Tous les fonds evergreen en private equity ne sont pas égaux

Jiven Gill, Schroders Capital

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Positionnés entre deux mondes, ces véhicules sont plus liquides que les fonds fermés traditionnels, tout en offrant une exposition authentique au capital-investissement.

©Keystone

 

Au dela du label: comment distinguer les fonds evergreen en private equity?

L’appétit des investisseurs pour le private equity s’est fortement accru ces dernières années, et les fonds evergreen semi-liquides se sont imposés comme le point d’entrée à la croissance la plus rapide. En Europe, les fonds evergreen en private markets dépassent désormais 80 milliards d’euros d’encours — avec une hausse de près de 60% pour les véhicules non-ELTIF et de 38% pour les ELTIF en 2024¹,². Une échelle qui devient incontournable pour les investisseurs.

Positionnés entre deux mondes, ces véhicules sont plus liquides que les fonds fermés traditionnels, tout en offrant une exposition authentique au private equity. Ils séduisent ainsi un large spectre d’investisseurs à la recherche d’accès aux marchés privés sans les contraintes de blocage rigides des fonds classiques.

Mais si le principe est attractif, la mise en œuvre l’est beaucoup moins. Derrière le label «evergreen» se cachent des différences majeures en termes de conception, de gestion et, in fine, de performance. Pour l’investisseur, l’enjeu est d’apprendre à les distinguer.

Les défis derrière le label «evergreen»

A première vue, tous les fonds evergreen pourraient sembler similaires. En réalité, trois dimensions clés conditionnent leur fonctionnement et leur profil de rendement. La première est la structure d’accès: modèle mono-gérant ou multi-gérants, selon que le flux de transactions provient d’un seul gérant (GP) ou d’un éventail plus large. La deuxième tient au type d’opérations utilisées — engagements dans des fonds, transactions secondaires, co-investissements. Enfin, la stratégie: quels segments du marché sont visés, et comment l’exposition est-elle répartie entre stratégies, zones géographiques et secteurs pour équilibrer risques et opportunités?

Idées reçues sur le contrôle et la création de valeur

Une idée répandue consiste à croire que les fonds mono-gérant exercent un « meilleur contrôle » sur les actifs. En réalité, que l’exposition provienne d’engagements de fonds, de secondaires ou de co-investissements, c’est l’équipe du GP qui crée la valeur. Les investisseurs bénéficient de cette implication active quel que soit le canal d’accès.
«La création de valeur et le contrôle dans un fonds evergreen viennent de la qualité du GP lead, pas du format.»
Au fond, ce sont l’influence au conseil d’administration, la structuration des incitations managériales et les plans opérationnels qui déterminent les résultats — non la structure d’investissement.

 

1. Mono-gérant vs multi-gérants

Les fonds evergreen «mono-gérant» investissent exclusivement via un GP. Cette concentration peut sembler séduisante, mais elle comporte des limites. Seuls les acteurs disposant des plus vastes plateformes ont un flux de transactions suffisant pour alimenter un véhicule semi-liquide. Pour déployer les souscriptions mensuelles et éviter le «cash drag», un GP doit maintenir un rythme soutenu d’au moins une ou deux nouvelles opérations chaque mois.

Un autre risque concerne la discipline d’allocation: les fonds semi-liquides doivent recevoir un accès équitable au pipeline du GP, au même titre que ses fonds institutionnels. En pratique, cet équilibre n’est pas toujours simple à garantir et peut créer des conflits d’intérêts pour les fonds mono-gérant.

Les fonds multi-gérants, à l’inverse, s’approvisionnent auprès de plusieurs GP et stratégies. Cette approche élargit la diversification et réduit la dépendance à une seule plateforme. Mais elle exige des compétences rigoureuses de sélection pour maintenir une qualité constante.

«Seuls les acteurs disposant des plateformes les plus vastes peuvent proposer un evergreen sans risque de concentration ou de cash drag.»

