Un terreau d’échanges académiques: la Hospitality Finance Economics au Japon

Masaki Mori & René-Ojas Woltering, EHL Hospitality Business School

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La dixième édition de la conférence a été l’occasion de traiter des sujets tels que l’IA générative, les tokens en immobilier et l’allocation des capitaux à travers le monde.

©Keystone

 

Depuis sa création, la conférence Hospitality Finance Economics est devenue un forum internationalement reconnu qui réunit académiques et industrie afin d’échanger des idées entre l’hôtellerie, la finance, l’immobilier, l’économie urbaine et l’environnement bâti. Cette année n’a pas dérogé à cette tradition avec des participants venus d’Asie, d’Europe et de l’Amérique du Nord. En effet, pendant le 28 et 29 juin, nombreux sujets ont été abordés tels que l’intelligence artificielle et la PropTech à l’investissement hôtelier, les politiques d’urbanisme, la gouvernance d’entreprise, le changement climatique, les marchés de l’immobilier, et la transformation démographique.

Chaque présentation a été suivie par des commentaires formels d’un «discussant» attitré avant que le dialogue était ouvert au public. Ce qui rend unique cette conférence est sa taille humaine. Le feedback constructif, la réflexion interdisciplinaire et le développement de futures collaborations sont ainsi facilités.

Première journée: Innovation, technologie et l’avenir de l’immobilier

Professeur Chihiro Shimizu, de l’Université de Hitotsubashi, a ouvert le bal à deux jours enrichissants. Les intervenants ont évoqués des sujets comme les marchés immobiliers, les frictions d’information et l’urbanisme. Plusieurs thèmes de recherche ont fait l’objet de présentations intéressantes: IA générative, les tokens en immobilier, la dynamique du marché de l’immobilier et l’allocation des capitaux à travers le monde.

Lors de son keynote dédié à la «proptech» (autrement dit: la façon dont la technologie s’applique aux bâtiments), Mr. Raja Seetharaman, co-fondateur de Propstack, a parlé de la récente correction dans le marché et la nouvelle volonté des investisseurs à récompenser les entreprises disciplinées et disposant des ressources robustes dans le domaine des données. L’importance des données, justement, est partout: souscription de prêts hypothécaires, la gestion de la construction, gestion des actifs commerciaux, l’expérience des locataires, la valuation et la prise des investissements. Une autre tendance évoquée était le «space-as-a-service » où les entreprises se détournent de l’achat en faveur de la location de longue durée. Les différents thèmes de son discours ont trouvé écho par la suite des discussions.

Deuxième journée: Changement démographique et perspectives

Pour démarrer le second jour de bon pied, la HFE a fait appel à l’un des économistes le plus respecté du Japon. Le Professeur Charles Yuji Horioka de l’Université de Kobe a utilisé le vieillissement de la population pour parler du taux d’épargne des Japonais.

Le Japon, c’est un pays d’épargnants, n’est-ce pas? Selon Horioka, pas tant que ça. S’appuyant sur des décennies de recherche empirique, il a montré que le taux d’épargne des ménages a augmenté, certes, rapidement pendant le boom d’après-guerre, avant de décroître à partir des années 1970s, atteignant zéro ou même évoluant en territoire négatif ces dernières décennies.

Pourquoi? Pour Horioka, l’évolution démographique du pays explique cette tendance. Se basant sur la théorie du cycle de vie, Prof. Horioka a cité le changement démographique—plus que des facteurs nationaux ou culturelles—comme responsable. Avec de plus en plus de retraités, le taux d’épargne des ménages, logiquement, baisse car ils dépensent enfin la richesse accumulée pendant des décennies. Et cela crée-t-il de l’instabilité macroéconomique? Oui, mais plusieurs facteurs pourraient compenser: l’épargne des entreprises ou du gouvernement, des flux de capitaux internationaux ou une demande robuste de la part des investisseurs. Cette analyse pourrait aider d’autres pays confrontés au vieillissement de leurs populations et, par conséquence, à la pression sur les finances nationales.

L’exode rurale des jeunes et des personnes âgées (pour se rapprocher des centres de soins) est particulièrement importante au Japon (voir le phénomène akiya, ou maisons vides). L’émigration vers des villes pourrait soutenir les prix dans les villes, même si la population nipponne continue à baisser. Alors, le déclin démographique ne fait rien pour baisser le prix des maisons. Et un prix plus abordable pour un foyer ne va pas forcément inciter les jeunes à fonder une famille.

Que faire dans ce cas? Les gouvernements pourraient faciliter l’accès aux crèches et aux garderies au lieu d’agir sur le marché du logement. L’expérience du Japon pourrait servir aux politiciens en Europe et d’autres économies avancées confrontées aux évolutions démographiques complexes.

La Conférence HFE est organisée tous les ans par Hitotsubashi University, EHL Hospitality Business School et National University of Singapore (NUS) et reçoit le soutien de l’HES-SO.

 

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