Le moins que l’on puisse dire est que les étoiles ne se sont pas alignées au-dessus de Wall Street ce weekend. Ce matin on observe une accumulation de nuages bien sombres, bienvenue en septembre, mois honni des taureaux qui voit bien souvent le côté obscur de la force boursière prendre le dessus sur le sentiment du marché. Ce dernier se dégrade assez fortement ce matin, la faute au pétrole qui poursuit sa hausse, aux banques centrales qui semblent bien parties pour resserrer le robinet des liquidités cette semaine, Fed en tête, la faute enfin à des craintes sur les parquets de trading que les firmes actives dans l’intelligence artificielle ralentissent le rythme du développement de leurs plateformes.
Un nouveau choc énergétique pousse le Brent au-dessus de 107 dollars le baril. L’Arabie saoudite a fermé son oléoduc Est Ouest après des attaques de drones, les Houthis ont pris le contrôle d’une partie du littoral stratégique à l’entrée sud de la mer Rouge et la réunion prévue entre l’Iran et plusieurs pays du Golfe pour créer un corridor maritime dans le détroit d’Ormuz est reportée. Dans le même temps, les investisseurs renforcent leurs anticipations d’une hausse des taux de la Fed mercredi soir qui vient, ce qui soutient le dollar et pèse sur les actifs risqués. Enfin Dario Amodei d’Anthropic appelle à ralentir le développement de l’IA, une position soutenue par Elon Musk et Sam Altman, même si cette volonté de modération devrait rencontrer l’opposition de Wall Street, de l’industrie technologique et de Donald Trump. SoftBank chute de 11,2% à Tokyo ce matin après qu’Altman a indiqué qu’OpenAI ne serait pas introduit en bourse cette année, alors que le groupe japonais a parallèlement obtenu un prêt de 11,87 milliards de dollars pour soutenir son investissement dans OpenAI.
Résumons: le prix de l’énergie poursuit sa hausse et alimente de ce fait les craintes d’inflation. L’IA semble être en train de tacler les taureaux par derrière, les banques centrales sont sur le point de mettre des bâtons dans les roues des actions et le coût de la dette, Etats-Unis en tête, prends des proportions compliquées à digérer, ce matin le rendement du 2 ans US a littéralement explosé à la hausse, il cote 4,61% contre 4,41% jeudi. Techniquement, plus grand-chose ne semble capable de freiner la partie courte de la courbe des taux US jusqu’à 5%. La hausse des rendements des obligations gouvernementales est généralisée, notamment en France où le 10 ans OAT atteint 4.45% et traite désormais 95 points de base au-dessus du 10 ans Bund allemand. En comparaison, le 10 ans Grec cote 4,22%. Le message du marché obligataire est global et sans appel: le seul véritable segment du marché capable de dicter sa loi à tous les chefs d’Etat de la planète a perdu patience quant aux dettes et déficits des Etats, en parallèle il s’inquiète sérieusement que l’inflation n’accélère le rythme, la publication de l’indice des prix à la consommation des Etats-Unis vendredi a peut-être rassuré les plus optimistes, dans les faits le CPI reste à 3,4% contre un objectif de la Fed de 2%. Pire, il ne recule pas alors que le sentiment du consommateur au mois de septembre, publié par l’université du Michigan, chute de 51,7 à 47,8 ce qui ne devrait étonner personne, notamment lorsqu’on observe le prix du gallon de Diesel qui atteint un niveau surréaliste de 6 dollars.
