Trois pistes pour ajuster son portefeuille

Emmanuel Garessus

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Après une hausse tirée par l’IA, Angel Sanz, CIO de NS Partners, privilégie les actions américaines, sur une base équipondérée, suisses et le long/short.

 

Les investisseurs entrent dans la dernière phase d’une année très positive, mais les défis ne manquent pas. La hausse des actions s’est concentrée sur les valeurs liées à l’IA et la valorisation de nombreux marchés est très élevée. Comment allouer son portefeuille afin de participer à la hausse en limitant les risques? Angel Sanz, Chief Investment Officer et directeur de la division Asset management de NS Partners, répond aux questions d’Allnews:

Comment avez-vous adapté votre allocation ces derniers mois?

La croissance économique et les perspectives sont correctes en cette fin d’année. L’impact des droits de douane américains est inférieur aux attentes, mais celui de l’intelligence artificielle (IA) est considérable. En bourse, les valorisations sont très élevées. Dans ce contexte, nous avons évité d’appliquer excessivement une stratégie de momentum, notamment pour faire confiance à des stratégies long/short, l’une de nos principales compétences, et investir dans des stratégies équipondérées plutôt que pondérées selon la capitalisation. Nous avons procédé à ces ajustements depuis seulement environ un mois.

Que pensez-vous du risque lié au financement des énormes investissements des grands groupes liés à l’IA par la dette?

Les commentateurs sont souvent négatifs à l’égard de ces emprunts annoncés par Meta et Alphabet. Mais tous les grands investissements entrepris par les géants de la tech ont été financés à environ 40% par leur free cash-flow. Il existe peu d’exceptions. Je citerai Oracle, une société qui n’a pas de free cash-flow positif, et OpenAI, dont le financement est un grand point d’interrogation.

«Plutôt que le résultat des Midterms, il est plus important de savoir si les entreprises liées à l’IA profiteront de leurs investissements».

L’utilisation de Special Purpose Vehicle (SPV), célèbres pour leur rôle dans la crise des subprimes, ne vous fait-elle pas peur?

Nous restons attentifs, mais une différence majeure existe. Lors de la crise financière, la dette des ménages et des sociétés était à des niveaux records et le ratio de fonds propres des banques ne dépassait pas 7%. Aujourd’hui le ratio de fonds propres des banques est deux fois plus élevé qu’en 2007. Et les réglementations se sont durcies pour les banques, par exemple à l’égard du négoce. La dette des ménages et des entreprises se situe, elle, à un niveau normal. La situation actuelle est nettement plus favorable qu’en 2007 ou en 2000.

La situation actuelle ne rappelle-t-elle pas ces périodes de crise?

C’est la valorisation des marchés qui rappelle ces épisodes. L’indice S&P 500 est valorisé à 23 fois les bénéfices des 12 prochains mois, soit davantage qu’en 2021 et au plus haut depuis 20 ans. Le marché n’est que 10% moins cher qu’avant la crise de 2000, même si la Tech était plus chère qu’en ce moment. La raison de cette forte valorisation boursière tient aux promesses de l’intelligence artificielle. 

Sur le marché obligataire, le spread du High Yield est au plus bas depuis 20 ans. Il existe donc deux critères clés qui révèlent une valorisation exceptionnelle. 

En Suisse, la valorisation des fonds immobiliers et des sociétés immobilières cotées est également très élevée.

Comment l’investisseur peut-il profiter des éventuels gains futurs et se protéger d’une baisse?

J’ai trois conseils pour naviguer tranquillement sur les marchés: les fonds long/short, une préférence pour l’indice équipondéré plutôt que le S&P 500, investir dans les actions suisses, où la valorisation est correcte et la composition sectorielle très complémentaire des Etats-Unis dans la mesure où ce marché est peu axé sur la technologie et davantage sur les valeurs défensives telles que l’industrie de la santé.

J’ajouterai un 4e conseil, à savoir la protection des positions en actions à travers des produits structurés tels que des certificats airbags. Ces derniers offrent une protection contre les premiers 20% de baisse, et ils continuent de participer à la hausse du sous-jacent jusqu’à par exemple 20%. Les clients apprécient ce type de produits.

La Suisse figure dans vos trois conseils. N’est-elle pas trop dépendante du trio Nestlé, Roche, Novartis, qui dépendent du retournement de Nestlé et de la politique de Trump sur les prix des médicaments?

Les groupes pharmas vont davantage investir aux Etats-Unis pour satisfaire aux besoins de Donald Trump. La Suisse dispose de nombreuses autres atouts que ces trois valeurs, par exemple au sein des valeurs industrielles et financières. Les investisseurs suisses en sont nettement plus conscients que les investisseurs internationaux. Ces entreprises sont bien gérées. La monnaie est forte et l’indice est resté en retrait depuis deux ans, notamment par rapport à l’indice S&P 500. Les deux pays qui se portent le mieux au monde sont les Etats-Unis et la Suisse.

Les marchés sont très attentifs à l’actualité politique. Quelles seront leurs réactions dans la perspective des élections de «mi-mandat» aux Etats-Unis?

