N’en déplaise à des ours en voie d’extinction, la semaine écoulée voit les étoiles s’aligner tendrement au-dessus de Wall Street, déroulant un tapis rouge flamboyant à des taureaux qui n’en demandaient probablement pas tant. Comme les Rois mages, ces étoiles sont au nombre de trois: résultats de sociétés, indice mensuel sur les prix à la consommation US et le désormais célèbre TACO (Trump Always Chickens Out).
La saison 3 des trimestriels d’entreprises se passe bien et les bonnes nouvelles ne viennent pas que du secteur de la tech. Ford bondit de 12% vendredi, réalisant au passage la meilleure performance du S&P500 (SPX), après que l’entreprise a annoncé jeudi soir que son bénéfice avait plus que doublé au troisième trimestre. Les sociétés technologiques en dehors des «Magnificent Seven» se portent aussi bien, avec International Business Machines (IBM) en hausse de 7,9% vendredi, après avoir publié des résultats supérieurs aux prévisions de Wall Street plus tôt dans la semaine. Le fabricant d’équipements de construction Caterpillar (CAT +0,44%) est le principal contributeur à la hausse de mille points du Dow au cours des six dernières semaines, signe d’un optimisme croissant selon lequel l’argent investi dans les immenses centres de données pour l’intelligence artificielle commence à se diffuser dans l’économie. Les géants de la tech ne sont pas en reste en cette fin de semaine, ils terminent tous leur séance en hausse, hormis Tesla (TSLA -3,4%) qui de toutes les façons a ses raisons boursières que la raison ignore. La semaine qui débute est cruciale pour cette saison de résultats, 5 des 7 magnifiques vont passer par le confessionnal: Alphabet, Microsoft, Meta, Apple et Amazon.
Malgré la fermeture du gouvernement des Etats-Unis, le BLS publie tout de même l’indice mensuel des prix à la consommation vendredi après-midi, une information majeure dont la Fed a besoin pour orienter sa politique monétaire. L’inflation sous-jacente (core CPI) progresse de 0,2% en septembre, un peu moins qu’attendu (0,3%), et ressort à 3% sur un an, également sous les prévisions (3,1%). Les services de base ralentissent à 0,2%, notamment les loyers et le coût du logement, ce qui confirme une tendance désinflationniste dans l’immobilier. En revanche, certaines catégories liées aux tarifs douaniers (électronique, vêtements, ameublement) augmentent davantage. C’est là une excellente nouvelle pour le marché, la voie semble grande ouverte pour la Fed et deux baisses de taux supplémentaires de 25 points de base chacune cette année encore. Le prochain FOMC a lieu ce mercredi, d’ici là aucun membre de la Réserve Fédérale n’a le droit de s’exprimer, mais le CPI a parlé pour eux, rappelons ici que la Fed reste de loin le facteur le plus important pour le marché des actions.
Plus important même que la guerre commerciale de qui vous savez. À ce sujet les nouvelles sont bonnes, ce lundi matin les intervenants reviennent au bureau avec la perspective d’un accord commercial entre les États-Unis et la Chine, après que les négociateurs ont défini le cadre permettant au grand blond et Xi Jinping de finaliser un accord. Le presque Nobel de la paix déclare aux journalistes à bord d’Air Force One que les États-Unis allaient avoir une excellente discussion avec Xi. Pour sa part, Scott Bessent s’attend à ce que Pékin effectue d’importants achats de soja et reporte ses restrictions sur les terres rares. Un accord avec la Corée du Sud est «très proche». Tout cela sent le TACO à plein nez. Rappelez-vous le vendredi 10 octobre et les mots très agressifs du président des Etats-Unis à l’encontre de son alter ego chinois. Que reste-t-il de cette rhétorique ce matin?
Résumons: les firmes américaines se portent bien, l’inflation vient de faire un pas en arrière et le commerce entre les deux principales puissances économiques de la planète devrait reprendre dans de meilleures conditions.
