L’opérateur de la Bourse suisse SIX lance un sérieux avertissement sur pertes pour l’exercice en cours, dans le sillage d’un projet d’augmentation de capital de son partenaire français en difficultés chroniques Worldline. La participation dans le géant du trafic de paiements générera sur l’exercice en cours un correctif de valeur de l’ordre de 550 millions de francs.
Hors impact de Worldline le résultat net devrait avoisiner les 250 millions de francs, indique un communiqué diffusé jeudi. La perte nette devrait ainsi s’établir autour de 300 millions.
SIX assure soutenir les plans de transformations présentés par Worldline, mais n’entend pas pour autant souscrire à l’augmentation de capital à hauteur de 500 millions d’euros annoncée ce même jour, se résignant ainsi à une dilution de sa participation actuelle de 10,5% comme à son statut de premier actionnaire.
Embellie à effet retard
Promettant un retour à un flux de trésorerie positif en 2027, Worldline a prévenu parallèlement au dévoilement de son plan de redressement que l’exercice 2026 s’annonçait comme une nouvelle année «de transition». Ancienne filiale d’Atos, indépendante depuis 2019, Worldline a connu ces dernières années une série de pannes spectaculaires, des révisions régulières à la baisse de ses objectifs financiers, et une chute de sa valeur entraînant sa sortie du CAC 40, le principal indice de la Bourse de Paris.
L’entreprise hexagonale demeure dépeinte comme un partenaire important dans le domaine des paiements, nonobstant le départ annoncé de l’administratrice Giulia Fitzpatrick, représentante de SIX au conseil de Worldline. La participation sera en outre désormais considérée comme un simple investissement financier.
SIX a en revanche convenu de racheter à son partenaire ses activités de gestion électronique de données dans le domaine de la conformité, sans s’épancher sur les contours financiers de l’opération.
Les contrariétés liées à Worldline s’inscrivant sur un registre purement comptable, la direction de SIX n’envisage pas de retoquer sa politique en matière de rémunération de ses actionnaires et fait toujours miroiter un dividende de 5,30 francs par action au titre de 2025, inchangé sur un an.
Correctifs à répétition
SIX avait troqué en 2018 ses propres services de paiements à Worldline contre un paquet de près de 50 millions d’actions et un montant en numéraire de 338 millions de francs, pour un total alors évalué à 2,3 milliards d’euros. La cession trois ans plus tard d’une dizaine de millions de ces titres avait contribué à générer un gain financier de plus d’un quart de milliard de francs.
Les 10,5% de Worldline toujours détenus depuis ont par contre déjà grevé les comptes de SIX à hauteur de plus de 862 millions en 2023, puis de près de 168 millions en 2024.
Sur la base des quelque 580 millions de francs de la valorisation actuelle de Worldline et du projet d’augmentation de capital de 500 millions, la participation de 10,5% de SIX est promise à une frelatation de près de moitié. De quelque 40 euros au moment de la transaction avec SIX fin 2018, le titre avait culminé à plus de 85 euros mi-2021 avant de sombrer inexorablement depuis pour s’établir actuellement à tout juste deux euros.