
Les investissements en infrastructures poursuivent leur progression. En Suisse, les actifs gérés par IFM Investors, ont quintuplé depuis 2018, déclare Anna Demarmels, Head of Business Development chez IFM Investors. Ce dernier est un gestionnaire d’actifs mondial spécialisé dans les investissements à long terme dans les infrastructures, avec une approche responsable et durable. Anna Demarmels répond aux questions d’Allnews:
Quel est le taux de croissance des investissements en infrastructures?
Notre enquête menée auprès de 700 des principaux investisseurs institutionnels mondiaux, le PM700, a révélé que les marchés privés sont passés d’une allocation de niche à un élément central des portefeuilles, de plus en plus considérés comme essentiels à la performance. D’ici 2029, 54% des investisseurs ont indiqué qu’ils prévoyaient d’allouer des fonds aux actions infrastructurelles – soit une hausse significative d’environ 18% par rapport aux intentions pour 2025. Nous sommes actuellement en train de mettre à jour cette étude pour cette année et nous nous attendons à ce que ce chiffre augmente encore.
En tant qu’investisseur mondial détenu collectivement par des caisses de pension, nous investissons avec patience et de manière stratégique, en mettant l’accent sur la création et le développement de valeur à long terme. Notre expérience montre que les investisseurs institutionnels à travers le monde reconnaissent de plus en plus que les placements alternatifs, comme les infrastructures, offrent des avantages tels que la diversification du portefeuille, la stabilité des revenus, la participation à la croissance économique, la protection contre l’inflation et la gestion des risques.
Quelles leçons tirez-vous du premier semestre dans votre domaine? Sont-elles liées à la relance des infrastructures en Europe et en particulier en Allemagne?
Nous sommes des investisseurs globaux à long terme. Nous continuerons d’investir de la sorte pour répondre à nos quelque 700 clients globaux. Le besoin d’infrastructures dans les différentes régions, en particulier en Europe, est bien établi et se poursuivra. En Allemagne, nous sommes attentifs aux opportunités qui se dessinent. En tant qu’entreprise, nous considérons d’abord les besoins de nos investisseurs et les opportunités de co-investissements.
«Nous avions 500 millions de dollars sous gestion en 2018 et le montant s’est accru pour s’élever à 2,5 milliards de dollars.»
Qu’en est-il en Suisse?
Nous sommes actifs en Suisse depuis 2018 mais investissons au nom de nos clients suisses déjà depuis 2013. Nous avions 500 millions de dollars sous gestion en 2018 et le montant s’est accru pour s’élever à 2,5 milliards de dollars. Ce quintuplement des actifs en infrastructures démontre l’intérêt pour cette classe d’actifs en Suisse dans leur allocation.
Il est également très enthousiasmant que notre Fonds mondial d’infrastructure acquière 100% de Green Group AG et de ses filiales, «Green», un leader sur le marché suisse en forte croissance des centres de données. L’entreprise bénéficie de contrats à long terme avec les principaux fournisseurs de services cloud ainsi qu’avec des clients suisses de premier plan. La transaction est soumise aux conditions de clôture habituelles et devrait être finalisée plus tard cette année.
Quelle est la répartition entre produits de dettes et d’actions en infrastructures?
L’intérêt porte sur les deux. Au total, nous gérons plus de 85 milliards de dollars en infrastructures au plan global. La répartition dépend de la demande même si les actions d’infrastructures sont majoritaires dans notre portefeuille.
Cette classe d’actifs profite de l’avantage de sa stabilité des rendements. Est-ce que sa performance a répondu aux attentes?
Notre baromètre Private Markets 700 a révélé que l’un des principaux motifs d’investissement des détenteurs d’actifs dans les actions et la dette infrastructurelles est la recherche de rendement, avec des attentes de rendements nets solides. Le rendement net moyen attendu pour les actions s’élevait à un peu plus de 11%, tandis que celui de la dette infrastructurelle se situait autour de 8%.
Cette classe d’actifs per se distingue des actions et des obligations dans le sens où elle est fortement réglementée et répond à fournir des services pour la collectivité. Elle est aussi une bonne protection contre l’inflation et démontre ses vertus de résilience et de rendement.
Est-ce que les incertitudes sur les droits de douane pénalisent les infrastructures?
En tant qu’investisseurs à long terme, nous devons évaluer les perspectives macroéconomiques. Nous surveillons les risques et cherchons à saisir les opportunités. Par nature, les infrastructures exigent un financement à la fois privé et public.
Quels sont les secteurs privilégiés en 2025 dans votre classe d’actifs, entre le transport, les télécoms et les autres?
Les infrastructures profitent de différents trends à long terme. Ils comprennent la déglobalisation, la décarbonation et la digitalisation. Pour y répondre, des capitaux privés et publics sont nécessaires à leur financement.
Tous les secteurs nous intéressent en permanence, mais nos recherches montrent que les infrastructures sociales, environnementales et énergétiques sont actuellement prioritaires pour les investisseurs. Nous nous attendons également à un intérêt croissant pour les centres de données et l’intelligence artificielle.
«La proportion d’institutionnels qui entendent augmenter leur exposition aux infrastructures à moyen terme est passée de 46% ces 12 prochains mois à 54% en 2029.»
Par rapport à l’année dernière, n’y a-t-il pas de comparaisons possibles dans ces sous-secteurs?
Nous sommes attentifs aux développements de l’ensemble des sous-secteurs et des pays. En tant qu’actionnaires actifs, nous essayons aussi de tirer profit de notre savoir pour accroître la valeur ajoutée. C’est par exemple le cas de nos participations dans les aéroports que nous avons en portefeuille.
Quel est l’intérêt, en Suisse, des investisseurs autres que les caisses de pension?
A nos débuts, nous nous sommes concentrés sur les besoins des caisses de pension. Notre clientèle mondiale s’est ensuite étendue aux assureurs, aux gérants d’actifs, aux family offices et à l’ensemble des investisseurs professionnels.
Notre sondage au plan global a montré que l’intérêt institutionnel augmente pour cette classe d’actifs. La proportion d’institutionnels qui entendent augmenter leur exposition aux infrastructures à moyen terme est passée de 46% ces 12 prochains mois à 54% en 2029.