Notre indicateur de diffusion des politiques monétaires, calculé comme la somme sur trois mois du nombre de banques centrales relevant leurs taux directeurs moins celles les abaissant, est repassé en territoire positif. En septembre 2026, il atteint +4 au niveau mondial, avec une divergence nette entre les économies développées (+5) et émergentes (-1). Le signal est donc celui d’un resserrement principalement concentré dans les marchés développés (DM).
L’amplitude reste très inférieure à celle de 2022-2023, lorsque l’indicateur mondial avait culminé autour de +60. Mais le changement de direction est significatif. L’impulsion accommodante de 2024-2025 est derrière nous. Dans les économies développées, l’indicateur est passé de -16 à +5. Dans les émergents (EM), il est remonté de -20 vers zéro. La séquence monétaire mondiale évolue désormais vers un nouveau cycle de resserrement différencié, essentiellement dans le segment DM, après l’ assouplissement généralisé en 2024-2025, faisant suite au resserrement synchronisé de 2022-2023.
Cette inflexion intervient dans une configuration macroéconomique particulière. Le regain des tensions énergétiques se combine à une croissance encore résiliente, à des politiques budgétaires expansionnistes et à des dépenses d’investissement élevées en infrastructures, défense et intelligence artificielle. L’inflation reste suffisamment forte pour justifier une orientation restrictive de la politique monétaire, tandis que l’activité ne ralentit pas assez pour empêcher les banques centrales d’agir. La résilience de la croissance devient ainsi une condition permettant une amplification du resserrement monétaire.
La Fed se situe au cœur de cette dynamique. Après la hausse de septembre, les Fed Funds évoluent dans une fourchette de 3,75-4,00%. Les projections du FOMC combinent pour 2026 une croissance de 2,3%, un chômage de 4,1% et une inflation (PCE) de 3,7%. La médiane des projections du taux des Fed Funds pour fin 2026 est remontée à 4,1%. Le narratif du marché est passé d’une configuration de «taux durablement élevés» à «une nouvelle phase de hausse des taux». Il s’agit donc d’un nouveau cycle de resserrement monétaire qui devrait aller au-delà de la neutralité.
L’historique des cycles de la Fed montre que la première hausse constitue un signal moins important que la vitesse du resserrement qui la suit. Sur 18 épisodes depuis 1946, la baisse maximale moyenne du S&P 500 atteint 12,2% à six mois et 14,0% à douze mois. Lors des cycles rapides, la perte maximale à douze mois atteint en moyenne 16,5%. Lorsque la première hausse est suivie d’un cycle court, la baisse maximale se limite à 11,8%. Pour les marchés Actions, la dérivée de la politique monétaire compte donc davantage que la première hausse elle-même.
Cette observation est centrale pour l’allocation. La croissance nominale de l’économie peut encore soutenir la croissance des bénéfices, mais la hausse des taux réels augmente progressivement le coût du capital. Le scénario peut donc associer résilience des bénéfices d’entreprises et compression des valorisations, la baisse des multiples étant impactée par la hausse des taux d’intérêt. Les actifs à duration longue sont plus vulnérables, tout comme les entreprises très endettées.
Dans cette phase, le cash et la duration courte sont privilégiés. Certes, le coupon actuel de 5.2% sur les US Treasuries à 10 ans permet de compenser à 12 mois l’effet prix négatif d’une hausse additionnelle des taux longs de 70 pb. En fait, les obligations d’Etat redeviendront attractives lorsqu’il y aura un retournement du cycle économique. Il est donc prématuré d’envisager un retour sur la classe d’actifs obligataire malgré la hausse du portage. En euro, le raisonnement est le même, avec comme facteurs aggravants la multiplication des échéances électorales en 2027 (France, Espagne, Pologne, Italie), et le changement à la tête de la BCE.
Sur les Actions, la sous-pondération demeure modeste, l’essentiel étant de modifier la composition du risque en faveur des facteurs «qualité», «free cash-flow», «pricing power», «faible levier» et «besoins de refinancement limités». Les actifs réels conservent leur rôle de couverture nominale. La recherche de convexité augmente à mesure que la distribution des scénarios s’élargit.
Le prochain signal déterminant sera la concomitance entre l’orientation restrictive de la politique monétaire et des éléments de ralentissement économique. Cette phase correspondra à une réduction du risque bien plus marquée. Sur le plan géographique, le décalage DM/EM conduit à privilégier les marchés émergents de manière cross-assets. Une diffusion du resserrement aux émergents sera également un signal majeur pour rééquilibrer le biais géographique dans un contexte de dégradation de la liquidité.