Pour UBS, l’ordre des monnaies «refuge» vacille

Emmanuel Garessus

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La BNS ne devrait pas introduire les taux négatifs, selon Maxime Botteron, d’UBS, et les rendements obligataires devraient remonter en Suisse.

Les droits de douane et la baisse du dollar pèsent sur la croissance économique suisse mais ne devraient pas conduire à la réintroduction de taux négatifs par la Banque Nationale Suisse (BNS), indique à la presse Maxime Botteron, économiste, mardi lors d’une conférence de presse en ligne d’UBS centrée sur le statut de valeur refuge dans le contexte protectionniste actuel.

La grande banque prévoit un ralentissement international mais ne présente pas des prévisions dramatiques. Si les droits de douane restent au niveau actuel, la croissance économique suisse sur quatre trimestres pourrait être inférieure d’environ 0,4%, selon la grande banque. Pour 2025, elle s’attend comme précédemment à une hausse du PIB (hors événements sportifs) de 1,3% et pour 2026 de 0,9%. Mais la trajectoire n’est pas aussi positive. Un ralentissement marqué est attendu au deuxième semestre 2025, et peut-être même une contraction technique, avant une reprise en 2026 grâce à un rebond en Europe. L’incertitude sur la situation politique et financière française ne devrait pas avoir d’impact majeur sur la Suisse, avance Maxime Botteron.

«La valeur refuge du franc permet aux ménages et aux entreprises d’économiser 28 milliards de francs par année par son effet sur les taux.»

A moyen terme, le risque de déplacement d’une partie de la production pharma aux Etats-Unis pèserait significativement sur la croissance. Un transfert qui s’étalerait sur cinq ans diminuerait jusqu’à un quart la croissance économique suisse. Mais une récession profonde n’est pas attendue par les économistes d’UBS.

La réintroduction des taux d’intérêt négatifs, en réponse aux droits de douane américains, paraît toutefois «improbable». Un taux directeur négatif freinerait la hausse du franc suisse, mais il ne suffirait pas à compenser l’effet des droits de douane. La BNS devrait donc, pour l’heure, maintenir inchangé son taux directeur alors que la Réserve fédérale américaine devrait réduire ses taux.

L’impact de la valeur refuge du franc suisse

Dans la présentation de ses perspectives pour la Suisse, la grande banque s’est penchée sur l’ordre des monnaies «refuge». UBS quantifie les avantages et les inconvénients de ce signe de stabilité et de confiance pour la Suisse et déclare que «l’ordre des monnaies «refuge» vacille». Car si la Suisse dispose avec le franc d’une monnaie refuge, la situation est de moins en moins vraie pour les Etats-Unis.

La valeur refuge du franc réduit les taux d’intérêt en Suisse d’environ 2 points de pourcentage, selon UBS. La valeur refuge du franc permet aux ménages et aux entreprises d’économiser 28 milliards de francs par année à travers cet effet-taux. Elle réduit aussi la hausse des prix: L’économie est ici de 1,2 milliard de francs pour les consommateurs (0,2% de la consommation). Par contre, des inconvénients demeurent: le statut de valeur refuge pénalise aussi les marges des entreprises et la marge de manoeuvre de la BNS.

Dans ses prévisions de taux de change, UBS prévoit une grande stabilité du franc par rapport à l’euro à 3 et à 1 mois (0,94 franc), mais une baisse progressive du dollar face au franc, à 0,78 franc à 3 mois et 0,75 franc à 12 mois.

Remontée des rendements obligataires

Par contre, à la suite des droits de douane américains et de la baisse des rendements américains, les rendements obligataires à 10 ans sur le franc suisse devraient remonter. Les rendements à 2 et 5 ans devraient rester en territoire positif. UBS prévoit 0,5% à 3 et à 12 mois.

Des scénarios alternatifs sont également analysés par UBS. En cas de récession, liée à l’incertitude sur la politique commerciale, on pourrait assister à des baisses de taux directeurs par les banques centrales, ce qui amènerait probablement la BNS à introduire des taux négatifs. Dans ce cas, la BNS procéderait à des interventions sur le marché des changes mais uniquement de façon sporadique. L’euro baisserait face au franc (0,88-0,92 franc) ainsi que le dollar (0,68-72 franc).

Dans un scénario international plus positif, en réponse à une plus forte croissance en Europe, la BCE n’assouplirait pas davantage sa politique monétaire et la BNS pourrait être amenée à relever son taux directeur. L’euro remonterait (0,95-1,0 franc) ainsi que le dollar (0,83-0,87 franc).

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