L’économie française en équilibre instable

Arthur Jurus, ODDO BHF

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Pour les investisseurs, le problème n’est pas seulement le niveau du déficit mais l’instabilité institutionnelle qui entoure sa trajectoire.

©Keystone

 

La France traverse une nouvelle phase d’instabilité politique avec la décision de François Bayrou de soumettre son gouvernement à un vote de confiance le 8 septembre, alors que le pays aura connu quatre premiers ministres en moins de deux ans. Sur le plan budgétaire, les derniers chiffres montrent un déficit de 5,4% du PIB au deuxième trimestre 2025, contre 5,8% en 2024. Sur les sept premiers mois de l’année, le repli atteint environ un demi-point de PIB par rapport à 2024, signe d’une certaine maîtrise, malgré des recettes fiscales moins dynamiques qu’attendu, notamment sur la TVA. La croissance s’affiche à +0,3% au deuxième trimestre, mieux qu’anticipé, mais largement portée par les variations de stocks, tandis que la consommation et l’investissement stagnent. L’inflation ralentit à 0,9% en août, les marges des entreprises reculent à 30,7%, et le taux d’épargne des ménages grimpe à 18,9%, bien au-dessus de sa moyenne d’avant-crise.

Derrière ces chiffres se dessine une économie affaiblie par l’incertitude. Les ménages privilégient la prudence et thésaurisent, ce qui freine la demande intérieure et limite les effets des ajustements budgétaires. Les entreprises, confrontées à une normalisation des profits après la phase post-pandémie et à une inflation plus faible, réduisent leurs investissements. Le climat des affaires reste morose, même si le PMI manufacturier s’est légèrement redressé au-dessus de 50 en août. Cette situation alimente un cercle peu vertueux où la consolidation budgétaire reste nécessaire mais politiquement difficile, tandis que la crédibilité financière du pays se dégrade par rapport à ses voisins européens. Fitch et Standard & Poor’s maintiennent un outlook négatif sur la dette française, rappelant que le risque d’une nouvelle dégradation n’est pas écarté à l’horizon de un à deux ans.

Les implications pour les marchés sont claires. Le déficit, bien qu’en voie de stabilisation, reste élevé et rend la France dépendante de la confiance des investisseurs. Or, celle-ci pourrait être fragilisée si l’incapacité politique à voter un budget crédible persiste. L’écart de rendement entre les obligations françaises et allemandes pourrait ainsi continuer de se creuser, reflet d’une prime de risque accrue. Pour les investisseurs, le problème n’est pas seulement le niveau du déficit mais l’instabilité institutionnelle qui entoure sa trajectoire. Tant que la France ne parvient pas à sécuriser une gouvernance budgétaire lisible, elle restera exposée à une perception de fragilité accrue sur les marchés obligataires.

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