Lorsque tout cela commence à ressembler à un gros bazar, il est souvent judicieux de se tourner vers les indicateurs internes de marchés, totalement dépourvus d’émotions et bien souvent utiles. Sentimentrader reste prudent à court terme mais haussier à moyen et long terme. Les principaux risques immédiats sont la hausse du pétrole, les tensions Etats-Unis/Iran, l’inflation, la remontée des taux et un environnement désormais plus «risk off». En revanche, plusieurs signaux historiques restent favorables aux actions: le ratio AAII (American Association of Individual Investors) vient de déclencher un signal qui a précédé une hausse du Nasdaq100 (NDX) à 12 mois dans 100% des cas précédents, avec un gain médian de 22,8%. Malgré une dégradation de la participation à court terme, la tendance longue du QQQ reste intacte : dans des configurations comparables, il a progressé dans 14 cas sur 16 à un an, avec une hausse moyenne de 15%. La faiblesse actuelle du breadth du S&P500 (SPX) près de ses sommets a également débouché sur une hausse à un mois dans 75% des cas. La liquidité monétaire constitue un autre soutien: Real M2 accélère et les deux indicateurs basés sur M2 restent positifs, historiquement favorables aux actions. Le yen déclenche aussi un signal haussier à moyen terme, surtout pertinent sur un horizon de 4 à 6 mois. En résumé: le marché peut encore rester volatil ou baisser à court terme, mais les indicateurs de fond suggèrent davantage une correction au sein d’un marché haussier qu’un véritable retournement baissier.
La séance de vendredi est calme, pas forcément à cause du Jeûne Genevois mais probablement parce que le marché est en mode attentiste anxieux. Le podium du jour du SPX se compose des services de communication, de la consommation discrétionnaire et de la tech, les volumes d’échanges sont faibles, le breadth positif et la volatilité repart à la cave, le VIX abandonne 11% à 15,84. Côté monnaies le dollar repart assez fortement à la hausse, la paire EUR/USD traite ce matin à 1,1554, la 200 jours (@1.1633) a bien fonctionné, la paire se bat désormais avec sa 100 jours (pile dessus), si ça passe ensuite elle regardera la 50 jours à 1,1531. On constate aisément ici que la perspective d’une hausse de taux par la Fed mercredi soir (87% d’attentes) commence à produire ses effets.
On jette un œil au 10 ans US, qui évolue à 4,97%, le niveau de 5,00% reste clé, gardons cet indicateur à l’œil.
L’or se stabilise autour de 4327 dollars l’once après trois semaines consécutives de baisse, avec un recul d’environ 1,8% sur la dernière semaine. A court terme, le principal risque reste une hausse des taux de la Fed, qui soutiendrait le dollar et les rendements réels, deux facteurs défavorables au métal jaune. Mais certains analystes estiment que le marché a déjà largement intégré ce durcissement monétaire et regarde davantage les soutiens de fond : rôle de diversification, achats persistants des banques centrales et demande asiatique. La Banque populaire de Chine a ainsi acheté 650’000 onces en août, son plus gros achat mensuel depuis 2023, portant sa série d’achats à 22 mois consécutifs. Plusieurs grands investisseurs institutionnels, dont Amundi, Pictet et Robeco, renforceraient également leurs positions. Enfin, les tensions géopolitiques autour du Golfe et du détroit d’Ormuz apportent un soutien supplémentaire à l’or. En résumé, le contexte de taux reste défavorable à court terme, mais la demande des banques centrales, des investisseurs et les risques géopolitiques continuent de soutenir la tendance de fond.
Cette semaine sera donc pavée de banques centrales avec son point d’orgue dès mercredi soir (la Fed). Jeudi ce sera le tour de la Banque d’Angleterre d’annoncer sa décision, pas de hausse prévue dans le marché. En revanche les intervenants prévoient un relèvement de 25 points de base par la Banque du Japon le lendemain. Rappelons que la semaine passée la BCE a, comme attendu, relevé ses taux de 25 points de base. Un "no brainer" pour Christine Lagarde alors que la BCE s’attend à ce que l’inflation dépasse les 2% pendant «une période prolongée».
