La Fed et un nouveau cycle d’assouplissement monétaire

James Mazeau, UBS Global Wealth Management

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La Fed a finalement entamé la deuxième phase de son cycle d’assouplissement, après une longue pause depuis fin 2024. Point de situation.

© Keystone

 

Il y a dix jours, la Réserve fédérale américaine (Fed) a procédé à sa première baisse des taux en 2025, confirmant ainsi le début d’un nouveau cycle d’assouplissement monétaire. Le vote et le graphique des projections de taux des responsables de la Fed («dot plot») ont révélé que la majorité des membres soutenaient un assouplissement de 25 points de base (pb), un seul membre s’étant prononcé en faveur d’une baisse plus importante de 50 pb.

Le «dot plot» actualisé prévoit désormais deux réductions supplémentaires cette année et une autre en 2026, traduisant une orientation plus accommodante face au recul de l’emploi et validant le scénario de baisses de taux rapprochées dans les prochains mois de la Recherche d’UBS. Lors de la conférence de presse tenue après la décision, le président Jerome Powell a souligné le risque baissier «significatif» pesant sur l’emploi, mettant en avant la priorité donnée par la Fed à ce volet de son mandat.

Privilégier les obligations de qualité

Le nouveau cycle d’assouplissement de la Fed devrait inciter davantage d’investisseurs à investir leurs excédents de trésorerie. Avec la baisse des taux d’intérêt et l’érosion des rendements réels par l’inflation, les obligations Investment Grade se démarquent par leurs revenus attrayants. Elles peuvent également permettre d’atténuer la volatilité des portefeuilles et offrir un potentiel de plus-values si la croissance continue de ralentir.

Bien que les rendements se soient éloignés de leurs pics de cycle, ils restent dans la partie supérieure de leur fourchette post-2008. Les données historiques montrent que les obligations surperforment les liquidités pour la plupart des durées de conservation. On peut recommander aux investisseurs de transférer leurs liquidités excédentaires vers des obligations de qualité, en privilégiant les échéances à moyen terme.

Après une telle performance, une période de consolidation ne serait pas surprenante.

Le marché haussier américain peut-il poursuivre son ascension record?

La baisse tant attendue des taux de la Fed étant enfin devenue réalité, les investisseurs veulent maintenant savoir si le marché américain pourra maintenir sa dynamique haussière. Historiquement, les cycles d’assouplissement monétaire de la Fed, en particulier lorsqu’ils ne coïncident pas avec une récession, ont créé un contexte favorable aux actions. Malgré certains signes de ralentissement du marché du travail, la conjoncture globale reste positive. L’indicateur GDPNow de la Fed d’Atlanta prévoit une croissance de 3,3% au troisième trimestre, avec une augmentation de 5% des ventes au détail en août en glissement annuel.

La croissance des bénéfices des entreprises a été vigoureuse, les bénéfices du S&P 500 ayant progressé de 8% au deuxième trimestre, bien au-delà des prévisions initiales, et la grande majorité des entreprises ayant dépassé leurs estimations de ventes. La Recherche d’UBS table sur une croissance du BPA (bénéfice par action) du S&P 500 de 8% en 2025 et de 7,5% en 2026, soutenue par des bilans solides et par de nouveaux investissements dans l’intelligence artificielle (IA). Le scénario de base prévoit un S&P 500 à 6800 points d’ici juin 2026, tout en sachant que l’environnement actuel semble davantage refléter le scénario haussier qui, s’il se maintient, pourrait voir le S&P atteindre 7500 points d’ici mi-2026.

Certaines raisons incitent à la prudence à court terme. Les valorisations sont désormais élevées, avec un ratio cours/bénéfice prévisionnel du S&P 500 à 22,6, un niveau proche du sommet de sa fourchette sur vingt ans, et la concentration du marché reste forte : à eux seuls, les «7 Magnifiques» (Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla) devraient générer plus des deux tiers de la croissance du BPA du S&P 500 l’an prochain.

Après une telle performance, une période de consolidation ne serait pas surprenante. C’est pourquoi on recommandera d’investir progressivement dans les actions et de profiter d’éventuels replis du marché pour renforcer l’exposition aux secteurs privilégiés, en particulier ceux qui bénéficient d’innovations transformationnelles telles que l’IA, l’énergie et les ressources, et la longévité.

Parmi les actions américaines, on privilégiera celles de secteurs tels que les technologies, la santé, les services aux collectivités et la finance. Les taux bas, les bénéfices solides et les soutiens à l’innovation devraient continuer à favoriser la hausse des actions américaines, mais la sélectivité et la gestion des risques restent cruciales.

Les positions haussières sur l’or et baissières sur le dollar vont-elles marquer le pas?

L’or a surperformé toutes les grandes classes d’actifs cette année, avec une progression de près de 40% et plus de trente records historiques, tandis que le dollar américain s’est nettement affaibli par rapport à son pic du «Jour de la libération». Avec la décision de la Fed désormais actée, un agenda économique moins animé et une actualité géopolitique en retrait, les catalyseurs évidents susceptibles d’encourager une nouvelle hausse de l’or ou un nouveau recul du dollar se font rares.

A terme, les facteurs cycliques et structurels restent propices à un nouvel affaiblissement du dollar. La réduction de 25 pb des taux de la Fed et ses projections d’autres baisses devraient maintenir les rendements réels sous pression et peser sur le dollar, ce qui pourrait entraîner des pertes de l’ordre de 5% sur l’année à venir. Avec un ralentissement cyclique, des déséquilibres structurels qui perdurent et des valorisations toujours élevées, le profil risque/rendement du dollar n’est pas très favorable. La Recherche d’UBS maintient son avis positif à l’égard de l’euro, du dollar australien, de la couronne norvégienne et de certaines monnaies des marchés émergents, grâce à un portage positif et aux divergences de politique monétaire.

L’or est déjà la classe d’actifs la plus performante depuis le début de l’année, mais il pourrait encore progresser. Il se peut que la Fed assouplisse davantage sa politique monétaire que ne le prévoient les marchés, ce qui, en plus de la baisse des rendements réels et de la forte demande des investisseurs et des banques centrales, devrait favoriser une hausse des cours.

On table désormais sur un cours de l’or à 3900 dollars l’once d’ici juin 2026, avec une demande sous-jacente à son plus haut niveau depuis 2011. La corrélation négative entre l’or et le dollar, ainsi que son rôle de couverture contre les incertitudes économiques et géopolitiques, restent des arguments en faveur de son intégration dans les portefeuilles diversifiés.

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