Les marchés souffrent souvent de myopie. On ignore souvent que durant le premier mandat de Donald Trump, les valeurs de la transition énergétique ont surperformé de 300% les valeurs pétrolières, alors que la présidence de Joe Biden s’est traduite par une forte surperformance des pétrolières. La raison est à chercher non pas dans leur politique respective mais dans l’évolution du pétrole et dans la demande d’énergie solaire pour les Data Centers.

La réaction aux «Midterms» ne devrait pas être significative. Supposons que les démocrates gagnent la majorité au Congrès, la réaction de la bourse serait positive. Historiquement, le meilleur environnement possible pour le marché américain correspond en effet à celui dans lequel la Maison Blanche et le Congrès ne sont pas contrôlés par le même parti. 

Aujourd’hui, les perspectives de l’économie américaine paraissent assez favorables. L’impact des droits de douane est légèrement négatif, les limitations à l’immigration également, alors que la dérégulation financière est plutôt positive. Plutôt que le résultat des Midterms, il est plus important de savoir si les entreprises liées à l’IA profiteront de leurs investissements ou si les ménages maintiendront leurs dépenses de consommation.

«J’ajouterai un 4e conseil, à savoir la protection des positions en actions à travers des produits structurés tels que des certificats airbags».

Recommandez-vous de surpondérer les actions ou avez-vous, comme Warren Buffet, beaucoup de cash?

Nous n’avons pas beaucoup de cash et nous sommes neutres à l’égard des actions. Au sein de ces dernières, nous évitons les entreprises que nous jugeons surévaluées et, comme indiqué, nous aimons bien les actions suisses, l’indice américain équipondéré, qui est 20% moins cher que le S&P 500, et le long/short. Nous sommes constructifs à l’égard des actions dans l’attente de la poursuite de la baisse des taux américains et d’une poursuite de la croissance.

Que pensez-vous du risque d’un retour de l’inflation?

Aux Etats-Unis, l’inflation a moins progressé que prévu après l’instauration des droits de douane. Elle devrait finir l’année vers 3% et l’année prochaine à 2,8% avant d’osciller entre 2 et 2,5%. Les économistes s’accordent sur un effet temporaire et non permanent des droits de douane.

La tendance à la baisse du dollar va-t-elle se poursuivre?

La réaction logique à une hausse des droits de douane est celle d’une hausse du dollar. Si le résultat n’a pas été celui qui était attendu, l’explication est à chercher dans les attentes de baisse des taux d’intérêt américains d’ici à juin 2026. Mais comme ces attentes de taux sont maintenant intégrées dans les prix, le billet vert s’est stabilisé. A plus long terme, le dollar devrait remonter compte tenu des atouts stratégiques des Etats-Unis en termes de domination militaire, de souveraineté énergétique, de leadership dans l’IA. La principale exception à ce tableau positif porte sur le déficit budgétaire.

A la suite des droits de douane américains, de la concurrence chinoise et des problèmes budgétaires de la France, vous attendez-vous à une crise en Europe?

La question se justifie dans la mesure où la croissance européenne se limitera à 1,3% cette année malgré la hausse des dépenses militaires. Un rapport a révélé qu’à peine 11% des mesures conseillées par Mario Draghi pour doper la productivité de l’Europe sont mises en oeuvre. La situation n’est guère favorable, mais l’Europe compte encore d’excellentes entreprises au profil global, comme ASML, aux Pays-Bas, ou LVMH en France. La situation est toutefois différente d’une région à l’autre. Les pays méditerranéens qui ont traversé la crise en 2010-12, comme la Grèce, l’Espagne et l’Italie, présentent des excédents budgétaires primaires alors que la France ne parvient pas à s’entendre pour réduire son déficit de 6 à 5,5%. On réalise, à l’image des problèmes de santé d’un individu, que les pays n’acceptent de changer leur mode de vie qu’au moment d’une crise existentielle.

Vous avez toujours affirmé que le franc suisse resterait la meilleure des monnaies. Ne sera-t-il pas pénalisé par les problèmes de nos voisins?

Malgré les droits de douane de 39%, et malgré les crises, la Suisse est toujours parvenue à s’adapter. La situation actuelle ne fera pas exception. Elle reste à la pointe tant par ses comptes publics que par ses entreprises, son système éducatif, son système de retraite, ses infrastructures. Ses habitants sont peu conscients de la qualité de ses fondamentaux. Le cours du franc suisse est l’expression de toutes les bonnes décisions prises par le pays.

Quelles sont les perspectives de l’or?

En raison de la hausse du cours, l’allocation de l’or est passée de 5 à 7-10%. Il est difficile d’estimer si le niveau actuel de 4000 dollars l’once est correct. Le moteur de la hausse est à chercher dans les banques centrales qui, après l’invasion de l’Ukraine, se sont méfiées des Etats-Unis. Aujourd’hui, de nombreux investisseurs se sont intéressés à l’or. Nous restons investis dans l’or.

Est-ce qu’il existe un secteur ou un pays qui est resté délaissé et serait digne d’intérêt?

Nous effectuons un travail de sélection qui porte davantage sur les secteurs que sur les pays. Sur le plan sectoriel, l’industrie de la santé est en retard, ainsi que la consommation de base. Il peut être intéressant d’investir dans ces secteurs défensifs.

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