Le secteur de la technologie chinoise en bourse a connu un historique contrasté. La deuxième partie de la décennie 2010 a vu l’émergence de géants, pour beaucoup d’entre eux sur le secteur du e-commerce (Alibaba, Meituan, Pinduoduo, JD.com) ou des jeux vidéo/réseaux sociaux (Tencent, Netease). La période a vu d’importantes introduction en bourse dans le secteur (Meituan, Xiaomi) et une forte hausse des valorisations de beaucoup d’acteurs côtés, dans un contexte de croissance de la consommation chinoise beaucoup plus rapide que le rythme actuel (+9,4% de progression annuelle moyenne des ventes au détail entre 2014 et 2019 contre moins de 2% par an ces trois dernières années) et alors que le e-commerce conquérait très rapidement des parts de marché.
Après des pics atteints fin 2020 ou début 2021 selon les segments, nous avons ensuite assisté à une longue période de recul. La réouverture post-Covid freine brusquement la croissance du e-commerce, (et accessoirement des jeux vidéo) et la consommation ralentit. Pire, les années de forte croissance ont stimulé les appétits et laissent beaucoup de segments en proie à une concurrence féroce qui mène à une guerre des prix, particulièrement dans le e-commerce. L’ETF Kraneshare CSI China Internet (ou KWEB) a été divisé par plus de quatre depuis son pic de février 2021, et par plus de deux par rapport à son niveau de début 2020 (avant le Covid).
La technologie chinoise n’a ainsi pas laissé que des bons souvenirs aux investisseurs. Pourtant, nous sommes convaincus qu’il faut réexaminer le secteur, sous un angle différent de celui qui a fait sa gloire passée.
Alors que le gouvernement chinois a clos le 14e plan quinquennal en 2025 et lancé le 15e en 2026, nous observons quelques changements de priorités: la domination des secteurs de batteries, des véhicules électriques et des panneaux solaires est remplacée par la volonté de rattrapage dans les semi-conducteurs, les data centers et la robotique. La rivalité avec les Etats-Unis dans l’IA, qui ne date certes pas d’hier, devient encore plus centrale.
Un axe est absolument central dans le plan chinois : la recherche de l’autosuffisance. Fortement pénalisée par les sanctions américaines sur les puces de pointe et les équipements semiconducteurs, la Chine a comme principale priorité de développer une chaine de valeur domestique dans le secteur. Nous estimons qu’il y a des opportunités d’investissement intéressantes parmi les acteurs les plus avancés technologiquement sur cette chaine de valeur, même si un retard (plus ou moins important selon les segments) subsiste vis-à-vis de leurs concurrents occidentaux.
La Chine va investir pour monter en puissance, quitte à ne pas pouvoir immédiatement se positionner sur la technologie «frontière». Une fois qu’elle aura fait grossir un certain nombre d’acteurs, ces derniers auront les moyens d’investir en R&D et d’essayer de combler leur retard vis-à-vis des occidentaux. En tout état de cause, nous pensons que la Chine ne va pas se tourner principalement vers l’exportation, dans un premier temps. Elle va avoir fort à faire pour répondre aux besoins de son marché domestique, dans un contexte de capacités restreintes (à ce stade) de production des puces les plus avancées. En effet, sur le seul premier semestre 2026, la Chine affiche un déficit de commercial de 145 milliards de dollars dans les semiconducteurs (selon Axis Intelligence).
Nous misons sur un découplage d’une chaine de valeur occidentale et d’une chaine de valeur chinoise de l’IA. Sur cette dernière, alors que les investissements en Chine dans les data centers sont très largement inférieurs à ceux qui se mettent en place aux Etats-Unis (ils représentent 15 à 20% du niveau américain, selon Rhodium), il nous semble intéressant de miser sur un rattrapage, qui impacterait très positivement la chaine de valeur domestique chinoise de l’IA.