Selon la sixième édition du «Global Technology Report» publiée par Bain & Company, la croissance rapide de l’intelligence artificielle (IA) ouvre un potentiel de revenus supplémentaire estimé à 2000 milliards de dollars par an d’ici 2030. Cependant, le rapport met en garde contre une importante insuffisance d’investissements nécessaires pour répondre à la demande mondiale en puissance de calcul, qui pourrait atteindre 200 gigawatts d’ici la fin de la décennie. Les États-Unis représenteraient à eux seuls près de la moitié de cette consommation.
Même dans l’hypothèse où les entreprises américaines transféreraient l’ensemble de leurs budgets informatiques vers le cloud et réinvestiraient toutes les économies générées par l’IA dans de nouvelles infrastructures, le déficit de financement subsisterait. La demande en capacité de calcul pour l’IA croît en effet plus de deux fois plus vite que ne le prédit la loi de Moore.
«L’IA ne crée pas seulement des opportunités, elle impose aussi des défis considérables en matière d’infrastructures et de sécurité d’approvisionnement», explique Dr. Florian Mueller, associé chez Bain et responsable de la pratique AI, Insights & Solutions pour la région EMEA. «D’ici 2030, les directions technologiques devront investir environ 500 milliards de dollars par an et générer 2000 milliards de dollars de nouveaux revenus pour satisfaire la demande tout en maintenant la rentabilité.»
Le rapport souligne également que la capacité des réseaux électriques devra être renforcée à grande échelle, alors que beaucoup n’ont connu aucune extension significative depuis des décennies. La compétition entre pays et grands acteurs technologiques rendra l’équilibre entre surinvestissement et sous-investissement plus complexe que jamais.
Les leaders passent à l’échelle: +10 à +25% d’EBITDA grâce à l’IA
Les entreprises les plus avancées sont désormais passées de l’expérimentation à l’exploitation rentable de l’IA. En deux ans, la mise à l’échelle des solutions IA sur leurs processus centraux leur a permis d’accroître leur EBITDA de 10 à 25%.
La majorité des organisations, en revanche, restent bloquées dans la phase pilote, avec des gains de productivité limités. Les plus innovantes investissent déjà dans l’IA agentique, c’est-à-dire des systèmes autonomes capables de raisonner et d’agir.
Selon Bain, 5 à 10% des dépenses IT mondiales seront consacrées, d’ici cinq ans, aux infrastructures essentielles de l’IA (plateformes, protocoles, accès aux données en temps réel). À terme, jusqu’à 50% des budgets technologiques pourraient être dédiés aux agents IA déployés à l’échelle des entreprises.
Course mondiale à la souveraineté de l’IA
Le rapport observe également une intensification de la fragmentation géopolitique: droits de douane, restrictions à l’exportation et stratégies nationales d’«IA souveraine» redessinent les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Les États-Unis et la Chine se trouvent au centre de ce mouvement de découplage des chaînes de valeur des semi-conducteurs – la Chine représentant près de 20% de la capacité mondiale de production en 2025.
«Les capacités d’IA souveraines deviennent un atout stratégique, comparable à la puissance économique ou militaire», souligne Markus Trautwein, associé et expert en IA chez Bain.
«Une indépendance technologique totale reste illusoire pour la plupart des pays, et il est improbable que des normes mondiales unifiées émergent. Les entreprises internationales doivent donc adapter leurs architectures technologiques aux contextes réglementaires locaux, tout en préservant leur agilité.»
Calcul quantique et robotique: les prochains moteurs d’innovation
En parallèle de la montée en puissance de l’IA, deux technologies prometteuses se profilent: le calcul quantique et les robots humanoïdes. Le marché du calcul quantique pourrait atteindre 250 milliards de dollars, avec des applications clés dans la pharmacie, la finance, la logistique et les sciences des matériaux. Toutefois, Bain anticipe une adoption progressive, les ordinateurs quantiques fiables à grande échelle n’étant pas encore disponibles.
L’intérêt pour les robots humanoïdes s’accélère également, porté par des vidéos virales et des valorisations record. Leur réussite commerciale dépendra de la maturité de l’écosystème technologique et économique.
«Les entreprises qui expérimentent dès aujourd’hui auront un avantage décisif pour s’imposer dans cette nouvelle ère de croissance», conclut Dr. Florian Mueller. «Malgré l’enthousiasme médiatique et financier, la plupart des déploiements de robots humanoïdes restent encore à un stade précoce et nécessitent une supervision humaine.»