Les marchés se sont remis plus rapidement que jamais des fortes baisses et de l’extrême volatilité qui ont suivi les annonces massives de droits de douane américains le 2 avril. Ce revirement rapide du sentiment de marché a été alimenté par une série d’accords commerciaux et l’adoption de réductions d’impôts aux Etats-Unis, combinés à des nouvelles rassurantes sur les bénéfices. Cela a renforcé la confiance des investisseurs en actions. Une fois de plus, il s’est avéré que, tant que les résultats des entreprises restent stables, les baisses sur les marchés boursiers sont généralement limitées et de courte durée.
Le revers de cette tendance positive réside toutefois dans la valorisation élevée des actions mondiales, avec un ratio cours/bénéfice (PER) de 20,4. D’un point de vue historique, cela nous place dans le décile supérieur de la fourchette de valorisation des 35 dernières années. Le potentiel d’appréciation des actions est-il donc épuisé?
Les cadeaux fiscaux du One Big Beautiful Bill Act devraient probablement entraîner une augmentation des bénéfices aux Etats-Unis.
Un coup d’oeil dans le rétroviseur apporte quelques éléments rassurants. Ceux qui ont acheté des actions à ce niveau de valorisation ou plus élevé au cours des 35 dernières années ont pu réaliser des gains dans 47% des cas au cours des 12 mois qui ont suivi. Malgré des valorisations élevées, il n’est donc pas écrit que les investisseurs qui achètent aujourd’hui subiront nécessairement des pertes. En effet, des valorisations élevées peuvent être compensées, par exemple, par une forte croissance des bénéfices. A cet égard, la situation mondiale ne semble pas si mauvaise.
Ainsi, les cadeaux fiscaux du One Big Beautiful Bill Act devraient probablement entraîner une augmentation des bénéfices aux Etats-Unis. La confiance dans le secteur technologique américain dominant est revenue grâce à d’excellents rapports trimestriels, qui indiquent que le boom des investissements dans l’intelligence artificielle est toujours florissant.
En Europe, la vigueur de l’euro pèse certes sur les bénéfices, mais une politique budgétaire plus active promet de nouveaux moteurs de croissance. Le secteur financier européen conserve un potentiel de création de valeur important, car la courbe des taux plus pentue soutient les revenus d’intérêts et les bilans ont été assainis.
Au Japon, la pression politique sur la gouvernance d’entreprise s’intensifie pour que les dirigeants prennent davantage en compte les intérêts des actionnaires. Les résultats de cette politique se manifestent déjà dans la dynamique positive des rachats d’actions et des hausses de dividendes. L’année dernière, nous avons observé les premiers signes d’un comportement similaire en Chine, et la Corée est désormais le dernier marché à suivre cette tendance. Globalement, nous anticipons cette année une croissance des bénéfices de 5% dans le monde et la possibilité d’une croissance des bénéfices proche de deux chiffres en 2026. C’est un environnement favorable pour les investisseurs en actions.
A ce stade, notre plus grande préoccupation est que les marchés rencontrent des difficultés si les risques politiques reviennent au premier plan. Les véritables impacts des droits de douane sur l’économie et les bénéfices restent incertains. Seuls les marchés boursiers semblent avoir déjà jugé que les effets sont modérés et que nous sommes à l’aube d’une reprise économique. Cela se reflète dans la performance relative et la valorisation croissante des secteurs cycliques par rapport aux secteurs défensifs. Un PER supérieur à 20x pour les actions cycliques n’a toutefois été sans problème dans le passé que lorsqu’il a été suivi d’une forte augmentation des bénéfices des entreprises. A ces niveaux de valorisation, il n’y a plus beaucoup de marge pour les déceptions.
Les actions technologiques évoluent dans ce contexte de manière indépendante. Leur valorisation est élevée, mais elle n’a pas encore atteint le niveau de la bulle des années 2000, alors que les entreprises sont aujourd’hui nettement plus rentables qu’à l’époque. Néanmoins, à ce niveau, la sélectivité est de mise. Tous les géants technologiques ne tiendront pas forcément la promesse de croissance que leur valorisation élevée implique.
L’optimisme est donc revenu sur les marchés. Toutefois, il reste important, d’un point de vue du portefeuille, de peser les opportunités de croissance et les risques liés aux valorisations. Il semble encore trop tôt pour sous-pondérer les actions compte tenu des perspectives positives de croissance des bénéfices. Mais une orientation globale et une pondération plus élevée des actions défensives et moins chères peuvent aider à réduire les risques de valorisation dans le portefeuille.