Barron’s rappelle que les craintes autour de l’intelligence artificielle ne sont pas nouvelles: à chaque grande révolution technologique, certains ont prédit des effets catastrophiques sur l’emploi ou la société, souvent à tort. Pourtant, l’article estime que les avertissements actuels méritent davantage d’attention. Sam Altman et Dario Amodei ont eux-mêmes, depuis des années, souligné les risques potentiellement extrêmes de l’IA et plaidé pour une régulation internationale. Les inquiétudes se sont renforcées après les propos d’un chercheur d’Anthropic estimant à plus de 10% la probabilité que l’IA puisse provoquer l’extinction de l’humanité dans la prochaine décennie. Jusqu’ici, l’histoire incite à se méfier des scénarios catastrophistes, car l’automatisation a souvent créé plus d’emplois qu’elle n’en a détruits. Mais l’auteur souligne que la situation pourrait cette fois être différente : les nouveaux modèles progressent très vite, sont capables d’agir de façon autonome pendant de longues périodes, excellent dans la cyberattaque comme dans la cyberdéfense et montrent encore des problèmes d’alignement avec les intentions humaines. En résumé, Barron’s ne dit pas qu’une catastrophe est inévitable, mais que les risques autrefois théoriques deviennent suffisamment concrets pour justifier une régulation et une prudence accrues.
Le franc suisse recule face au dollar, principalement parce que le marché anticipe une Fed plus restrictive. Avec un taux directeur de la BNS toujours à 0%, le CHF reste une monnaie de financement attractive et figure parmi les devises du G10 les plus faibles face au dollar cette année. Un élément retient toutefois l’attention : vendredi, le président de la BNS Martin Schlegel n’a pas repris certains éléments habituels du discours de la banque centrale sur les interventions de change et les perspectives d’inflation, ce qui pourrait signaler une évolution de ton avant la prochaine décision de la BNS. L’inflation suisse a par ailleurs accéléré à 0,8% en août, contre 0,4% en juillet, dépassant toutes les prévisions et suggérant que la faiblesse du franc commence à se transmettre aux prix domestiques. Les réserves de change de la BNS ont légèrement augmenté, mais l’évolution des dépôts à vue ne montre aucun signe d’intervention massive sur le marché des changes. Enfin, la volatilité implicite du CHF remonte dans le sillage du yen. En résumé, le franc reste sous pression face au dollar, mais la remontée de l’inflation et le changement subtil de communication de la BNS pourraient limiter sa faiblesse à l’avenir.
Au menu macro-économique de ce lundi, à 17h15 un discours de la présidente de la BCE Christine Lagarde.
AstraZeneca annonce l’échec en phase III d’un traitement contre le cancer du sein, tandis que BP reprend les négociations salariales avec le syndicat de sa raffinerie de Whiting. Glencore figure parmi les candidats à un accord portant sur une fonderie d’aluminium au Venezuela, et GSK prévoit de fermer une usine de vaccins en Allemagne. Chez Volkswagen, les représentants du personnel réclament l’ouverture de négociations avec la direction. Aux Etats-Unis, Broadcom fait l’objet d’une enquête de la Commission européenne sur les licences VMware, Nvidia envisagerait d’investir jusqu’à 10 milliards de dollars dans l’IPO d’Anthropic, Amazon suspend certaines opérations aériennes après un crash, Meta est invitée par son conseil de surveillance à ne pas abandonner le fact checking et Tesla prévoit de lancer le Roadster le 1er octobre. Johnson & Johnson pourrait céder sa division orthopédie pour environ 20 milliards de dollars, Boeing a trouvé un accord de principe avec le syndicat des ingénieurs, Ford rappelle environ 223 500 véhicules et Larry Ellison renonce à vendre jusqu’à 7,5 milliards de dollars d’actions Oracle.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo perd 0,81% à la cloche, Hong Kong progresse de 0,33%, Shanghai égare 0,11%, Séoul boude à cause de l’IA et chute de 3,26% pendant que le Nifty50 est fermé. Les futures SPX et NDX baissent respectivement de 0,5% et 1,3%, l’Europe est indiquée en recul de 0,4% à l’ouverture de 9 heures.