Gonet: l'actualité des marchés au 23 octobre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,02%, S&P 500 -1,21%, Nasdaq -2,60%, Russell +0,11%, SOX -6,72%, Eurostoxx -1,94%, SMI -0,03%.

 

Ça barde à Wall Street hier soir, le marché a envoyé l’indice SOX (semi-conducteurs) dans un coin et lui tape dessus comme rarement. Les inquiétudes autour de l’intelligence artificielle et son appétit d’ogre en termes de financement augmentent chaque jour un peu plus, le sentiment du marché est sorti de sa torpeur, une grande rotation sectorielle est en cours sur le NYSE et c’est ici un premier enseignement, ne croyez pas les tabloïds qui vous disent que c’est la panique sur les boulevards boursiers, dans les faits il n’en est rien, la hausse, même légère, du Dow Jones et du Russell2000 (les petites capitalisations US) d’hier, couplée à celle de 0,77% du SPW (le S&P500  équipondéré) le prouve, on ne jette pas le bébé avec l’eau du bain downtown Manhattan, en revanche on réduit les expositions dans les mastodontes de la tech et leurs satellites, à une exception près et pas des moindres, Apple qui progresse à contre-courant hier et gagne 1,23%. Isaac Newton doit se retourner dans sa tombe tellement l’action ignore les lois de la gravité, je suis à un cheveu de lancer une initiative pour proposer d’intégrer Apple au SMI (Sweet Market Index).

On redevient sérieux un instant en considérant LE problème majeur actuel des taureaux. Le financement de l’essor de l’intelligence artificielle se complique. Même le perma-bull Jensen Huang, le CEO de Nvidia, reconnaît que les capitaux se raréfient. Tesla semble avoir mis le feu aux poudres en annonçant un programme d’investissements inférieur aux attentes. Meta aussi est un bon exemple: malgré une croissance de 26% de ses ventes, le groupe affiche un flux de trésorerie disponible négatif de 2,1 milliards de dollars et prévoit une augmentation de capital. Le recul de 6,98% de son action à la clôture se passe de commentaire. Les bailleurs de fonds ne semblent plus aussi hypnotisés par le phénomène en cours, ils sont désormais plus sélectifs et exigent des rendements supérieurs, ce qui renchérit le financement et accentue l’aversion au risque. Cette fragilisation du moteur de la hausse boursière incite les investisseurs à chercher d’autres relais de performance. Ne nous trompons pas ceci dit, l’IA est en marche, que l’on approuve cela ou non, le marché est simplement en train de «normaliser» progressivement son approche à son sujet.

L’IA n’est pas le seul sujet d’inquiétude du marché. La hausse du pétrole et des carburants pèse sur les actions, mais le signal le plus préoccupant vient des futures: le Brent à douze mois a récemment atteint un sommet de quatre ans, signe que les marchés anticipent une énergie durablement chère face à la persistance des conflits au Moyen-Orient et en Europe de l’Est. Les déblocages de stocks, les solutions de contournement, les subventions et la baisse de la demande ont amorti les chocs, sans empêcher une hausse de l’ensemble des courbes de prix à terme. Cette évolution alourdit durablement les coûts des ménages et des entreprises, nourrit l’inflation et les anticipations de hausse des prix, et pourrait bien pousser les banques centrales vers davantage de fermeté malgré les risques pour l’économie. Elle contribue aussi à relever les rendements des emprunts d’État et les primes de risque exigées sur la dette des entreprises.

On l’aura compris, c’est pas gagné. Le marché cherche des abris où se réfugier le temps de la tempête en cours. On revient massivement dans les bons du Trésor US, le 10 ans chute de 5,30% il y a moins de dix jours à 4,97% ce matin, on suivra de près le niveau de 5%. Le franc suisse et le yen japonais sont aussi recherchés, la paire EUR/CHF cote 0,9215 ce matin, elle a cassé sa moyenne mobile à 200 jours, ce n’est pas anecdotique et à suivre. On repositionne aussi les expositions actions vers des secteurs plus défensifs, voyez le podium du jour du SPX hier, qui se compose des biens de consommation de base, des utilities et de la santé. Voyez aussi les seuls mastodontes de la cote en hausse hier, Apple mise à part, Berkshire Hathaway et JP Morgan, cela ne s’invente pas.

