Après une première mobilisation lundi, des milliers de maçons de toute la Suisse romande, ont défilé mardi dans les rues de Lausanne. Ils ont protesté contre une détérioration de leurs conditions de travail, alors que les désaccords subsistent autour de la prochaine convention nationale (CN) du secteur.
La manifestation, partie d’Ouchy en début d’après-midi pour la Riponne, a réuni entre 7000 et 7500 travailleurs, selon des décomptes d’Unia et de la police de Lausanne. Le cortège emmené par le syndicat Unia s’est déroulé dans une ambiance bon enfant, à grands renforts de musique et slogans.
«Une CCT rongée à l’os? Nein! les maçons montrent les dents», pouvait-on lire sur des banderoles. «Pas d’augmentation, pas de maçon, pas de maison», ont scandé les ouvriers du gros oeuvre, coiffés de casquettes rouges ou blanches.
Soutien de Pierre-Yves Maillard
Le rassemblement avait déjà débuté durant la matinée. Sous une tente à Ouchy, de nombreux maçons avaient déjà montré leur forte détermination à coups de tambours, sifflets et sirènes.
Le président de l’Union syndicale suisse Pierre-Yves Maillard est venu exprimer son respect pour leur travail. Il a dénoncé les conditions de travail «inacceptables» que les patrons voudraient imposer à travers une convention de travail «light».
Pour lui, cette situation est révélatrice de la nouvelle attitude des milieux patronaux en Suisse. Alors que les marges sont là et en période de croissance, «des employeurs demandent aux travailleurs de reculer. Cette agressivité patronale provoque des réactions fortes» a-t-il déploré, espérant «un retour au partenariat social».
Prêts à continuer
Selon Pietro Carrobio, responsable du secteur construction du syndicat Unia Vaud, la grève a paralysé «une grosse partie des chantiers de l’Arc lémanique, dont 80% dans le canton de Vaud. La mobilisation a été plus importante qu’en 2022», s’est-il réjoui.
«Les propositions de la Société suisse des entrepreneurs (SSE) sont inacceptables. Si aucun accord n’est trouvé, «les maçons sont prêts à continuer la grève à la fin de l’année ou au début 2026», a-t-il affirmé.
Vania Alleva, présidente d’Unia, a rappelé que les revendications des maçons «sont simples et qu’ils ne demandent pas la lune». Pour préserver leur santé et avoir une vie de famille, ils revendiquent une journée de huit heures, une pause café payée, le paiement intégral du temps de déplacement jusqu’au chantier. Enfin, les travailleurs du bâtiment doivent bénéficier d’une adaptation des salaires au renchérissement.
Horaires humains
Michele Aversa, du syndicat Syna, a lui souligné le risque de pénurie. D’ici 2040, il devrait manquer 30’000 employés dans une branche qui en compte actuellement 80’000 maçons. Pour attirer les jeunes et les personnes qualifiées, il faut offrir des horaires de travail humains» a-t-il plaidé.
De nouvelles mobilisations sont prévues vendredi à Bâle et le 14 novembre à Zurich. A noter que des mineurs du chantier du deuxième tube du tunnel routier du Saint-Gothard ont également cessé le travail mardi pour réclamer de meilleures conditions de travail.
Menaces déplorées
De son côté, la SSE regrette plus généralement les actions des syndicats, qui brisent selon elle la paix du travail et ralentissent les négociations. Le Groupe vaudois des entreprises de maçonnerie et génie civil a lui déploré le comportement des syndicats en lien avec la grève de lundi et mardi. Il a dénoncé des blocages de chantiers, dommages à la propriété, vols ou encore des menaces envers des employés ne faisant pas grève.
Ces méthodes «d’un autre temps et contraires à la paix du travail» feront l’objet de plaintes pénales, a annoncé la faîtière patronale. Pour le syndicat Unia, le groupe vaudois «tente péniblement de discréditer la mobilisation des maçons».
Pour mémoire, l’actuelle CN expire en fin d’année. Les cinq premières rondes de négociations n’ont pas permis d’aboutir à un accord.