Repenser les obligations des marchés émergents

Katherine Renfrew, Nuveen

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Cent vingt-quatre points de pourcentage de différence de rendement pour les obligations des marchés émergents.

©Keystone

 

Les investisseurs en obligations en devises fortes des marchés émergents détiennent généralement deux portefeuilles distincts: l'un pour les obligations d'Etat, l'autre pour les titres d'entreprises. Mais cette répartition ne correspond plus à la réalité. Dans les deux segments, le risque central est identique: le risque pays. L'instabilité politique, la faiblesse des institutions ou les contrôles des capitaux ont des répercussions sur les obligations d'Etat comme sur les obligations d'entreprises. Pour vraiment maîtriser le risque, il faut l'appréhender dans sa globalité.

Les marchés émergents constituent un ensemble hétérogène, qui va du géant des matières premières qu'est le Brésil à des pays en pleine réforme comme l'Inde, en passant par des marchés fragiles comme l'Ukraine. En 2024, l'écart de rendement entre le meilleur et le pire marché était d'environ 124 points de base. De telles fluctuations montrent que le choix du pays est déterminant, et non la catégorie d'émetteurs. Et ce choix doit pouvoir être flexible, indépendamment des limites rigides imposées par les indices.


Les rendements annuels des obligations en devises fortes des pays émergents entre 2015 et 2024 affichent une dispersion extrême : en 2024, l'écart entre le marché le plus performant et le moins performant était de 124 points de pourcentage. Source: JPMorgan, au 31 octobre 2024.

 

Diversification croissante des obligations émergentes en devises fortes

En 2024, le volume des obligations d'entreprises des marchés émergents libellées en devises fortes a dépassé celui du marché des obligations d'État des marchés émergents, atteignant 2500 milliards de dollars américains. Le nombre d'émetteurs est en constante augmentation, en particulier dans le secteur des entreprises. En excluant cette partie de l'univers, on renonce non seulement à la diversification, mais aussi à un potentiel de rendement. De plus, de nombreux investisseurs sont déjà exposés aux obligations d'entreprises, parfois sans le savoir, via des émetteurs quasi souverains inclus dans l'indice JPMorgan Emerging Market Bond Index (EMBI).

Plus de rendement et moins de concentration des risques: l'exemple du Chili et de la Turquie

Un portefeuille combinant des obligations d'Etat et d'entreprises permet de mieux doser le risque actif. Au lieu de surpondérer les pays aux fondamentaux fragiles, les engagements peuvent être complétés par des obligations d'entreprises solides.

Exemple du Chili: grâce à des données macroéconomiques stables et à des réformes institutionnelles, un marché obligataire diversifié s'est établi dans ce pays, avec des spreads attractifs et une solvabilité élevée.

Exemple de la Turquie: la Turquie est synonyme de volatilité macroéconomique, mais elle offre néanmoins des opportunités d'investissement intéressantes. De nombreuses entreprises turques profitent de l'évolution des taux de change ou ont déjà surmonté des crises par le passé. En investissant de manière ciblée dans des obligations d'entreprises, les investisseurs peuvent différencier leur risque pays tout en profitant d'opportunités de rendement qui resteraient inaccessibles dans un portefeuille composé uniquement d'obligations d'Etat.

Faible corrélation entre les obligations d'entreprises et les obligations d'état

Les craintes d'un risque supplémentaire sont infondées. La corrélation historique entre les obligations d'entreprises et les obligations d'Etat est de 0,93. Même un portefeuille composé à 60% d'obligations d'Etat et à 40% d'obligations d'entreprises présente un faible tracking error, tout en offrant un ratio de Sharpe plus élevé.

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