Les tendances des ETF: diversification, électrification et retour en grâce de l’or

Philippe Ferreira, Kepler Cheuvreux Solutions

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La normalisation des flux sur les segments les plus recherchés au premier semestre s’accompagne d’un retour vers des expositions jusqu’ici moins favorisées.

 

Malgré les soubresauts de marché liés à la remontée des taux et aux effets collatéraux sur la Tech, la collecte sur les ETF reste particulièrement soutenue. Selon les données de Trackinsight, filiale du groupe Kepler Cheuvreux, les flux enregistrés depuis le début de l’année sont déjà supérieurs de près de 60% à ceux observés à la même période de 2025. La période estivale n’a pas véritablement interrompu cette dynamique: malgré quelques séances de prises de bénéfices, la collecte est restée élevée en juillet et en août.

Au-delà du niveau absolu des flux, les données de Trackinsight montrent toutefois une évolution de leur composition. Après un premier semestre marqué par une forte concentration de la collecte sur un nombre limité de thèmes, notamment la tech, les allocations tendent à se diversifier depuis le début de l’été. Il ne s’agit pas, à ce stade, d’une réduction générale du risque, mais plutôt d’une rotation entre segments.

Cette évolution est particulièrement visible sur les actions américaines. Après trois mois de collecte très importante sur les semi-conducteurs, pour un total proche de 42 milliards d’euros, les flux se sont récemment interrompus. Le constat est plus nuancé sur la technologie dans son ensemble, où l’on observe davantage une normalisation des souscriptions qu’un mouvement de décollecte.

En parallèle, les petites et moyennes capitalisations américaines bénéficient d’entrées significatives depuis le début de l’été. Les financières enregistrent également de nouveau une collecte positive, dans un contexte de publications globalement favorables au secteur. Ces mouvements suggèrent une diversification progressive des expositions aux actions après plusieurs mois de forte concentration.

Toutes les thématiques ne sont cependant pas concernées par cette rotation. L’électrification continue notamment de collecter à un rythme régulier. Elle constitue à ce titre l’une des tendances les plus persistantes observées depuis le début de l’année, sans signe notable d’essoufflement des flux.

Cette diversification des allocations se retrouve également en dehors des marchés actions. Après quatre mois consécutifs de sorties, les ETF exposés à l’or enregistrent à nouveau des flux positifs depuis début juillet, avec environ 3 milliards d’euros collectés. Le mouvement est également perceptible sur certaines stratégies ESG: les ETF intégrant des mécanismes de décarbonation ont enregistré plus de 4 milliards d’euros d’entrées depuis le début de juin.

Sur le fixed income, les flux révèlent une rotation au sein même des maturités. Sur le crédit, les sorties se concentrent désormais sur les obligations de maturité intermédiaire, tandis que les maturités longues enregistrent des entrées importantes. La collecte reste parallèlement soutenue sur le segment court. Cette configuration traduit une allocation relativement polarisée sur la courbe, avec le maintien d’expositions courtes et un regain d’intérêt pour la duration longue compte tenu des niveaux de rendement après la remontée des taux.

Enfin, les flux vers les produits à effet de levier demeurent très élevés. Ils ont représenté près de 300 milliards en juillet, tandis que les ETF à levier sur titres individuels ont enregistré environ 20 milliards d’entrées depuis le début de l’été. Les épisodes de volatilité observés sur certains de ces produits n’ont donc pas, pour le moment, entraîné de ralentissement significatif de la demande.

Les flux récents donnent ainsi une lecture assez cohérente du positionnement des investisseurs. Le niveau de collecte reste élevé, mais sa concentration diminue. La normalisation des flux sur les segments les plus recherchés au premier semestre s’accompagne d’un retour vers des expositions jusqu’ici moins favorisées, petites et moyennes capitalisations, financières, or ou décarbonation, ainsi que d’ajustements plus marqués sur la duration obligataire.

À ce stade, les données de Trackinsight signalent donc moins un mouvement de réduction du risque qu’une diversification progressive des allocations après un premier semestre particulièrement concentré.

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