Epargner aujourd'hui pour demain

Edric Speckert, PensExpert SA

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La population est en avance sur les décideurs politiques. Pour elle, la prévoyance ne se limite pas seulement à la retraite, mais renvoie aussi à une sécurité financière pour toutes les phases de la vie.

Une étude récente de l’institut de recherche Sotomo menée pour le compte de PensExpert, révèle un besoin croissant de flexibilité dans le domaine de la prévoyance. Une solution prometteuse ? Le compte épargne-temps (CET), bien implanté en Allemagne, pourrait insuffler un nouvel élan au système de prévoyance suisse.

Aujourd’hui, pour beaucoup, la prévoyance dépasse la simple épargne en vue de la retraite. L’autonomie, la flexibilité et la liberté d’organiser sa vie de manière individuelle sont des aspirations fortes. Or, le système de prévoyance suisse reste encore largement ancré dans un modèle traditionnel axé sur la retraite. L’étude exclusive de Sotomo met en lumière un écart de plus en plus marqué entre ce cadre institutionnel et les attentes réelles de la population.

Cette enquête représentative dresse un tableau nuancé de la perception de la prévoyance. Plus de 70 % des personnes interrogées associent celle-ci non seulement à la sécurité financière à la retraite, mais aussi à la possibilité de sécuriser d’autres étapes de leur vie : formation continue, congé parental, aide à des proches, départ anticipé à la retraite ou année sabbatique. Cette vision élargie se retrouve auprès de toutes les tranches d’âge, les jeunes se montrant particulièrement intéressés par des solutions plus souples.

Déjà aujourd’hui, une personne active sur deux se verrait bien cumuler emploi fixe et activité indépendante. Ce chiffre grimpe à deux sur trois chez les moins de 36 ans.

Le schéma traditionnel en trois phases — études, vie active, retraite — ne correspond plus aux réalités de la société actuelle. En effet, nombreux sont ceux qui souhaitent faire des pauses dans leur carrière, se reconvertir ou prendre soin de leurs proches. Pourtant, le système actuel offre peu de marges de manœuvre à cet égard. De nouvelles approches s’imposent.

Le compte épargne-temps, une réponse aux nouveaux besoins

Parmi les concepts testés dans l’étude, le compte épargne-temps a rencontré un fort écho. Son principe est simple: les employés peuvent y verser une part de leur salaire, leurs heures supplémentaires ou leurs jours de congé non pris. Le capital ainsi accumulé peut ensuite être utilisé pour financer un congé.

Déjà bien établi en Allemagne, ce modèle reste encore peu connu en Suisse : seuls 25% des sondés en avaient entendu parler avant l’étude. Mais après une brève présentation du dispositif, près de 76% des participants se sont déclarés favorables ou très favorables à cette idée. L’adhésion est particulièrement forte chez les 18-35 ans.

Les usages envisagés sont aussi variés que les parcours de vie : plus de 40% des jeunes adultes utiliseraient un compte épargne-temps pour un congé sabbatique, un congé parental ou une formation continue. Chez les 50 ans et plus, ce compte représente une opportunité de gérer la dernière partie de leur carrière de manière plus flexible.

Parallèlement, le monde du travail évolue rapidement, notamment sous l’effet de l’intelligence artificielle et de l’essor du travail hybride. Déjà aujourd’hui, une personne active sur deux se verrait bien cumuler emploi fixe et activité indépendante. Ce chiffre grimpe à deux sur trois chez les moins de 36 ans.

Le compte épargne-temps pourrait contribuer à sécuriser financièrement ces formes d’indépendance. Par ailleurs, une majorité des sondés souhaiteraient voir évoluer le deuxième pilier: 72% estiment que les revenus d’une activité indépendante devraient pouvoir être épargnés dans la même caisse de pension que ceux issus d’un emploi salarié — ce qui est actuellement malheureusement impossible.

Le constat est clair: un système de prévoyance moderne doit tenir compte de l'individualisation croissante et des différentes réalités de la vie. Le compte épargne-temps offre une solution pragmatique qui repose sur la responsabilité individuelle tout en garantissant une bonne sécurité sociale.

En parallèle, l’étude révèle une méfiance persistante envers les institutions de prévoyance, en particulier le deuxième pilier, jugé opaque, rigide et peu adapté. Si la volonté de changement est bien là, la politique semble être encore réticente à s’en emparer. Il devient donc d’autant plus urgent de faire connaître des modèles innovants comme le compte épargne-temps et de les intégrer dans le débat public.

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