La Fed réduit ses taux alors que son indépendance est mise en discussion

Arthur Jurus & Giacomo Bozzola, ODDO BHF

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L’évolution d’ici la fin de l’année, avec deux nouvelles baisses de taux attendues, sera déterminante pour comprendre la trajectoire que le FOMC adoptera en 2026.

Le 17 septembre, la Fed a abaissé son taux directeur de 25 points de base, le situant désormais entre 4,00% et 4,25%. Cette décision, motivée par la montée des risques pour l’emploi, intervient dans un contexte de tension sans précédent autour de l’indépendance de la banque central américaine.

Depuis le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump, le president de la Fed Jerome Powell (qui va terminer son mandat début 2026), a vu les attaques se multiplier contre son institution, exigeant des baisses de taux beaucoup plus importantes – jusqu’à moins de 100 points – pour stimuler la croissance et réduire le coût de la dette publique. Trump a même tenté de révoquer Lisa Cook, membre du conseil des gouverneurs, sur la base d’accusations contestées de fraude hypothécaire. Cette tentative, actuellement bloquée par la justice, a choqué la communauté financière et politique, car elle remet en cause l’autonomie de la banque centrale.

Malgré ces tensions croissantes, le comité a réussi à prendre une decision (presque unanime) sur les taux. Le seul membre qui a voté pour une baisse plus marquee était Stephen Miran, nouvellement nommé au conseil par Trump, qui a plaidé pour une baisse de 50 points de base. Les deux autres membres pro-Trump, Michelle Bowman et Christopher Waller, ont finalement rejoint la majorité, évitant une division ouverte au sein du comité.

Sur le plan économique, les derniers chiffres du Bureau of Labor Statistics révèlent que le marché du travail américain est plus fragile qu’il n’y paraissait. Les révisions récentes montrent que 911’000 emplois de moins ont été créés sur l’année écoulée que ce qui avait été initialement annoncé. Malgré cette correction à la baisse, les marchés actions se trouvent toujours à leurs records et restent relativement calmes. Cela illustre la complexité de la situation actuelle: la Fed doit naviguer entre des signaux économiques contradictoires, une croissance de l’emploi incertaine et des pressions politiques croissantes.

Au-delà des débats institutionnels, certains économistes remettent en question l’importance réelle de l’indépendance de la banque centrale pour les marchés. Selon Tyler Cowen, la notion d’une Fed totalement indépendante serait en partie un mythe: lors des grandes crises, comme en 2008 ou pendant la pandémie, la frontière entre la Fed et le Trésor s’estompe, les décisions étant prises collectivement pour stabiliser l’économie. Hors période de crise, l’indépendance de la Fed serait moins cruciale, tant que la gouvernance reste solide et que les responsables agissent avec discernement. Cette vision, bien que controversée, explique en partie pourquoi les marchés n’ont pas réagi de façon excessive aux récentes attaques contre Lisa Cook ou aux pressions politiques sur la Fed.

L’évolution d’ici la fin de l’année, avec deux nouvelles baisses de taux attendues, sera déterminante pour comprendre la trajectoire que le FOMC adoptera en 2026. Plus encore, elle préparera le terrain pour la nomination du prochain président de la Fed, qui devra succéder à Jerome Powell en février.

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