Consommation, luxe et horlogerie face aux droits de douane: les entreprises suisses les plus résilientes

Marc Hänni, Vontobel

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De nombreuses entreprises helvétiques sont moins affectées par les tensions commerciales, et certaines pourraient même en tirer parti.

©Keystone

 

Alors que la Suisse attend que l'administration américaine précise les droits de douane susceptibles d’affecter ses entreprises, une nouvelle analyse de Vontobel révèle que la majorité des entreprises suisses sont bien positionnées pour en limiter l’impact.

La Suisse a toujours été considérée par les investisseurs comme un bastion de stabilité, une valeur refuge et un pilier de préservation du capital en période de turbulences économiques ou géopolitiques.

Grâce à une combinaison de facteurs historiques, politiques et structurels, le pays alpin est perçu comme un havre de sécurité pour les marchés. La Bourse suisse SIX Swiss Exchange reste l'une des bourses les plus robustes d'Europe, portée par des multinationales de premier ordre souvent considérées comme des actifs «défensifs» dans les portefeuilles internationaux.

Aujourd’hui, cette réputation est mise à l’épreuve, notamment par la politique douanière américaine, et ce pour la Suisse comme pour de nombreux autres pays. Les Etats-Unis représentent de loin le marché d'exportation le plus important pour les entreprises suisses avec plus de 50 milliards de francs suisses de biens exportés vers les Etats-Unis chaque année. Cette dépendance souligne à quel point l’évolution de l’économie américaine est cruciale pour de nombreuses entreprises locales.

Historiquement, les sociétés suisses ont su faire preuve d’agilité et d’innovation face aux changements de l'environnement commercial mondial. Cela nous renforce dans l’idée que l'impact potentiel des tarifs sur les actions suisses devrait rester limité.

Notre récente analyse sur l'impact des tarifs sur les entreprises suisses montre que la majorité des entreprises examinées génèrent une part significative de leurs revenus aux Etats-Unis, avec une moyenne dépassant 30%. A première vue, cette forte exposition pourrait sembler défavorable, en particulier dans le contexte tarifaire. Cependant, à notre avis, l’impact des droits de douane ne doit pas être évalué de manière uniforme.

Malgré les incertitudes, de nombreuses entreprises suisses sont moins affectées par ces tensions commerciales, et certaines pourraient même en tirer parti. Au fil des années, celles qui ont su se positionner comme leader mondiaux sur des marchés de niche ont pu démontrer une résilience remarquable, même dans des environnements complexe comme celui que nous connaissons aujourd’hui.

Le risque associé à une augmentation des tarifs américains est particulièrement évident pour les entreprises qui ne disposent ni d’un leadership mondial, ni d’un avantage en matière d’innovation. Ne bénéficiant pas d’un pouvoir de fixation des prix, elles peinent d’avantage à rivaliser à l'international.

Un exemple de cette dynamique peut être observé dans le segment intermédiaire de l’horlogerie, où, contrairement au marché haut de gamme, il est difficile d’augmenter les prix sans affecter la demande. Les consommateurs y sont beaucoup plus sensibles aux variations de prix. Cette dynamique ne se limite pas à l'industrie horlogère, mais s'applique également, par exemple, au secteur alimentaire.

C'est pourquoi notre attention dans le secteur des biens de consommation se concentre presque exclusivement sur les entreprises du segment premium, telles que Richemont dans le secteur de la joaillerie (Cartier & Van Cleef & Arpels) ou Lindt & Sprüngli dans l'industrie du chocolat.

Dans le secteur technologique, VAT Group, spécialiste suisse des vannes pour l'industrie des semi-conducteurs, se distingue par sa capacité à répercuter les coûts liés aux tarifs sur ses clients, grâce à un fort pouvoir de fixation des prix. Cela reste vrai malgré une exposition d’environ 18% de son chiffre d'affaires au marché américain et l’absence de production locale.

Un autre facteur à prendre en compte est la taille des entreprises: les grandes entreprises suisses, mesurées par l'indice Swiss Market Index (SMI), tirent généralement un pourcentage plus élevé de leurs revenus des États-Unis par rapport aux petites et moyennes capitalisations. Cela les rend certes plus vulnérables aux effets directs des tarifs, mais leur envergure mondiale et leur solide positionnement leur offrent généralement une certaine protection.

Historiquement, au cours des 30 dernières années, les entreprises suisses de petite et moyenne capitalisation ont affiché des valorisations plus attractives et un potentiel d'appréciation plus élevé que les grandes. Cependant, ce potentiel est resté très largement théorique ces dernières années, car les small cap continuant à se négocier avec une décote par rapport aux grandes capitalisations.

Cette tendance s'explique principalement par les tensions géopolitiques en Europe, notamment les conflits armés, l'instabilité politique et les coûts élevés de l'énergie, qui ont tendance à affecter plus fortement les petites et moyennes capitalisations que les grandes.

Grâce à la reprise économique attendue en Europe, comme l'indiquent les enquêtes auprès des directeurs d'achat, les small et mid caps ont commencé à regagner de la valeur depuis le début du deuxième trimestre, après une longue période de sous-performance. Nous pensons que cette tendance est susceptible de se poursuivre, et le segment des small et mid caps suisses pourrait en tirer des avantages significatifs dans les trimestres à venir.

Combiné à des valorisations attractives, nous maintenons donc une perspective positive pour les entreprises suisses de petite et moyenne capitalisation dans leur ensemble.

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