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On dirait que Wall Street vient d’atteindre un carrefour au milieu de nulle part, où se rencontrent sommets boursiers et lingots d’or plus chers que jamais, avec en toile de fonds des questions croissantes autour de l’IA et un paysage géopolitique mondial aussi embrouillé que la pensée de Jean-Claude Van Damme.
Fin de série haussière pour les principaux indices d’actions US hier, cela faisait plus d’une semaine que les taureaux tenaient fermement le gouvernail, le repli observé hier s’effectue dans le calme et des volumes d’échanges en repli, la volatilité remonte un chouia, les secteurs en vogue du jour sont les biens de consommation de base, les utilities et l’énergie tandis que les intervenants prennent quelques profits dans les semi-conducteurs, Oracle notamment (ORCL -2,4%), j’y reviens. La toujours en cours fermeture du gouvernement américain semble laisser le marché indifférent, les investisseurs recherchent en parallèle les bons du Trésor des Etats-Unis, le rendement du 10 ans recule à 4,11%, il a toujours 4,00% dans son viseur. Côté monnaies, la paire EUR/USD recule à 1,1624. Ce mouvement constitue bien plus un affaiblissement de l’euro qu’un renforcement du dollar, le monde de la finance observe, consterné, le vaudeville politique en cours en France, qui devrait aboutir a minima à une nouvelle dissolution de l’Assemblée Nationale, voire à une auto-dissolution d’Emmanuel Macron, plus de nouvelles à ce sujet probablement ce soir ou demain. La paire EUR/USD a désormais cassé sa moyenne mobile à 50 jours (@1,1687), ce matin elle est en train de tester sa 100 jours (@1,1629), si elle y parvient elle regardera ensuite 1,1573 (top en séance du 21 avril).
Les actions liées à l'IA ont connu une forte hausse ces dernières semaines, dans un contexte marqué par une avalanche d'annonces concernant des investissements et des partenariats entre des fabricants de puces et des géants de l'IA générative. Tout récemment, OpenAI a annoncé un partenariat avec AMD qui a fait bondir le cours de l'action du fabricant de puces. Dans les salles de marchés on se gratte de plus en plus la tête à ce sujet. Les jeunes depuis plus longtemps que d’autres se souviennent de l’éclatement de la bulle spéculative dot.com en mars 2000, qui avait mis trois ans à se dégonfler. Alan Greenspan, le patron star de la Fed d’alors, avait dénoncé «une exubérance irrationnelle» en 1996 déjà, mais une différence majeure existe entre 2000 et 2025, à l’époque la plupart des firmes portées au firmament par le marché ne gagnaient pas un kopeck, aujourd’hui c’est un scénario tout autre qui se présente à nous, mais cela ne nous exempte pas de rester vigilants et attentifs aux signaux que le marché envoie toujours avant de s’énerver, mais que le plus grand nombre a tendance à ne pas voir en période haussière.
Or hier The Information, sorte de Wall Street Journal ou Financial Times de la Silicon Valley et reconnu pour la qualité de ses enquêtes, publie un article sur Oracle. Selon le journal, des documents internes chez Oracle révèleraient que la location de serveurs GPU Nvidia génère des marges très faibles, autour de 16% en moyenne sur l’année écoulée, bien en dessous des estimations des analystes. Au dernier trimestre clos en août, Oracle a engrangé 900 millions de dollars de revenus pour seulement 125 mios USD de bénéfice brut (14% de marge), contre 70% pour le reste de ses activités. Cette faible rentabilité s’explique par le coût élevé des puces Nvidia, la dépréciation du matériel, et les rabais importants accordés à des clients majeurs comme OpenAI, qui représente à lui seul la quasi-totalité des 317 milliards de dollars de contrats signés sur le trimestre. Oracle loue la plupart de ses data centers, ce qui alourdit encore ses coûts, contrairement à AWS (Amazon Web Services) ou Google Cloud qui les possèdent. Le groupe pourrait tenter de relever ses prix à terme pour restaurer ses marges mais risque de perdre en compétitivité face à d’autres acteurs. L’article de The Information a le mérite d’attirer notre attention sur les investissements colossaux des géants de la tech, qui veulent continuer à dominer le monde à l’avenir, reste à savoir combien de temps il leur faudra pour augmenter leurs marges en la matière, la question subsidiaire étant de déterminer le potentiel de patience du marché, qui a manifestement beaucoup misé sur eux depuis plusieurs années déjà.
Place maintenant à la star du moment, le Michael Jordan moderne du marché, le Lamine Yamal des parquets de trading que pas grand-monde n’attendait à ce niveau. L’or a atteint un nouveau sommet historique ce matin en franchissant les 4000 dollars l’once. Ce record s’explique par un climat mondial particulièrement tendu, entre la guerre en Ukraine, les conflits au Proche-Orient et surtout le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Le métal traite à 4039 dollars ce matin. Mais que se passe-t-il donc avec cette classe d’actif qui, rappelons-le, n’offre aucun rendement?
