Les acteurs financiers non bancaires, et en particulier les fonds qui prêtent de l’argent aux entreprises, ne sont pas encore assez bien surveillés par le superviseur, a affirmé jeudi le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau.
«Nous n’avons pas encore su trouver suffisamment les réponses micro et macroprudentielles qui conviennent pour assurer la résilience du système financier dans son ensemble au-delà des banques et des assurances», a déclaré M. Villeroy de Galhau à l’occasion de la présentation du rapport annuel de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).
Certains fonds de crédit privé - qui accordent des prêts aux entreprises sans être des banques - ont fait face ces derniers mois à des demandes importantes de retraits d’argent de la part des investisseurs aux Etats-Unis, signe d’un manque de confiance dans ces produits financiers.
L’ACPR, gendarme des banques et des compagnies d’assurance, s’est donc lancé dans un stress test (test de résistance) dédié à ce sujet, dont les résultats seront connus en octobre.
«La photo européenne aujourd’hui est rassurante, notre rôle c’est d’éviter que le film tourne mal», a résumé le gouverneur, qui souhaite «qu’un tel stress test à l’échelle du système puisse avoir lieu aussi au niveau européen, et regarde en particulier le crédit privé».
Les banques françaises sont exposées au crédit privé à hauteur de 0,4% de leur bilan, a précisé la secrétaire générale de l’ACPR Emmanuelle Assouan.
Ces expositions, aujourd’hui très limitées mais en hausse de 25%, «sont particulièrement complexes» puisque «protéiformes», a-t-elle continué.
Les banques peuvent être exposés via des prêts à des investisseurs qui eux-même placent cet argent dans le crédit privé, ou via des prêts accordés à des fonds d’investissement qui structurent des offres de crédit privé.
Les banques peuvent aussi, via du crédit bancaire classique, se retrouver piégées si leur client entreprise a souscrit par ailleurs un crédit privé et peine à le rembourser.
Ce sont ces nombreuses interconnexions et interactions au sein du secteur financier que l’ACPR veut démêler, en s’assurant que chaque établissement bancaire identifie les «noeuds de vulnérabilité qui peuvent se combiner aussi bien au niveau investisseurs, fonds qu’entreprises», a souligné Mme Assouan.
Les assureurs sont eux aussi exposés à la dette privée, à hauteur de 1% de leurs bilans, selon l’ACPR.
Mais leurs expositions «sont plutôt en général de bonne qualité et européennes», a indiqué le vice-président de l’ACPR Jean-Paul Faugère.
Les responsables de la Banque de France sont également revenus sur la situation des banques françaises vis-à-vis du Moyen-Orient, frappé par la guerre et le blocus du détroit d’Ormuz.
L’exposition des établissements bancaires aux pays touchés par le conflit se chiffre à 0,85% de leurs actifs financiers, «plutôt d’ailleurs sur les pays du Golfe évidemment que sur l’Iran», a précisé M. Villeroy de Galhau.
Le gouverneur de la Banque de France a surtout rappelé le risque pour les établissements financiers induit par les «conséquences indirectes macroéconomiques, c’est-à-dire le ralentissement que nous commençons à voir».