Crédit privé: les fissures d’un marché en pleine expansion

Arthur Jurus, ODDO BHF

1 minute de lecture

Les faillites de Tricolor et First Brands soulignent la montée des vulnérabilités dans un écosystème de financement de plus en plus interconnecté entre banques et acteurs non bancaires.

Après plusieurs mois de calme relatif, les risques de crédit refont surface sur les marchés. Deux faillites américaines ont ravivé le débat: le prêteur automobile Tricolor, spécialisé dans les crédits «subprime», et le fabricant First Brands Group, lourdement endetté. Si ces cas restent isolés, ils soulignent la montée des vulnérabilités dans un écosystème de financement de plus en plus interconnecté entre banques et acteurs non bancaires.

Le segment du private credit, estimé à près de 1800 milliards de dollars selon la Banque d’Angleterre, illustre cette zone grise du système financier. Moins régulé, ce marché attire investisseurs institutionnels et particuliers en quête de rendement, mais il concentre aussi les projets les plus risqués. Or, les banques n’en sont pas absentes: elles financent ou cofinancent ces fonds, parfois via des instruments complexes comme les CLO. Le Fonds monétaire international a d’ailleurs alerté sur cette interdépendance croissante, qui pourrait amplifier les chocs en cas de retournement économique.

Pour l’heure, l’impact sur les marchés reste contenu: les spreads de crédit ne se sont élargis qu’à la marge, et les tensions récentes semblent davantage liées au climat géopolitique qu’à ces défauts isolés. En revanche, les valeurs bancaires ont marqué le pas depuis fin septembre, signe d’une prudence accrue des investisseurs vis-à-vis du risque de crédit.

D’un point de vue d’investissement, ces événements n’appellent pas de réaction immédiate. Les obligations d’entreprises de qualité (Investment Grade) continuent d’offrir un rendement attractif par rapport aux dettes souveraines, soutenues par une solidité financière globale du secteur privé. Les conditions de taux restent favorables, et la courbe de rendement pourrait même se pentifier, au bénéfice des banques les plus solides.

A lire aussi...