Dette française: les investisseurs sanctionnent l’impasse politique

Arthur Jurus, ODDO BHF

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Une partie importante de cette prime de risque semble désormais refléter l'anticipation d'une nouvelle dégradation de la note souveraine française.

 

La France est devenue, aux yeux des marchés, le maillon faible des grandes économies de la zone euro. L'écart entre l'OAT française et le Bund allemand à 10 ans a dépassé les 100 points de base, soit davantage que les écarts observés pour l'Italie ou même la Grèce. Ce paradoxe illustre une réalité souvent négligée: les investisseurs ne sanctionnent pas seulement le niveau de la dette, mais surtout l'absence de visibilité sur la trajectoire budgétaire. Une partie importante de cette prime de risque semble désormais refléter l'anticipation d'une nouvelle dégradation de la note souveraine française.

Pour tenter de restaurer sa crédibilité, le gouvernement vise un effort budgétaire de 54 milliards d'euros afin de ramener le déficit à 5% du PIB en 2027. Toutefois, une grande partie de cet effort servira à absorber la hausse de la charge d'intérêt et des dépenses sociales, limitant l'amélioration effective des finances publiques. Dans un contexte où la croissance attendue pour 2026 ne dépasse plus 0,5%, l'ajustement reposera largement sur les ménages et pourrait peser davantage sur une consommation déjà fragile.

Le principal risque est cependant politique. Sans majorité stable à l'Assemblée nationale, le gouvernement devra faire adopter des mesures potentiellement impopulaires, notamment celles concernant les retraités. Les investisseurs s'interrogent moins sur le contenu du plan que sur sa capacité à survivre au processus parlementaire. Tant que cette incertitude persistera, la prime de risque française restera difficile à réduire.

Cette fragilité intervient alors que l'Allemagne traverse elle aussi une phase d'instabilité politique. La progression des partis contestataires et la fragmentation du paysage régional compliquent la mise en œuvre du programme de relance fondé sur les infrastructures et la défense. Or cette relance constitue l'un des principaux moteurs de croissance attendus pour la zone euro. Les investisseurs doivent ainsi composer simultanément avec une France en quête de discipline budgétaire et une Allemagne dont la capacité d'action politique apparaît moins évidente qu'auparavant.

Dans ce contexte, nous restons prudents sur les obligations souveraines françaises et privilégions les émissions supranationales européennes, qui offrent une qualité de crédit élevée avec une moindre exposition au risque politique national. Nous favorisons également le crédit d'entreprise de courte maturité en euros et en dollars. Les tensions actuelles sur les dettes souveraines européennes pourraient perdurer tant que les marchés n'auront pas obtenu davantage de visibilité sur les trajectoires budgétaires et politiques des deux principales économies de la zone euro.

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