Le premier ministre François Bayrou a convoqué une session extraordinaire de l’Assemblée nationale le 8 septembre, où il engagera la responsabilité de son gouvernement conformément à l’article 49, alinéa 1, de la Constitution. Ce choix dramatise les enjeux budgétaires, alors même que les textes financiers ne seront officiellement présentés qu’en octobre. La configuration politique rend l’issue du vote presque certaine: les partis de gauche (192 sièges) et le Rassemblement national (139 sièges) ont annoncé leur opposition, alors que la majorité présidentielle et ses alliés ne disposent que de 163 sièges, soit à peine 37% de l’assemblée. En cas de défaite, Bayrou devrait démissionner. Le président Macron aurait alors deux options: nommer un nouveau premier ministre ou dissoudre l’Assemblée et organiser de nouvelles élections. Cette dernière voie, déjà empruntée en 2024, s’était soldée par un échec, avec un Parlement fragmenté et instable.
La fragilité gouvernementale se superpose à une équation budgétaire déjà compromise. Sur les six premiers mois de 2025, la progression des recettes fiscales reste insuffisante pour respecter l’objectif de déficit public de 5,4% du PIB cette année, laissant peu de chances d’atteindre les 4,6% fixés pour 2026. Or, la Constitution encadre strictement l’adoption des lois de finances (articles 47 et 49-3): faute de majorité claire, le gouvernement devra multiplier les procédures de contrainte, au risque de renforcer la perception d’un blocage institutionnel. La répétition des crises – dissolution en juin 2024, nomination tardive de Barnier en septembre, chute de son gouvernement en décembre, puis menace actuelle sur Bayrou – illustre une instabilité chronique qui mine la crédibilité de la trajectoire budgétaire française. Les agences de notation, dont Fitch le 12 septembre, devraient en tirer les conséquences: deux des trois grandes agences affichent déjà une perspective négative.
Une chute précoce du gouvernement Bayrou en septembre, plutôt qu’en pleine session budgétaire en décembre comme en 2024, éviterait au moins un scénario de «shutdown à la française» et le recours à des budgets d’urgence. Mais elle accentuerait l’image d’un pays en crise politique permanente, incapable de stabiliser son exécutif. À court terme, la probabilité d’une dégradation de la note souveraine est élevée, ce qui pourrait élargir le spread de la dette française face au Bund allemand et peser sur les conditions de financement publiques. À moyen terme, l’échéance présidentielle de 2027, déjà marquée par l’incertitude sur la candidature de Marine Le Pen et les limites constitutionnelles de Macron, pourrait accentuer la prime de risque politique exigée par les investisseurs. Pour les marchés, la combinaison d’une discipline budgétaire affaiblie et d’un système institutionnel paralysé constitue une source de volatilité durable.