Obligations d’entreprises en francs: la haute qualité est devenue plus attractive

Mattia Trotter, Vontobel

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De grandes multinationales suisses ont progressivement remplacé de plus petits emprunteurs régionaux, améliorant à la fois la diversification et la qualité de crédit globale.

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Les obligations d’entreprises en francs suisses sont discrètement devenues l’un des segments les plus attractifs du marché obligataire domestique. Autrefois considérée comme une classe d’actifs de niche, cette catégorie a fortement gagné en taille, en diversité d’émetteurs et en liquidité, tout en conservant sa qualité de crédit traditionnellement élevée. Associée à un portage attractif et à des fondamentaux solides, cette évolution crée une opportunité de plus en plus convaincante pour les investisseurs à la recherche de revenus défensifs.

Un marché arrivé à maturité

Le marché des obligations d’entreprises en francs s’est considérablement développé au cours de la dernière décennie, tant en termes d’encours que de nombre d’obligations accessibles aux investisseurs.

Le nombre d’émetteurs a également augmenté, quoique à un rythme plus modéré que le nombre d’obligations en circulation, progressant de 24% depuis 2012 et de 11% au cours des trois dernières années.

Contrairement à une idée répandue, la part domestique du marché des obligations d’entreprises en francs n’a pas dilué le caractère suisse de ce marché. Si les emprunteurs étrangers ont accru leurs émissions, souvent par le biais de plusieurs transactions de taille benchmark, la part des émetteurs domestiques a en réalité augmenté. De grandes multinationales suisses ont progressivement remplacé de plus petits emprunteurs régionaux, améliorant à la fois la diversification et la qualité de crédit globale. Cette évolution a en outre contribué à accroître le rendement de l’indice global des obligations d’entreprises en francs.

Du point de vue de la composition sectorielle, le marché des obligations d’entreprises en francs a connu une évolution progressive ces dernières années, les secteurs industriels augmentant leur part par rapport aux valeurs financières. En conséquence, la composition du marché s’est rapprochée de celle des marchés obligataires d’entreprises en euros et en dollars américains.

Enfin, une grande partie de la croissance du marché s’est concentrée sur les émetteurs notés AA et A, renforçant le biais historique du marché des obligations d’entreprises en francs en faveur d’une qualité de crédit élevée.

A l’avenir, la croissance pourrait de plus en plus provenir d’émetteurs notés BBB, notamment en raison du montant relativement faible requis pour faire partie de l’indice, soit 100 millions de francs, un seuil également adapté aux petites entreprises. Une telle évolution impliquerait certes un léger glissement vers une qualité de crédit moyenne plus faible, mais elle élargirait aussi l’univers d’investissement et créerait des opportunités supplémentaires de sélection active du crédit pour les plateformes d’investissement disposant de ce savoir-faire local et international.

Des fondamentaux de crédit solides et résilients

La qualité de crédit demeure la principale force du marché des obligations d’entreprises en francs. Les défauts de crédit sont restés rares, reflétant à la fois la solidité financière des émetteurs et le caractère conservateur de la base d’investisseurs. Depuis 2000, seuls dix défauts ont été recensés.

La tendance en matière de notation reste également favorable. Ces derniers temps, les relèvements de notation ont eu tendance à être plus fréquents que les abaissements, ce qui souligne la bonne santé financière actuelle du marché.

Les chiffres agrégés d’endettement doivent toutefois être replacés dans leur contexte. Historiquement, le marché comprenait une part relativement élevée de services publics suisses, de centrales partenaires et d’hôpitaux, des secteurs qui, par nature, affichent des niveaux d’endettement plus élevés en raison de leurs modèles économiques. Avec l’augmentation des émissions de multinationales très bien notées, l’endettement global a régulièrement diminué, renforçant le profil de crédit agrégé du marché.

La gestion active bénéficie des inefficiences du marché

Malgré sa croissance, le marché du crédit en francs continue de présenter des inefficiences structurelles qui créent des opportunités attractives pour les gestionnaires actifs.

