Gonet: l'actualité des marchés au 29 octobre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,19%, S&P 500 +0,28%, Nasdaq +0,27%, Russell +0,41%, SOX +1,75%, Eurostoxx +0,05%, SMI -0,11%.

 

C’est jour de Fed à Wall Street hier, mais le marché semble nettement plus intéressé aux annonces à venir des géants de la tech, le discours de Kevin Warsh (désormais le favori sans conteste du prix Nobel de langue de bois), semble glisser sur des intervenants avides d’en savoir plus au sujet de l’IA et de ces foutus retours sur investissements qui feraient bien de se montrer et fissa svp. Un mot sur la Fed tout de même, qui maintient son taux directeur inchangé comme prévu, son président adoptant un ton légèrement accommodant, j’y reviens plus bas. Disons en résumé que de «forward guidance», la Réserve Fédérale des Etats-Unis semble passer au mode «forward silence». Le marché s’en fiche clairement, aujourd’hui du moins, il y reviendra quand il retrouvera la capacité à faire plus d’une chose à la fois. La bonne surprise du jour vient d’Oracle (personne ne l’avait prévu) qui s’envole de 10,58% après avoir annoncé un plafonnement de ses financements externes supplémentaires à 20 milliards de dollars et un retour à un flux de trésorerie disponible positif (free cash flow) au second semestre de l’exercice 2028. Le groupe prévoit ensuite de financer seul sa croissance dès l’exercice 2029 et vise plus de 225 milliards de dollars de revenus en 2030. Cette annonce constitue réellement une bonne surprise, Oracle inquiétait beaucoup le marché, son CDS (Credit Default Swap, une assurance contre le risque de défaut d’un emprunteur) avait atteint des niveaux alarmants, à cause de ses investissements massifs dans l’IA qui creusent ses besoins de financement et son endettement avant de générer de la trésorerie, avec une forte dépendance à OpenAI.

Ce matin, dans les salles de marchés on écoute Gainsbourg et sa version remasterisée «IA, je t’aime, moi non plus». Les trimestriels d’Alphabet, Microsoft et Samsung sont passés par là et cela ne s’est pas complètement passé comme les taureaux le prévoyaient. Commençons par Microsoft, qui annonce une croissance de 48% des revenus de son cloud Azure et une hausse de 19% de son chiffre d’affaires total, à 92,28 milliards de dollars. Le titre progresse de 4% dans le pré-marché ce matin, en résumé la firme de Redmond gagne plus d’argent que prévu tout en en dépensant moins, le marché lève le pouce, tout va bien de ce côté. À Mountain View en revanche, on semble avoir déjà décoré les lieux en vue de ce samedi, ambiance de Mordor chez Alphabet dont l’action plonge de plus de 10% après la cloche malgré une forte croissance du cloud. Les résultats déçoivent, notamment dans la recherche publicitaire. Les investissements massifs dans l’IA creusent le flux de trésorerie disponible à −9,1 milliards de dollars, tandis que la dépendance à Anthropic ajoute un risque. Cerise sur le gâteau des ours, cette nuit Samsung renforce les inquiétudes autour de l’IA: le bénéfice opérationnel de sa division puces est inférieur d’environ 2% aux attentes, malgré une hausse de plus de 60% de ses investissements, à 84’400 milliards de wons. Le titre baisse de 4% à Séoul ce qui n’est pas énorme en fait, on s’est habitué à des mouvements nettement plus violents.

Résumons: la Fed c’est plutôt bien, Oracle c’est très bien, Microsoft c’est bien, Alphabet c’est pas bien, Samsung non plus et il nous reste à traverser la publication de l’indice PCE (Personal Consumption Expenditure), l’outil favori de la Fed pour mesurer l’inflation, qui sera publié cet après-midi à 13h30. Tout le monde s’en fiche apparemment (voir plus haut) et tout le monde y reviendra en temps voulu. Aujourd’hui le marché devra aussi digérer l’annonce de la BCE sur ses taux à 14h15, aucun mouvement n’est attendu, c’est surtout le discours de Christine Lagarde qui retiendra l’attention.

Les investisseurs scrutent de plus en plus la rentabilité des investissements dans l’IA et cela est bien normal. Ils récompensent leur traduction en revenus, comme chez Microsoft mais sanctionnent les dépenses massives lorsque les résultats déçoivent, comme chez Alphabet. Samsung illustre également ces inquiétudes: le groupe relève massivement ses investissements pour 2026 afin de gagner des parts de marché dans les mémoires à haute bande passante utilisées pour l’IA, mais le bénéfice opérationnel de sa division puces manque les prévisions. Cette déception, associée à l’absence d’indications sur la rémunération des actionnaires, fait baisser le titre et renforce les interrogations sur la durée du cycle favorable des mémoires. Rendez-vous après la clôture du NYSE pour les trimestriels d’Amazon.

