenu disponible avant impôts des ménages chinois équivaut à 62% du PIB, un niveau comparable à celui de la Corée du Sud mais légèrement inférieur à celui du Japon (65%). Après impôts et transferts, il reste élevé à 61%. En revanche, le revenu disponible incluant les transferts sociaux ne représente que 67% du PIB, contre 78% au Japon et plus de 80% aux Etats-Unis.

Ces écarts soulignent la nécessité de réformes structurelles visant à accroître les revenus, renforcer la protection sociale et améliorer l’accès aux services essentiels.

Le 15e plan quinquennal: un changement de paradigme

Le 15e plan quinquennal fixe pour objectif d’augmenter la part de la consommation dans le PIB au cours des cinq prochaines années, tout en redéfinissant son rôle dans l’économie.

La consommation ne doit plus être un stimulus cyclique, mais devenir un moteur autonome et durable de la croissance.

Le plan prévoit d’importants investissements dans la santé, l’éducation et le logement, afin de réduire les inégalités de revenus et de renforcer la confiance des ménages.

L’ouverture institutionnelle: promouvoir ses propres normes

Le plan met également l’accent sur une ouverture institutionnelle accrue, considérée comme un levier essentiel du développement de «haute qualité».

Cette ouverture vise à répondre aux tensions commerciales tout en affirmant le rôle de la Chine dans la gouvernance économique mondiale.

Il ne s’agit plus seulement de s’aligner sur les standards internationaux, mais aussi de promouvoir les normes chinoises. À travers sa participation au Partenariat économique global régional (RCEP) et au Partenariat pour l’économie numérique (DEPA), Pékin cherche à façonner un nouvel ordre économique international.

L’objectif est de rapprocher les règles nationales des standards mondiaux, tout en conservant ses propres atouts institutionnels. Cette évolution s’accompagnera de réformes internes, notamment pour clarifier les frontières entre le marché et le gouvernement.

Pour les entreprises étrangères, l’alignement sur les nouvelles normes chinoises pourrait devenir le nouveau prix d’entrée sur le marché intérieur.

Une transition stratégique pour la Chine

La Chine entre dans une phase cruciale de transition économique. Le 15e plan quinquennal constitue un recalibrage stratégique pour s’adapter à un monde plus fragmenté et imprévisible.

Les priorités sont claires:

  • L’autonomie technologique, avec la volonté de devenir leader mondial de l’intelligence artificielle;
  • L’autonomie structurelle de la consommation domestique, pour stabiliser l’économie face aux chocs externes;
  • L’ouverture institutionnelle, destinée à diffuser les normes chinoises dans les domaines environnemental, technologique et commercial.

Malgré cette quête d’autonomie, Pékin ne se referme pas: elle entend influencer les règles du jeu mondial. Pour les entreprises étrangères, s’adapter à ces nouveaux standards chinois devient une condition d’accès incontournable à son immense marché intérieur.

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