Plusieurs facteurs contribuent à des erreurs de valorisation périodiques. La liquidité du marché reste inférieure à celle des grands marchés mondiaux du crédit, ce qui entraîne des écarts acheteur-vendeur plus larges et des dislocations de valorisation ponctuelles. En outre, une part significative du marché du crédit en francs, environ 30%, est composée d’émetteurs locaux non notés, peu couverts par les investisseurs internationaux et les fournisseurs de recherche. Par conséquent, les prix des titres ne reflètent pas toujours pleinement les fondamentaux sous-jacents.

Pour les investisseurs disposant de solides capacités d’analyse et d’une expertise du marché local, ces inefficiences peuvent constituer une source importante de génération d’alpha. Les gestionnaires actifs sont souvent en mesure d’identifier des opportunités attractives susceptibles d’être négligées par les acteurs de marché plus généralistes.

Par ailleurs, les obligations d’entreprises en francs continuent d’offrir un portage attractif par rapport à de nombreux autres segments obligataires en francs. Cela renforce leur attrait pour les investisseurs recherchant une génération de revenus stable tout en conservant un profil de crédit de haute qualité.

Comparaison du marché des obligations d’entreprises en francs avec ses pairs – un argument en faveur de la couverture de change

Historiquement, les principaux avantages des marchés internationaux des obligations d’entreprises résidaient dans leur taille plus importante, leur base d’émetteurs plus large et leur niveau de diversification plus élevé. Cela reste vrai, mais à mesure que le marché en francs s’est développé, l’écart s’est réduit. Aujourd’hui, les investisseurs peuvent accéder à un univers d’émetteurs en francs nettement plus vaste et plus diversifié qu’il y a dix ans, tout en continuant de bénéficier de la qualité de crédit et de la stabilité traditionnellement élevées de ce marché. En outre, le comportement des spreads sur le marché en francs s’est souvent révélé plus résilient en période de volatilité, reflétant les caractéristiques défensives à la fois de la base d’investisseurs et de l’univers d’émetteurs.

Une comparaison du marché du crédit en francs avec des indices internationaux d’obligations d’entreprises couverts contre le risque de change donne également une image positive. Une fois les coûts de couverture pris en compte, l’avantage de rendement du crédit en euros et en dollars américains s’est considérablement réduit, tandis que les obligations d’entreprises en francs continuent d’offrir une qualité de crédit supérieure et des caractéristiques défensives. Le marché du crédit en francs est devenu de plus en plus attractif au fil du temps.

Premièrement, par rapport aux marchés du crédit en euros et en dollars américains: historiquement, le crédit en francs offrait des rendements et un potentiel de performance totale inférieurs à ceux de ses homologues en euros et en dollars américains. Toutefois, le marché a progressivement comblé cet écart et propose désormais une proposition de valeur compétitive par rapport aux autres grands marchés du crédit, en tenant également compte de la duration nettement plus longue de l’indice américain comparable.

Deuxièmement, par rapport à l’indice global des obligations en francs: le crédit en francs a sensiblement accru sa prime de rendement et son avantage de portage par rapport au marché obligataire suisse au sens large, renforçant son attrait pour les investisseurs à la recherche de revenus supplémentaires tout en restant dans l’univers du franc suisse.

Par rapport au marché obligataire suisse dans son ensemble, les obligations d’entreprises offrent désormais une prime de portage nettement plus élevée. Par rapport aux marchés internationaux investment grade, elles continuent de se distinguer par des fondamentaux de crédit plus solides et par un comportement des spreads historiquement plus résilient en période de stress de marché.

Conclusion

Les obligations d’entreprises en francs sont passées d’une allocation de niche à un segment mature et de plus en plus compétitif de l’univers mondial du crédit investment grade.

La combinaison d’une profondeur de marché accrue, d’une qualité de crédit constamment élevée, d’un portage attractif et de caractéristiques défensives positionne particulièrement bien cette classe d’actifs dans l’environnement actuel de taux bas et de volatilité accrue.

Pour les investisseurs recherchant des revenus stables sans accroître sensiblement le risque de crédit, les obligations d’entreprises en francs méritent une attention renouvelée. Pour les gestionnaires actifs, les inefficiences qui subsistent sur ce marché continuent d’offrir des opportunités significatives de génération d’alpha.

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