C’est dans ce contexte et sous la protection de ses trois bonnes étoiles que Wall Street se hisse à de nouveaux records historiques vendredi soir. Tout le monde ou presque est de la fête, le SPX, le Nasdaq100 (NDX), le vénérable Dow Jones (qui en profite pour passer au-dessus des 47'000 points pour la première fois de son histoire), tandis que le Russell2000 (RTY) termine sa séance tout près de son plus haut de tous les temps. Les indices ne sont pas surachetés, le S&P500 équipondéré (SPW) grappille 0,26% contre +0,79% au SPX, cela indique que les géants de la tech sont fermement à la barre en cette fin de semaine. D’ailleurs le podium du jour du SXP se compose de la tech, des services de communication et des utilities. Les volumes d’échanges sont faibles, le breadth neutre sur le SPX et positif sur le NDX dans une proportion de 3 contre 2, la volatilité recule de 5,4%, le VIX revient à 16,37 et casse ses moyennes mobiles à 100 et 50 jours au passage. Son alter ego obligataire, le MOVE, recule aussi, de 7% à 68,94, tout un chacun se détend considérablement sur les parquets de trading. Au chapitre des monnaies, la paire EUR/USD traite ce matin à 1,1622, elle voit sa prochaine résistance à 1,1661 et son principal support à 1,1600, puis 1,1542 (bas en séance du 9 octobre). Enfin côté marché obligataire, le rendement du 10 ans US repasse au-dessus du niveau de 4%, il traite ce matin à 4,03%.
On notera le rebond du pétrole la semaine passée, le baril de WTI gagne près de 8%, les sanctions de l’administration américaine contre Rosneft et Lukoil sont passées par là. Le baril de WTI à 61,58 dollars ce matin.
L’or semble marquer le pas. L’once perd 6% la semaine passée, elle traite ce matin à 4066 dollars. Les adeptes d’indicateurs internes de marché soulignent qu’à son top de 4381 dollars le 20 octobre, le métal jaune était tellement suracheté que son RSI avait dépassé les 80. En clair, il était tendu comme une corde violon. En parallèle, le 20 octobre il s’est aussi hissé 33% au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours, un phénomène plus observé depuis 2006, historiquement cela implique une correction à venir. Historiquement donc, ceci ne constitue en aucun cas une prévision.
Cette semaine qui débute va être bien chargée pour le marché avec notamment un tsunami de résultats de sociétés à digérer, la décision de la Fed mercredi, la rencontre XI-qui vous savez jeudi (il y aura beaucoup à discuter, notamment droits de douane, terres rares, semi-conducteurs, fentanyl, soja, Tiktok) et la décision de la BCE sur les taux jeudi.
Au menu macro-économique de ce lundi, l’indice Ifo en Allemagne à 10h et les commandes de biens durables aux Etats-Unis à 13h30.
Novartis a acquis Avidity Biosciences pour 12 milliards de dollars afin de renforcer son pipeline en neurosciences. HSBC enregistrera une provision de 1,1 milliard de dollars suite à une décision de justice au Luxembourg liée à l'affaire Madoff. Amazon investira 1,6 milliard de dollars dans ses opérations néerlandaises au cours des trois prochaines années. Microsoft fait face à des actions en justice en Australie pour marketing trompeur et comportement anti-concurrentiel. Le shutdown entraîne des pénuries de contrôleurs aériens, affectant les opérations de vol à travers le pays. La Pologne collabore avec Palantir pour améliorer ses capacités en IA, IT et cybersécurité.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse. Tokyo progresse de 2,46% à la cloche, Hong Kong avance de 0,97%, Shanghai monte de 1,18%, Séoul gagne 2,57% et le Nifty50 grappille 0,5%. Le future SPX est déjà en hausse de 0,8%, l’Europe ouvre en progression de 0,4%, les étoiles sont alignées.
Amis luncheurs prêtez attention! On passe à l’heure d’hiver dans une semaine aux Etats-Unis, Wall Street ouvrira donc à 14h30 au lieu de 15h30 cette semaine.