La politique des visas de Trump: un «droit de douane» sur les compétences

Arthur Jurus & Luca Bonecke, ODDO BHF

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Si cette stratégie accroît temporairement les recettes fiscales, elle pourrait à terme affaiblir la dynamique d’investissement et réduire l’attractivité des Etats-Unis.

Le gouvernement américain a relevé les frais pour les visas H-1B à 100'000 dollars. Ces derniers représentaient 141'000 travailleurs en 2024. Les frais appliqués à un tel volume représentent donc un coût supplémentaire de 14 milliards de dollars par an pour les employeurs. La mesure reste toutefois fiscalement et administrativement opaque car les modalités techniques ne sont pas définies. Cette situation augmente donc l’incertitude à court terme pour les entreprises. L’administration a par ailleurs annoncé la «Gold Card» pour accéder à la résidence américaine contre 1 million de dollars, ou 2 millions de dollars dans le cas d’un employé pour une entreprise. Une «Platinum Card» est également disponible pour 5 millions de dollars et permet une exonération d’impôt sur les revenus réalisés hors des États-Unis, sur une période limitée. Ces nouveautés signalent un mix politique à la fois destiné à générer des recettes et à dissuader.

La nouvelle politique américaine en matière de visas fonctionne comme un «droit de douane» sur les compétences. Il faut éviter les entreprises incapables de délocaliser leur activité ou dont les marges se réduiront trop significativement en raison de la hausse des coûts de main-d’œuvre et d’une dépendance aux compétences des travailleurs étrangers. L’attention sera notamment portée sur le secteur technologique américain: sur 36,8 millions d’emplois, près de 19% des titulaires sont nés à l’étranger. Un remplacement rapide de ces effectifs par des diplômés locaux n’est pas réaliste. Par conséquent, une inflation salariale dans ce secteur est une première conséquence des mesures politiques annoncées.

Sur les marchés financiers, l’impact est surtout observable… en Inde. Le modèle économique de nombreux prestataires indiens repose sur des détachements temporaires aux États-Unis afin de renforcer leur connaissance du marché et développer leur réputation. Ainsi, la semaine dernière, des groupes informatiques indiens, dont les collaborateurs constituent environ 70% des effectifs H-1B, ont perdu la semaine dernière près de 10 milliards de dollars de capitalisation.

À plus long terme, ces évolutions traduisent une transformation profonde du modèle américain. Historiquement, la capacité de l’économie américain à attirer les talents pour nourrir sa capacité à innover. En renchérissant le coût d’accès au marché du travail et en introduisant une logique de «compétence taxée», l’administration prend le risque d’éroder cet avantage comparatif. Si cette stratégie accroît temporairement les recettes fiscales, elle pourrait à terme affaiblir la dynamique d’investissement et réduire l’attractivité des États-Unis pour les entrepreneurs et chercheurs internationaux. La compétition mondiale pour les talents, déjà intense, s’en trouverait renforcée. Le véritable enjeu pour les marchés n’est donc pas seulement conjoncturel : il réside dans la question de savoir si l’Amérique peut continuer à rester l’aimant mondial de l’innovation dans un monde où la mobilité des capitaux et des compétences est devenue aussi déterminante que celle des marchandises.

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