Le groupe Vontobel est sur une tendance positive. Après neuf mois, l’afflux de fonds s’élève à 3,2 milliards de francs pour le groupe. Les actifs sous gestion atteignent 239,7 milliards de francs à la fin septembre. A Genève pour une présentation à la presse, Christel Rendu de Lint, co-CEO du groupe Vontobel, répond aux questions d’Allnews:
L’afflux de fonds est positif de 4,7% dans la banque privée et négatif de 2% dans l’institutionnel. Le verre est-il à moitié plein ou à moitié vide?
Les résultats après neuf mois soulignent la solidité de notre modèle d’affaires. La croissance de l’afflux de fonds (NNM) en termes annualisés atteint 5,7% dans la clientèle privée. Elle se situe tout en haut de la fourchette visée (4 à 6%). Et dans la clientèle institutionnelle, les flux de l’industrie de la gestion active ont profité surtout à l’obligataire, où notre progression est très significative. Dans les classements européens, nous nous situons dans le premier quartile. En revanche, les flux restent négatifs dans la gestion d’actions aussi bien chez nous que dans l’industrie.
Pouvez-vous préciser l’origine de la croissance dans la clientèle privée?
Nous avons vu une croissance dans toutes nos régions. La croissance est très bien répartie, aussi bien entre les différents Relationship Managers (RM), les nouveaux et les plus anciens, qu’entre les zones géographiques.
«Après une période de stress et de retranchement des investisseurs, telle qu’en 2022, le ré-engagement se fait par étapes.»
Le recul de la clientèle institutionnelle est-il lié à la prépondérance de votre activité obligataire?
Au contraire, nous profitons de la tendance dans l’obligataire. A la fin septembre, le recul s’élève à 2 milliards de francs. Cela traduit une stabilisation puisque la baisse atteignait 1,8 milliard à la fin mars. Dans l’obligataire, notre croissance est excellente et surpasse la moyenne de l’industrie dans l’obligataire. Elle reflète nos compétences et nos performances. Notre comportement dans les actions est en ligne avec le marché de la gestion active, lequel est actuellement en contraction. Le problème provient donc de la demande.
Quelle est la proportion de l’obligataire dans votre activité institutionnelle?
A la fin du premier semestre, 43 milliards des 109 milliards de francs sous gestion provenaient de la gestion obligataire. La partie obligataire croît donc plus rapidement que celle des actions en termes d’afflux de fonds. La partie obligataire prend une proportion plus importante dans notre business mix institutionnel depuis des années.
Est-ce que le développement du multi-actifs s’inscrit entre celle des actions et des obligations?
Le segment multi-actifs a très bien tenu. A ce propos, nous avons d’ailleurs gagné un mandat prestigieux en Nouvelle-Zélande avec le Auckland Future Fund.
Vous dites que les marchés suivent des cycles en termes de prise de risque. Selon ceux-ci, nous entrons maintenant dans une phase favorable aux émergents. Est-ce votre scénario pour les prochains trimestres?
Effectivement, en termes de flux. Après une période de stress et de retranchement des investisseurs, telle qu’en 2022, le ré-engagement se fait par étapes. Il démarre par l’obligataire. Après une grande réserve à l’égard des émergents, la demande est repartie par la partie dette. Au-delà de la question du caractère investissable de ces régions, je pense que les investisseurs n’ont pas le luxe de penser que 50% de l’économie mondiale soit non-investissable.
Que représentent les émergents au sein de Vontobel?
L’exposition émergente représente 10% des actifs institutionnels à mi-année. Elle s’est stabilisée. La demande revient sur la partie obligataire et on devrait maintenant voir plus d’intérêt également pour la partie actions.
Est-ce que vous lancerez de nouveaux produits sur les émergents et la Chine?
Nous sommes déjà bien positionnés sur ces marchés et disposons des stratégies et des compétences nécessaires. Si la demande se manifeste, nous serons prêts.
Est-ce que la demande d’investissements durables disparaît?
Nous constatons encore beaucoup d’intérêt pour l’investissement durable. Nous avons été souvent sollicités par les clients institutionnels au plan global. Ces solutions vont délivrer de la valeur tant du point de vue de la performance que de celui de la durabilité. Nous sommes bien positionnés parce que nous l’avons toujours fait dans le respect de notre devoir fiduciaire et avec valeur ajoutée.
«Les investisseurs n’ont pas le luxe de penser que 50% de l’économie mondiale soit non-investissable.»
Vous vous attendez à une augmentation à long terme de l’inflation dans le monde. N’est-ce pas négatif pour les stratégies obligataires?
Je ne dis pas que l’inflation augmentera dans le monde mais qu’elle restera plus élevée qu’avant la pandémie en raison de facteurs tant cycliques, liés aux stimulus, que structurels tels que ceux qui résultent des frictions introduites dans l’économie mondiale, souvent pour des raisons géopolitiques. Nous ne devrions plus revenir à des scénarios évoquant un risque de déflation.
Les développements macroéconomiques soulignent un besoin de plus grande diversification, dans un contexte d’incertitude accrue. Les années 2008 à 2022, avec une hausse synchronisée, étaient exceptionnelles et ne se prolongeront pas.
Par rapport à la diversification, quelle est l’exposition des clients à l’or?
Selon le type d’investissement et le profil, un client diversifié détient environ 5% d’exposition à l’or. Ce n’est pas une recommandation.
Diverses études indiquent un intérêt croissant des clients fortunés à investir dans les placements privés. Est-ce aussi le cas chez Vontobel?
Ce besoin s’inscrit dans une tendance de fond tant auprès des clients privés qu’institutionnels, y compris des clients aussi sophistiqués que les fonds souverains et les «endowments». Pour les clients privés, la difficulté tient au facteur d’illiquidité de cette classe d’actifs.
La performance des placements privés a éveillé tous les clients à cette exposition. La question principale se situe dans l’adéquation entre son profil d’investissement et les actifs choisis. Une fois cette question résolue, il faut admettre que les placements privés offrent des opportunités inaccessibles autrement.
Pour Vontobel, par rapport à vos objectifs à trois ans, est-ce que les coûts ont de bonnes chances d’être inférieurs ou/et les revenus d’être supérieurs?
Je ne peux pas me prononcer sur les chiffres à trois ans. Pour l’instant, nous avançons bien sur nos priorités stratégiques. Si nous gardons le bon cap, les chiffres suivront.
Comment interpréter le recul de l’action Vontobel depuis le début de l’année?
L’évolution à court terme n’est pas indicative. Nous nous concentrons sur la génération de performance à long terme, en particulier la valeur intrinsèque par action (tangible book value). Selon ce critère, nous sommes parmi les meilleurs de l’industrie.