Le breadth de ce jeudi confirme que le plus grand nombre passe une bonne journée dans les faits. Nettement plus d’actions clôturent dans le vert que dans le rouge sur le SPX, alors que le ratio est légèrement négatif sur le NDX, dans des volumes d’échanges en hausse mais pas énormes non plus. La volatilité (VIX) reste cantonnée sous le niveau de 20. Pour sa part l’or souffre des craintes inflationnistes induites par la force du pétrole. L’once cote 4020 dollars ce matin, le niveau de 4000 dollars constitue un support important, ensuite si cela casse on regardera 3943 dollars, c’est le bas en séance du 30 juin. Le dollar retrouve des couleurs, la paire EUR/USD repasse légèrement en-dessous des 1,1200, probablement aussi aidée par un euro dans les cordes, cela ne s’arrange pas en France où l’OAT à 10 ans rend désormais 5,05%, son spread est de 173 points au-dessus du 10 ans Bund, une véritable catastrophe en direct qui se produit sous nos yeux, qui pourrait ruisseler sur le continent tout entier.

Au chapitre de l’analyse technique, ce matin un seul indice retient notre attention, le SOX, qui vient se poser quasiment pile sur sa moyenne mobile à 200 jours hier soir à la cloche, une configuration de toute beauté, l’indice est proche d’entrer en territoire survendu, son historique récent est pavé de rebonds dans une telle situation, ce d’autant qu’en Corée du Sud l’indice KOSPI glisse de 4% à l’ouverture de cette nuit, pour terminer en hausse de 0,3%. Même constat sur le future NDX, qui commence par se prendre les pieds dans le tapis pour progresser légèrement en ce moment. On appelle cela un rebond technique, certains disent BTFD (non n’insistez pas). Quoi qu’il en soit la configuration technique du SOX mérite que l’on s’y intéresse sérieusement.

Les prochaines échéances majeures connues du marché sont prévues la semaine prochaine avec les résultats de notamment Microsoft, Amazon et Alphabet ainsi que la réunion de la Fed du 28 octobre, les Fed Funds prédisent moins de 10% de probabilités d’une hausse de 25 points de base à cette occasion.

L’agenda macro-économique du jour est dominé par les indices PMI flash manufacturiers et des services, publiés à 10h00 pour la zone euro, à 10h30 pour le Royaume-Uni et à 15h45 pour les États-Unis. L’indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan suivra à 16h00.

L’Oréal affiche une hausse de 6,9% de son chiffre d’affaires sur neuf mois et gagne 3% sur le marché, tandis que Kering y chute de 11% après un troisième trimestre difficile. Safran réalise 9 milliards d’euros de revenus trimestriels et Vinci enregistre une croissance de 5%, tout en estimant à 450 millions d’euros l’impact éventuel de la taxe sur les infrastructures de transport. Holcim relève ses objectifs annuels, ENI annonce un dividende exceptionnel et davantage de rachats d’actions, tandis que Volvo Cars affiche une perte trimestrielle. Rolls-Royce serait proche d’un accord de subvention publique pour développer un nouveau réacteur au Royaume-Uni, et Rio Tinto prévoit un investissement de 1,9 milliard de dollars dans la bauxite. Moody’s relève à positive la perspective de la note d’ABB. Aux États-Unis, Apple lance les ventes de son smartphone pliable, l’iPhone Duo, et SpaceX chercherait à accéder à 80’000 sites cellulaires pour son réseau sans fil. Gilead prévoit d’acquérir un programme de traitement oral contre l’inflammation pour 1,28 milliard de dollars, Microsoft développe un outil d’IA de diagnostic médical et OpenAI serait proche d’une levée de fonds de 30 milliards de dollars, pour une valorisation de 1250 milliards. Après leurs résultats, Western Digital recule de 6,5% et Newmont de 1,4% hors séance. Enfin, Micron instaure des primes liées aux bénéfices et SK hynix suspend l’introduction en Bourse de Solidigm face à la volatilité des marchés.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo perd 0,34% à la cloche, Hong Kong progresse de 0,78%, Shanghai prend 0,89%, Séoul grappille 0,3% et le Nifty50 perd 1,17%. Les futures SPX et NDX traitent autour de l’équilibre pendant que l’Europe égare 0,4% dans les premiers échanges.

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