ETF actifs: «La confusion la plus courante concerne les objectifs»

Levi-Sergio Mutemba

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Ivan Durdevic, responsable de la distribution des ETF pour la région DACH chez JP Morgan témoigne de la percée des ETF activement gérés.

 

Les ETF activement gérés sont de plus en plus utilisés en tant que sous-jacents pour les produits structurés. Tels que les produits de rendement conditionnel (autocall et pheonix), les produits de participation et de levier. D’après les données Morningstar, les ETF actifs ont encore battu leur record historique de collecte mensuelle en juillet. Soit 44,8 milliards de dollars. Représentant moins de 1% du marché des ETF 15 ans plus tôt, ce chiffre frôle désormais les 10% fin juillet. Les ETF actifs sont transparents, liquides et facilement négociables. Cependant, contrairement à l’utilisation d’ETF totalement passifs, les ETF actifs posent les mêmes risques que pour une gestion active: leur volatilité et la complexité de leur modélisation. Pour Ivan Durdevic, responsable de la distribution des ETF pour la région DACH chez JP Morgan Asset Management, tout repose sur une communication claire et transparente sur le fonctionnement et les objectifs réels de tous ETF complexe.

Comment caractérisez-vous l’évolution des ETF activement gérés depuis leur émergence il y a quelques années?

Ces dernières années, les lancements ont privilégié les ETF actifs. Depuis 2020, les ETF actifs ont été plus nombreux que les ETF passifs. Par ailleurs, ce segment est encore relativement nouveau, de sorte que seule une cohorte croissante dispose de résultats sur trois à cinq ans. Certaines stratégies phares dépassent désormais cinq ans dans le cadre des ETF, c’est le cas, par exemple, du REI depuis 2018.

Quels sont les principaux risques techniques que les ETF activement gérés présentent et qui pourraient être mal compris des investisseurs?

La confusion la plus courante concerne les objectifs. Les ETF REI visent un alpha proche de l’indice avec un risque similaire à celui de l’indice, tandis qu’Equity Premium Income vise un revenu régulier et une volatilité moindre, et non une surperformance par rapport à l’indice de référence dans toutes les phases du marché. Par conséquent, l’évaluation doit mettre l’accent sur la régularité des revenus, la capture des baisses et les rendements ajustés au risque, et les investisseurs doivent comprendre que des sous-performances périodiques peuvent survenir dans le cadre d’un processus actif par ailleurs solide.

«La structure des ETF apporte une transparence quotidienne, une traçabilité et un cadre solide pour les marchés de capitaux»

Comment trouver un équilibre entre le besoin d’innover, face à la pression des coûts dans un contexte hyper concurrentiel, et la réticence naturelle des investisseurs face à la nouveauté, souvent considérée comme trop complexe?

La clé consiste à proposer une gestion active dans le cadre d’un ETF, mais d’une manière claire, transparente et facile à comprendre. Les ETF Research Enhanced Index (REI) en sont un bon exemple. Ils restent en effet neutres en termes de secteur, de pays et de style, tout en visant à apporter une valeur ajoutée grâce à la sélection des titres. Les solutions axées sur le revenu, telles que Equity Premium Income, associent les dividendes et les primes d’options afin d’offrir des distributions régulières avec une volatilité inférieure à celle de l’indice.

La structure des ETF apporte une transparence quotidienne, une traçabilité et un cadre solide pour les marchés de capitaux, tandis que leurs performances sur plusieurs années démontrent leur viabilité. Au niveau opérationnel, il est essentiel de fournir quotidiennement aux teneurs de marché les positions du portefeuille, afin qu’ils puissent fixer correctement les prix.

Qu’entend-on exactement par «ETF de stratégies alternatives»? S’agit-il d’ETF répliquant des fonds alternatifs ou s’agit-il d’ETF activement gérés mettant eux-mêmes en œuvre la stratégie alternative?

Dans notre domaine, cela fait avant tout référence aux ETF actifs ayant des objectifs non traditionnels, par exemple les ETF Equity Premium Income, qui combinent des actions avec des couvertures systématiques de calls pour générer des revenus. De même pour les stratégies REI actives et indexées, qui cherchent à générer de l’alpha tout en restant proches de l’indice de référence. Il ne s’agit pas de réplications de type hedge fund au sein d’un ETF, mais de stratégies gérées activement et proposées sous la forme d’ETF pour plus de transparence et de liquidité.

«Pour les stratégies de covered call, le calibrage de la superposition est essentiel»

Quels sont les principaux types d’ETF de stratégies alternatives et quels sont ceux qui semblent les plus demandés dans le contexte macroéconomique et géopolitique actuel?

La demande est actuellement la plus forte dans trois segments de l’univers des ETF actifs. Dans le domaine des actions, les stratégies d’indices améliorés par la recherche sont utilisées comme éléments de base, car elles offrent des profils de risque similaires à ceux des indices, tout en ayant pour objectif de générer un alpha supplémentaire grâce à la sélection des titres. Par ailleurs, les stratégies axées sur le revenu, telles que l’Equity Premium Income, gagnent en popularité car elles associent des distributions régulières avec un profil de volatilité inférieur à celui du marché actions dans son ensemble. Enfin, dans le domaine des titres à revenu fixe, les stratégies actives à haut rendement et agrégées se distinguent, car elles permettent aux gestionnaires d’ajuster dynamiquement la duration et la répartition sectorielle tout en appliquant une sélection de crédits bottom-up.

Quelle est l’aspect technique le plus délicat dans la construction d’un ETF utilisant des produits dérivés (tels que des options ou des contrats à terme) pour générer des revenus ou de la performance?

Pour les stratégies de covered call, le calibrage de la superposition est essentiel, dans la mesure où les distributions proviennent des dividendes et des primes d’options. Or ces dernières fluctuent en fonction de la volatilité implicite. Cela nécessite une gestion rigoureuse du portefeuille, comme, par exemple, accepter un potentiel de hausse plafonné dans les marchés haussiers en échange d’un revenu et d’une résilience à la baisse dans les marchés baissiers ou plus faibles. Cela nécessite également une communication claire sur le fait que l’objectif est la gestion du revenu et de la volatilité, et non la surperformance par rapport à l’indice de référence en permanence. Sur le plan opérationnel, des processus cohérents de négociation, de valorisation et de présentation du portefeuille sont essentiels pour que les opérateurs de marché puissent évaluer avec précision l’exposition.

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