Et puis mardi qui vient il y aura les élections de mi-mandat aux Etats-Unis, en l’état des prédictions hasardeuses (pléonasme), les démocrates ont 91% de chances de prendre le contrôle de la Chambre des représentants et 66% de remporter le Sénat, contre respectivement environ 9% et 34% de chances pour les républicains d’en conserver le contrôle.

Ce matin le future Nasdaq100 (NDX) rend 1,1% des récents gains enregistrés depuis jeudi soir. Il conserve encore 1,7% de cette avancée, il n’y donc pas le feu au lac et le contexte du jour va nous permettre de voir dans quelle mesure les jambes de ce marché sont solides, ou pas, ce d’autant que la configuration technique de plusieurs indices s’est encore améliorée hier, le S&P500 (SPX) s’éloigne de sa moyenne mobile à 50 jours, le SOX (semi-conducteurs) qui avait sonné la charge des taureaux vendredi, s’approche lentement mais surement de sa 50 jours, il a un gap à combler à 12'507 points contre 11'684 pts hier soir à la cloche. Le NDX termine sa séance d’hier pile sur sa 50 jours et le Russell2000 (RTY) s’éloigne un peu plus de sa 200 jours par le haut. C’est donc un bon test que subira le marché des actions aujourd’hui, un peu livré à lui-même, les autres classes d’actifs semblent somnoler, le rendement du 10 ans US se stabilise à 4,99%, le pétrole reste demandé, le baril de Brent cote 114,33 dollars, le dollar aussi est soutenu mais ne bouge guère, la paire EUR/USD cote 1,1135 tandis que l’or tente encore de défendre le niveau de 4000 dollars l’once, cours actuel 4025 dollars.

La Fed maintient donc ses taux inchangés et Kevin Warsh adopte un ton jugé modérément accommodant, soulignant que le durcissement des conditions financières depuis la hausse de septembre commence à produire ses effets, ce qui réduit les craintes d’un relèvement rapide et marqué des taux. Les investissements massifs dans l’IA soutiennent l’économie, mais pourraient aussi inciter la Fed à poursuivre son resserrement, avec le risque que la hausse des rendements pénalise à nouveau les actions. L’inflation sous-jacente PCE de septembre est attendue légèrement au-dessus de 3%, loin de l’objectif de 2% et deux responsables de la Fed, dont Lisa Cook, auraient préféré relever les taux de 25 points de base dès cette réunion. Les Fed Funds anticipent une probabilité d’environ 79% d’une hausse en décembre et de 57% de trois hausses supplémentaires au total d’ici fin 2027. Enfin, le pétrole complique la tâche de la banque centrale: le Brent est proche de son sommet annuel, sur fond de craintes d’une reprise des combats entre les États-Unis et l’Iran après les élections américaines de mi-mandat.

Le calendrier économique du jour débute à 11h00 avec le sentiment économique en zone euro. Aux États-Unis, plusieurs indicateurs sont attendus à 13h30: l’inflation PCE, la première estimation de la croissance du PIB, les revenus et dépenses des ménages ainsi que les inscriptions hebdomadaires au chômage. L’attention se tournera ensuite vers la BCE, qui annoncera sa décision sur les taux à 14h15, avant sa conférence de presse à 14h45.

En Europe, UBS poursuit son évaluation des réformes du capital proposées et de son avenir en Suisse, tandis que Rolls-Royce bénéficie d’un accord britannique de 2,5 milliards de livres pour un nouveau moteur d’avion et que Rio Tinto lance plus d’un milliard de dollars de projets de lithium en Argentine. Eli Lilly annonce que son retatrutide entraîne une perte de poids supérieure à celle d’Ozempic chez les adultes diabétiques de type 2. Toyota enregistre en septembre un troisième mois consécutif de baisse des ventes et de la production. Parmi les publications du jour figurent notamment Shell, Volkswagen, Adidas, Carlsberg, Amazon, Mastercard, Intel, Merck, Caterpillar et Starbucks.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo progresse de 1,1% à la cloche, Hong Kong perd 0,59%, Shanghai rend 0,82%, Séoul abandonne 1,24% et le Nifty50 prend 0,76%. Les futures SPX et NDX sont en repli de 0,3% respectivement 1,1% et l’Europe traite en baisse de 0,1% dans les premiers échanges.

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