Peut-on encore protéger un portefeuille dans un monde à taux zéro?

Nicolas Mougeot, BCGE Wealth and Asset Management

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Une première approche consiste à accepter un peu de risque de crédit en se tournant vers les obligations d’entreprise de bonne qualité.


Pendant des décennies, les obligations ont été le bouclier par excellence des investisseurs face aux crises de marché. Lorsque la croissance ralentissait, les actions chutaient mais, les obligations, soutenues par la baisse des taux directeurs, jouaient leur rôle de valeur refuge.

Mais cette mécanique bien huilée s’est grippée. En 2022, la corrélation négative entre actions et obligations s’est évaporée. Les taux, tombés en territoire négatif, ne pouvaient plus baisser davantage. Le choc n’est pas venu d’un effondrement de la croissance, mais d’un retour brutal de l’inflation – un phénomène oublié depuis les années 1980. Résultat: même les portefeuilles les plus prudents ont été sévèrement touchés. L’indice LPP 2000 25, composé à 75% d’obligations, a plongé de plus de 15% entre décembre 2021 et octobre 2022, et vient tout juste de retrouver son niveau d’avant crise.

Pour les investisseurs en francs suisses, le dilemme demeure. Avec un taux directeur de la BNS ancré à 0%, les obligations fédérales à moins de 5 ans affichent toujours un rendement négatif. Faut-il allonger la duration pour grappiller quelques points de rendement? Pas forcément: cela reviendrait à s’exposer à des pertes importantes si les taux remontaient.

Sans solution miracle, plusieurs pistes à explorer

Que faire donc pour réduire le risque d’un portefeuille tout en minimisant le coût implicite de cette protection? Une première approche consiste à accepter un peu de risque de crédit en se tournant vers les obligations d’entreprise de bonne qualité. Elles offrent des rendements légèrement positifs sans trop allonger la duration. Attention toutefois: en cas de tensions sur le marché du crédit, les spreads pourraient s’écarter et peser temporairement sur la performance. Les récentes tensions sur le marché du crédit privé et la faillite de First Brands aux Etats-Unis nous rappelle que ce marché n’est pas sans risque.

Les fonds alternatifs, ou hedge funds ont longtemps été considérés comme opaques et inaccessibles, mais ont gagné en transparence, en liquidité et en accessibilité. Avec près de 4’750 milliards de dollars d’actifs sous gestion, le secteur offre désormais une large palette de stratégies faiblement corrélées aux marchés actions. La clé du succès reste la sélection rigoureuse des gérants et des stratégies.

L’immobilier suisse, malgré une sensibilité partielle à l’inflation, conserve une dimension défensive, notamment grâce à sa forte composante résidentielle en Suisse et au soutien d’une immigration toujours positive.

Et l’or, éternelle valeur refuge? Le métal jaune a doublé de valeur en moins de deux ans, porté par les achats massifs des banques centrales et l’engouement des particuliers. Mais sa volatilité, aujourd’hui plus du double de celle des grands indices actions, invite à la prudence.

Le franc suisse, refuge paradoxal pour les investisseurs étrangers

Si l’investisseur suisse peine à dénicher un actif sans risque dans son propre marché, ses homologues en dollars ou en euros pourraient, eux, trouver dans le franc suisse une valeur refuge. Paradoxalement, même dans un environnement de taux zéro, la devise helvétique conserve son aura de stabilité. Son faible niveau d’endettement public, la solidité de son économie et la crédibilité de la Banque nationale suisse continuent d’attirer les capitaux en quête de sécurité. Pour un investisseur étranger, détenir des actifs libellés en francs suisses, c’est aussi une façon de se prémunir contre les tensions géopolitiques ou les à-coups des marchés mondiaux. Dans un contexte d’incertitude persistante, le franc suisse reste ce qu’il a toujours été: un petit îlot de confiance dans un océan d’instabilité.

L’investissement «sans risque» n’existe plus ou tout du moins ne permet pas d’obtenir un rendement positif notamment pour un investisseur en franc suisse. Pourtant, une combinaison intelligente d’obligations d’entreprise, d’actifs alternatifs, d’immobilier et d’or pourrait offrir une protection efficace – et un rendement positif à moyen terme – face au prochain choc économique.

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