Traditionnellement considéré comme une valeur refuge, l’or attire les investisseurs en période d’incertitude car il conserve sa valeur même sans rendement. Depuis la pandémie de 2020, son cours suit une ascension constante: 2000 dollars en 2020, 2500 en août 2024, 3000 en mars 2025, puis 3500 en septembre avant le nouveau cap des 4000 dollars. En 2025 seulement, la relique barbare s’est déjà apprécié de plus de 50%, c’est nettement mieux que le bitcoin, qui ne gagne que 30% ce loser. Cette flambée s’explique en grande partie par les politiques de Donald Trump. Son approche protectionniste et ses menaces de nouveaux droits de douane contre la Chine et l’Europe ont accru l’instabilité économique mondiale. Par ailleurs, ses pressions sur la Réserve fédérale pour qu’elle abaisse les taux d’intérêt ont affaibli le dollar et ravivé les craintes d’inflation, des conditions favorables à l’or. Le blocage budgétaire aux États-Unis et les tensions politiques en France sont en train de reprendre le flambeau, en bref la planète a la tête à l’envers à tous les étages, l’or fait office de Xanax pour quasiment tous le maux du moment. La demande dans le métal jaune s’est aussi renforcée du côté des banques centrales, qui accumulent le métal pour protéger leurs devises et garantir leurs réserves, surtout depuis le gel des avoirs russes après l’invasion de l’Ukraine. Paradoxalement, cette montée de l’or intervient alors que les marchés boursiers et les cryptomonnaies se portent bien, le bitcoin vient d’atteindre un record. Les analystes estiment qu’il existe une abondance de liquidités et que les investisseurs cherchent à diversifier leurs placements, préférant l’or à la dette publique jugée plus risquée. La hausse entrainant la hausse, on peut aussi penser que, depuis quelques temps, le FOMO (Fear Of Missing Out) s’est emparé de l’or.
La dernière enquête de la Réserve fédérale de New York montre une légère hausse des anticipations d’inflation à un an, mais un regain d’optimisme à court terme et quelques signes d’amélioration sur le marché du travail. Plusieurs responsables de la Fed s’expriment hier, sans annonces majeures. Miran (le sbire de qui vous savez) rappelle l’importance de l’indépendance de la politique monétaire et espère que la Fed disposera de suffisamment de données pour sa réunion d’octobre. Neel Kashkari (Minneapolis) évoque des signes de stagflation et met en garde contre des baisses de taux trop rapides, susceptibles de relancer l’inflation. Mary Daly (San Francisco) parle d’intelligence artificielle avec Axios, enfin Raphael Bostic (Atlanta) avertit qu’une Fed trop réactive serait risquée. Par ailleurs, l’émission du Trésor américain de 58 milliards de dollars en obligations à trois ans rencontre une forte demande étrangère et se conclut avec un rendement légèrement inférieur aux attentes.
Au menu macro-économique de ce mercredi, la production industrielle allemande (sortie en forte baisse et nettement en-dessous des attentes) et les stocks de bruts US (sur un malentendu) sont programmés aujourd'hui.
Un fonds UBS est exposé à 30% à la faillite de l'équipementier automobile First Brands. BMW abaisse légèrement ses prévisions à cause de ventes décevantes en Chine. Leonardo obtient une facilité de crédit renouvelable de 1,8 milliard d'euros liée à l'ESG. Tesla lance des versions meilleur marché des Model 3 et Model Y. JPMorgan consacre 2 milliards de dollars par an au développement de technologies d'intelligence artificielle, selon son CEO. Google lance Google AI Plus dans 36 pays. Le CEO de Nvidia annonce que la société continuera à sponsoriser les visas H-1B, indique Business Insider. Toyota explore le développement d'un petit système de drones civils pour assister les véhicules sur les routes non pavées et les sentiers.
En Suisse, ABB va céder sa division robotique au groupe SoftBank pour une valeur de 5,4 milliards de dollars, abandonnant ainsi son projet initial de scission. Les analystes semblent apprécier la nouvelle, Vontobel par exemple indique dans une note que «la valeur de la transaction est bien supérieure aux attentes et valorise l’unité à un multiple bien supérieur à celui de ses pairs en robotique». L’analyste Marc Diethelm ajoute s’attendre à ce que la majorité des recettes soit utilisée pour les rachats d’actions, le titre progresse de 0,9% dans les premiers échanges ce matin.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse. Shanghai et Séoul sont fermées, Tokyo rend 0,45% à la cloche, Hong Kong perd 0,79% et le Nifty50 égare 0,17%. Le future SPX traite autour de l’équilibre, tout comme l’Europe dans les premiers échanges. Le pétrole remonte légèrement, faisant fi de l’appréciation du billet vert, le baril de WTI Light Crude à 62,38 dollars.