La Suisse face aux droits de douane: les options pour la suite

Romain Part, Banque Internationale à Luxembourg (Suisse) SA

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L’économie suisse a prouvé dans un passé récent sa force de résilience et les exportateurs suisses les plus touchés par ces mesures sauront probablement s’adapter avec le temps.

©Keystone

 

Les droits de douane sont au cœur de l’actualité économique mondiale depuis plusieurs mois, et la période estivale n’a pas fait exception. Initialement fixée au 9 juillet, la date butoir pour conclure les négociations commerciales entre la Suisse et les Etats-Unis avait été repoussée au 1er août par Washington. Jour de fête nationale, cette nouvelle échéance constituait une date hautement symbolique pour la Suisse. La fête ne s’est pas déroulée comme prévu avec l’annonce de surtaxes douanières de 39%, les plus élevées parmi les économies développées.

Des échanges initialement constructifs

Depuis le choc du «Liberation Day» et la menace de droits de douane de 31% sur les exportations helvétiques, le flux d’information était plutôt constructif. Dès le 3 avril, le Conseil fédéral avait annoncé prendre acte puis demandé au Département fédéral de l’économie de travailler sur des solutions potentielles. Le 9 avril 2025, les autorités Suisses ont décidé de renforcer la coordination des relations économiques et politiques avec les Etats-Unis, en créant une structure de pilotage dédiée à cette crise. Celle-ci est sous la direction du Conseiller fédéral Ignazio Cassis et de l’ambassadeur Gabriel Lüchinger, chargé d’assurer une interface directe avec les Américains. Depuis fin avril, la Suisse est identifiée par les Etats-Unis comme l’un des 15 pays prioritaires pour négocier une solution tarifaire. Le 9 mai, à Genève, des discussions constructives ont eu lieu notamment entre la présidente Karin Keller-Sutter et le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent. Les Etats-Unis avaient assuré à cette occasion qu’ils s’abstiendraient d’une nouvelle augmentation des droits de douane envers la Suisse.

Graphique 1: Répartitions sectorielle des principales importations suisses vers les Etats-Unis en 2024


Source: UN Comtrade, BIL

 


Sur le plan du secteur privé, Roche et Novartis avaient annoncé courant avril leur volonté d’augmenter massivement leur empreinte aux Etats-Unis, avec des plans d’investissement stratégiques et ambitieux pour les prochaines années. Le 10 avril, Novartis a dévoilé un plan d’investissement de 23 milliards de dollars aux Etats-Unis, destiné à étendre ses activités de fabrication et de R&D, avec notamment l’ouverture de sept nouveaux sites. Plus de 4000 emplois devraient être créés. De son coté, Roche a prévu d’investir 50 milliards de dollars sur cinq ans afin de développer des infrastructures de R&D et de production high-tech dans plusieurs Etats américains avec plus de 12’000 emplois à la clé. Des initiatives qui visent à renforcer la compétitivité, sécuriser les chaînes d’approvisionnement et consolider la position des deux géants pharmaceutiques malgré les pressions tarifaires. Elles sont également la preuve de leurs engagements accrus sur le sol américain, théoriquement en ligne avec les attentes de l’administration américaine.

Quelles options pour la suite?

Les détails de l’entretien téléphonique du 31 juillet entre la présidente de la Confédération et Donald Trump n’ont pas été rendus publics. En tout état de fait, aucun accord n’a pu être finalisé et les nouvelles surtaxes américaines, significativement supérieures aux attentes, sont entrées en vigueur le 7 août frappant environ 60% des exportations suisses vers les Etats-Unis. L’industrie horlogère, la chocolaterie et la machinerie sont les principaux secteurs concernés (voir graphique 1) avec un impact négatif potentiel sur la croissance du pays estimé entre 0,3% et 1% selon les scénarios. Malgré le choc, le Conseil Fédéral continue de favoriser une approche constructive basée sur le dialogue. Bien que certaines mesures de rétorsions aient été évoquées telle que la remise en cause du projet d’achat des avions F-35 ou une taxe sur les services numériques à l’image de ce que l’Union européenne envisageait, l’option de l’escalade n’est pas privilégiée par les autorités suisses, probablement à juste titre aux regards des forces en présence.

Graphique 2: Principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis sur bases des importations réalisées en 2025 (Bn USD)


Sources: US Census Bureau, Bloomberg, BIL. Data as of Jan-May 2025.

 


Bien que la Suisse représente la 5e source d’importations américaines (voir graphique 2), un retour en arrière paraît peu probable. L’agenda du président américain se tourne vers la Russie, réduisant ainsi la priorité accordée au dossier helvétique. Les conditions négociées par l’Union européenne, avec un taux de 15%, semblent désormais constituer un scénario optimiste pour la Suisse. Le cas du secteur pharmaceutique toujours en suspens et qui représente le premier pan d’exportations suisses vers les Etats-Unis, laisse ouverte la possibilité d’une évolution. En l’état, les PME suisses semblent les plus exposés par ces nouvelles mesures.

A court terme, trois options sont à leur disposition pour amortir le choc: réduire leurs marges pour rester compétitives, négocier avec leurs partenaires locaux afin qu’ils absorbent eux aussi une partie des surtaxes, ou augmenter leurs prix ce qui affecterait directement le consommateur américain. Une combinaison de ces trois leviers sera probablement appliquée dans la pratique. La réorientation de certaines chaines d’approvisionnement est également envisageable notamment pour les sociétés helvétiques possédant des sites de production dans l’UE ou aux Etats-Unis. A plus long terme, la question d’une diversification géographique plus importante se pose nécessairement. Si les grandes multinationales peuvent (re)déployer leurs capacités de productions dans différentes régions du monde, les plus petites entreprises ne bénéficient pas de la même latitude. L’accord de libre échanges annoncé avec l’Inde, autre force économique lourdement impactée par les droits de douane américains, peut représenter une opportunité.

L’économie suisse a prouvé dans un passé récent – abolition par la BNS du taux plancher avec l’euro, pandémie de Covid – sa force de résilience et les exportateurs suisses les plus touchés par ces mesures sauront probablement s’adapter avec le temps. Plus globalement, la question qui demeure concerne l’impact potentiel de la mise en application des droits de douane sur l’économie mondiale. Les prochaines publications économiques apporteront un début de réponse.

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