L’action des prix sur les marchés financiers décrit une reprise cyclique inflationniste (actions, matières premières) alors que la stagflation menace l’économie américaine. L’allègement monétaire de la Fed et la puissante thématique de l’IA semblent maintenir les cours en lévitation.
Une lecture rapide de l’évolution des marchés laisse à penser que l’économie est entrée dans un cycle de reprise inflationniste. Les actions marquent des sommets historiques, les matières premières industrielles pointent à la hausse et les taux longs sont rachetés sur fond d’allègement monétaire d’une Fed sous influence, qui ignore l’inflation (2,9% en août). Les spreads se détendent malgré un marché primaire dynamique. Le risque politique français parait même un épiphénomène sans signe de contagion.
Une économie déséquilibrée
L’économie américaine opère pourtant sous son potentiel. La politique de Donald Trump freine l’activité dans la plupart des secteurs, à l’exception de la technologie stimulée par les perspectives de développement de l’intelligence artificielle. La croissance reste ainsi très déséquilibrée. Les 911k emplois (-0,6%) effacés des statistiques pour la période avril 2024- mars 2025, le coup d’arrêt des embauches depuis le Liberation Day et l’inflexion du nombre de bénéficiaires d’allocation chômage traduisent ce malaise. La faillite de Tricolor, institution spécialisée dans le crédit autos subprime, nous rappelle que les retards de paiement s’accumulent malgré le chômage encore réduit. En zone euro, la BCE a maintenu ses taux à 2%. Une longue période de statu quo se profile malgré le ralentissement attendu de l’inflation (1,9% en 2027). Le chômage est au plus bas à 6,2% et la croissance semble conforme aux prédictions.
Sur les marchés, l’IA continue de porter les indices américains vers des sommets, grâce notamment aux perspectives d’Oracle. L’Asie n’est pas en reste avec des hausses significatives du Nikkei (4%) et du Kospi (6%). L’annonce de politiques de reflation en Chine (suppression des surcapacités, stimulation de la demande) participent sans doute à ce rebond qui profitent en parallèle aux devises océaniques (UD, NZD). La reflation de l’économie chinoise pourrait constituer une thématique porteuse même la politique économique de Pékin a rarement atteint ses objectifs depuis 2020. Sur les marchés de taux, la sensibilité du T-note aux données d’emploi tend à s’accroître étant donné le changement de discours de Jerome Powell. Le 10 ans américain a brièvement cassé le plancher des 4%. Le Bund reste davantage sous pression. Outre les plans de relance, l’amortissement du bilan de la BCE a un effet disproportionné sur l’emprunt allemand (-15 milliards d’euros en août). Le 10 ans s’échange à 2,70% en fin de semaine. Les spreads souverains se détendent, avec une légère sous-performance de l’OAT en raison de la situation politique. La nomination au poste de Premier ministre de Sébastien Lecornu éloignera un temps le risque de dissolution. Une dégradation de la note de crédit reste inéluctable en l’absence de plan crédible de consolidation des finances publiques. Le lancement d’un contrat à terme sur la dette de l’UE pourrait concurrencer l’OAT. Les points morts d’inflation remontent en fin de semaine avec le rebond du brut (67 dollars sur le Brent). Les anticipations restent conformes à l’objectif de la BCE (swap à 10 ans à 1,98%). Sur les marchés du crédit, le mouvement de resserrement a repris, les nouvelles émissions étant largement sursouscrites. Les flux vers le crédit s’accumulent. L’appétit pour le crédit est encouragé par le statu quo monétaire à 2%. Le high yield suit le mouvement. L’iTraxx Crossover proche de 250 pb témoigne de valorisations tendues.