2. La combinaison des types d’opérations

La vitesse de déploiement et le profil de rendement varient selon l’importance accordée aux engagements dans des fonds, aux transactions secondaires ou aux co-investissements.

Les Engagements dans des fonds (fonds primaires) assurent diversification et accès, mais le capital peut être mobilisé lentement, laissant un excédent de liquidité.

Les secondaires offrent un déploiement plus rapide et une meilleure visibilité sur les actifs, mais avec souvent un potentiel de revalorisation à la hausse plus limité.

Les co-investissements permettent un déploiement rapide et réduisent les couches de frais, mais accroissent le risque lié à chaque actif individuel.

Un design convaincant combine ces leviers. Par exemple, associer co-investissements et secondaires permet de bénéficier de la maturité et de la visibilité des transaction secondaires tout en préservant le potentiel de performance des co-investissements.

3. L’importance de la stratégie d’allocation

Tous les segments du private equity n’offrent pas les mêmes perspectives. Par example, les Indices des marché privé de Preqin montrent que, depuis 2022, les small buyouts surperforment nettement les large buyouts. Indexés à 100 à fin 2021, les small buyouts ont atteint un niveau proche de 135 en mars 2025, contre seulement 116 pour les large buyouts3. Soit un écart de près de 20% de performance en trois ans.

Cette dynamique s’explique par des valorisations d’entrée plus basses, une concurrence moins intense et davantage de leviers opérationnels sur les petites sociétés. Dans un environnement de marché complexe, ces avantages deviennent décisifs.

Les fonds evergreen qui orientent leurs allocations vers les segments les plus porteurs — comme les small et mid-market buyouts — sont ainsi mieux placés pour offrir résilience et surperformance à travers les cycles.

Ce qui distingue les meilleurs fonds

Les fonds evergreen les plus convaincants partagent trois caractéristiques: Un flux de transactions élevé proviennant de plusiers-gérants, une combinaison équilibrée de secondaires et de co-investisements, et une politique d’allocation réfléchie qui se concentre sur les segments les plus attractifs du marché.

Au-delà de ces piliers visibles, d’autres critères font aussi la différence: Une allocation équitable des opportunités d’investssement, des équipes solides à la fois sur les secondaires et les co-investissements et une gestion active de la liquidité.

«Evergreen est un format — pas une garantie de diversification, d’équité ou d’efficacité.»

Au-delà de l’étiquette

Avec les fonds evergreen semi-liquides, les apparences peuvent être trompeuses. Le label «evergreen» ne garantit ni diversification, ni discipline d’allocation, ni efficacité opérationnelle. A mesure que l’offre s’élargit, les investisseurs doivent poser trois questions essentielles: comment l’accès au deal flow est-il assuré? comment le capital est-il déployé? comment l’allocation est-elle pilotée?

Dans un univers en pleine expansion, les fonds evergreen qui sauront combiner vitesse de déploiement, sélection rigoureuse et politiques d’allocation vers les segments de marché les plus attractifs seront ceux qui se démarqueront.

Pour les investisseurs, l’enjeu est de considérer ces véhicules non pas comme un raccourci vers les rendements du private equity, mais comme un outil évolutif qui, bien géré, offre un accès durable et de qualité aux marchés privés.



1 Scope Fund Analysis, ELTIF Study 2025. Données sur les encours (20,5 Mds€ fin 2024, +38 % sur un an), 55 nouveaux ELTIFs en 2024, ~150 autorisés au total, et ~131 depuis 2020.
2 Funds Europe / Citywire, citant Novantigo Research. Les encours des fonds evergreen hors-ELTIFs ont atteint ~63 Mds€ au T4 2024 (+60 % sur un an), avec une projection au-delà de 240 Mds€ d’ici 2028/29.
3 Preqin, Quarterly Buyout Index. En mars 2025, les small buyouts (indice ~135) surperforment les large buyouts (~116) depuis fin 2021.
4 The views shared are those of Schroders Capital and may be subject to changes. No strategy can guarantee future results.

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