Valorisations record, fondamentaux solides: le paradoxe des marchés

Arthur Jurus & Luca Bonecke, ODDO BHF

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En 2000, au plus fort de la bulle Internet, les valorisations étaient également à des sommets, mais les fondamentaux des entreprises étaient bien plus fragiles.

Depuis l’été, plusieurs gérants ont choisi de réduire légèrement le risque dans leurs portefeuilles, face à des valorisations jugées tendues. En Europe, le STOXX 600 se traite autour de 15 fois les bénéfices attendus sur un an, un niveau supérieur aux trois quarts des observations des 20 dernières années. Aux États-Unis, la situation est encore plus extrême: les actions se négocient à des multiples proches de leurs plus hauts historiques, un seuil rarement atteint depuis deux décennies. Dans le même temps, la rentabilité bénéficiaire des actions américaines avoisine désormais le rendement des obligations souveraines de long terme, réduisant l’avantage relatif des marchés actions.

Les comparaisons avec le passé s’imposent: en 2000, au plus fort de la bulle Internet, les valorisations étaient également à des sommets, mais les fondamentaux des entreprises étaient bien plus fragiles. Les sociétés technologiques perdaient de l’argent et vivaient d’hypothèses de croissance souvent irréalistes. Aujourd’hui, les huit plus grands groupes du S&P 500 – tous issus du secteur technologique – affichent une capitalisation cumulée de plus de 22'000 milliards de dollars et dégagent des marges bénéficiaires nettes supérieures à 20 %. L’essor de l’intelligence artificielle, qui fait croître la demande en capacités de calcul de plus de 50% par an, confère un socle plus solide aux niveaux actuels de valorisation.

Cette configuration place les investisseurs dans un dilemme classique: investir à des niveaux record revient à acheter «cher», mais rester en dehors du marché expose au risque de manquer plusieurs années de hausse. Entre 1996 et 1999, malgré des signaux d’excès dès le départ, le Nasdaq avait bondi de plus de 200% avant l’éclatement de la bulle. Aujourd’hui, la différence majeure réside dans la solidité financière des leaders du marché et dans le soutien de la politique monétaire américaine, marquée par des baisses de taux récentes qui renforcent la liquidité. Pour les portefeuilles, l’enjeu n’est pas de sortir des actions, mais de rester sélectif, en équilibrant l’exposition aux valeurs de croissance avec des prises de bénéfices opportunes pour éviter une dépendance excessive aux seules mégacapitalisations technologiques.

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