Au premier semestre, la banque de gestion Vontobel a enregistré des résultats contrastés. De janvier à fin juin, le produit d’exploitation a reculé de 5% sur un an pour atteindre 688,8 millions de francs. Le bénéfice net s’est replié à 115,5 millions, contre 130,3 millions un an plus tôt. Les avoirs sous gestion se sont eux établis à 233 milliards, après 229 milliards fin décembre 2024. L’apport d’argent frais a totalisé 2 milliards, contre 2,6 milliards un an plus tôt, grâce aux bons résultats de la clientèle privée, a souligné la banque dans un communiqué. L’évolution a été contrastée selon les segments: la clientèle institutionnelle a subi des sorties de capitaux de 1,8 milliard. La clientèle privée a elle enregistré des afflux nets à hauteur de 3,3 milliards de francs. Ces résultats ont été accueilli fraîchement par les investisseurs: l’action Vontobel a fortement reculé jeudi (-12,5% à 60 francs), suivi d’un rebond du titre de près de 2% vendredi. Le point sur les chiffres à fin juin et les perspectives de développement avec Christel Rendu de Lint, co-CEO du groupe Vontobel.
Les chiffres au premier semestre de Vontobel ont été contrastés. Quels sont les aspects positifs et négatifs qui en ressortent selon vous?
Nous sommes satisfaits de ces résultats et de la résilience dont ils ont fait preuve dans un contexte de marché compliqué, marqué notamment par la baisse des taux d’intérêt et la forte dépréciation du dollar. La faiblesse du billet vert a eu un impact négatif sur nos revenus.
«Il y a des situations où la volatilité entraîne un comportement attentiste chez certains investisseurs.»
Dans l’ensemble, l’aspect positif de ces résultats est qu’ils ont démontré la résilience de notre modèle d’affaires. Cela se reflète notamment par les apports nets des clients privés de 3,3 milliards de francs dans la division Private Clients, ce qui correspond à un taux de croissance annualisé de 6%, dans le haut de la fourchette de 4 à 6% visé. Nous sommes très satisfaits du momentum observé. Un autre point positif est que cette croissance a pu être observée à travers toutes les régions dans lesquelles nous sommes actifs ainsi qu’à travers tous les conseillers à la clientèle (relationship managers).
Côté négatif, nous avons subi une perte d’un mandat important dans le segment de la gestion quantitative multi-assets.
En matière d’afflux ou de sorties nettes d’argent, la situation a été moins favorable dans la division Institutional Clients qui a enregistré des sorties de capitaux de 1,8 milliard de francs durant le premier semestre. Anticipez-vous une amélioration de la situation dans ce segment?
Le premier semestre a certes été caractérisé par des sorties d’argent du côté de la clientèle institutionnelle – il faut cependant préciser qu’une inversion de tendance a eu lieu durant le deuxième trimestre. Entre avril et juin, la division Institutional Clients a enregistré des flux nets d’argent positifs. Cela a été particulièrement le cas dans les activités des produits obligataires (Fixed Income) ainsi que celles des solutions en actions (Equity Solutions). Dans le domaine des produits obligataires, qui est une de nos compétences fortes, la croissance a été supérieure à celle du secteur.
«Nous aurions tout à perdre à engager des profils qui ne correspondent pas à notre mode opératoire, à savoir un modèle de croissance ‘investment-led’ et non ‘credit-led’»
En ce qui concerne l’unité Structured Solutions, quel a été l’impact de la forte volalité des marchés au début du deuxième trimestre sur la demande de la clientèle? En principe, la volalité est plutôt favorable pour ce type de produits: cela a-t-il été le cas ce printemps?
Pour ce genre d’activités, la volatilité influence, en général, la demande plutôt positivement. En ce qui concerne la période de début avril, qui a suivi le «Liberation Day», certains investisseurs ont été plutôt en retrait. Il y a des situations où trop c’est trop – où la volatilité entraîne un comportement attentiste chez certains investisseurs.
En ce qui concerne l’impact sur les apports de la clientèle privée, de telles phases de volatilité ont souvent peu d’impact. En revanche, les clients institutionnels préfèrent en général attendre que les vents se calment avant de redevenir actifs sur les marchés et ajuster leurs allocations.
Sur le plan opérationnel, Vontobel a réduit ses coûts d’exploitation de 14 millions au premier semestre comparé à l’an précédent. Malgré tout, le ratio coûts/revenus s’est détérioré à 77,9%, un niveau supérieur à l’objectif visé de 72%. Cet objectif pourra-t-il encore être atteint cette année ou l’an prochain?
Nous poursuivons actuellement un programme d’efficience qui doit permettre d’économiser 100 millions de francs d’ici à fin 2026. Jusqu’ici, nous avons déjà réussi à réduire nos coûts à hauteur de 60 millions en projection sur l’année.
«Une condition à remplir en matière d’acquisitions est que notre ratio de fonds propres CET1 ne descende jamais en dessous de 12%.»
Maintenant, nous considérons ces mesures comme un programme de fitness, non pas comme un arrêt complet de nos investissements. Nous continuons à investir dans des activités stratégiques et dans les domaines que nous souhaitons continuer à développer.
Vontobel a souligné jeudi que l’intégration de la clientèle et des collaborateurs d’IHAG Privatbank a été complétée plus rapidement que prévu. Vontobel va-t-elle poursuivre sa politique d’acquisitions ou faire une pause?
Nous sommes toujours ouverts à poursuivre notre croissance de manière aussi bien organique qu'inorganique. Pour le premier aspect, nous continuons à recruter des conseillers à la clientèle mais de manière très sélective. Nous aurions tout à perdre à engager des profils qui ne correspondent pas à notre mode opératoire, à savoir un modèle de croissance «investment-led» et non «credit-led». La solidité de notre bilan est en effet un ancrage stratégique pour Vontobel.
Pour le second aspect, les acquisitions que nous effectuons poursuivent deux objectifs. D’une part, réaliser des économies d’échelle sur les marchés prioritaires où nous sommes actifs, à l’exemple de l’acquisition de SFA pour le marché américain - ou IHAG en ce qui concerne le marché germanophone et suisse en particulier.
D’autre part, acquérir des compétences d’investissement qui complètent notre offre actuelle. Cela a par exemple été le cas avec l’acquisition d’Ancala Partners afin de développer nos compétences dans les marchés privés, et dans ce cas précis en infrastructure.
Nous allons continuer de travailler de cette façon à l’avenir. Une condition à remplir toutefois est que notre ratio de fonds propres CET1 ne descende jamais en dessous de 12%.
Notre approche est toujours la même: nous restons ouverts aux opportunités qui se présentent tout en étant très sélectif dans notre façon de les appréhender.
Le mois de juillet est déjà bientôt écoulé. Quelles sont vos impressions concernant le début du nouveau semestre pour le développement de vos activités?
Le mois de juillet s’est jusqu’ici inscrit dans la continuité du deuxième trimestre. Nous n’avons pas observé de changement de tendance en juillet par rapport aux mois précédents.