Vaccin contre le cancer: une étape majeure mais encore de nombreuses questions ouvertes

Chi Tran-Brändli & Clément Maclou, Zürcher Kantonalbank Asset Management

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Les entreprises biopharmaceutiques Moderna et Merck & Co. ont fait sensation sur les marchés actions cet été.

©ZKB / David Ramseier

 

Ce succès révolutionnaire a été largement salué sur les marchés boursiers: une étude consacrée aux thérapies anticancéreuses personnalisées à base d’ARNm a, pour la première fois, montré un bénéfice significatif. Dans le même temps, l’efficacité pour d’autres types de tumeurs, la sécurité à long terme et la rentabilité restent incertaines.

Les entreprises biopharmaceutiques Moderna et Merck & Co. ont fait sensation sur les marchés actions en août dernier. Le 19 août 2026, le cours de l’action Moderna a grimpé de plus de 150%, tandis que celui de Merck progressait d’environ 13%. La capitalisation boursière combinée des deux entreprises a progressé de 80 milliards de dollars comparée à celle de la fin juillet de cette année.

Ce rallye boursier a été déclenché par des résultats intermédiaires positifs d’une étude de phase III. Les données ont montré qu’après l’ablation d’un mélanome, un cancer de la peau particulièrement dangereux, le risque de rechute ou de décès cinq ans après le traitement par le vaccin à ARNm pouvait être réduit jusqu’à 49%. Il s'agit d'une étape majeure en immuno-oncologie.

De grands espoirs, de nombreuses inconnues

Il convient néanmoins de souligner que des paramètres essentiels tels que l’avantage en termes de survie, l’efficacité à long terme ainsi que le cadre économique, incluant les coûts de production et les prix de la thérapie, ne sont pas encore clarifiés. S’y ajoute le fait que, les néoantigènes des cellules cancéreuses variant d’une personne à l’autre, le vaccin doit être personnalisé. Il en résulte qu’il sera très probablement peu ou pas efficace chez une autre personne. De notre point de vue, cette capitalisation boursière supplémentaire n’est donc justifiée que si l’ensemble de l’étude de phase III confirme l’efficacité observée jusqu’ici et qu’un bénéfice similaire est démontré pour d’autres formes de cancers fréquents comme ceux du poumon, du sein, de la prostate et du côlon. Les données détaillées de l’étude doivent être présentées lors d’un congrès médical en novembre.

Ne pas prendre de «paris» binaires

Au sein de notre stratégie Swisscanto Sustainable Healthy, Merck & Co. compte parmi les plus importantes positions, ce qui nous a permis de bénéficier des récents mouvements haussiers du cours de bourse. Nous tenons à rappeler que nous n’investissons toutefois pas dans des sociétés biotech pré‑commerciales qui ne font que de la R&D et n’ont pas encore de médicaments sur le marché. L'objectif est d'éviter les événements binaires, succès ou échec, pouvant entraîner de fortes fluctuations de cours. En règle générale, nous ne nous engageons dans de nouvelles thérapies que lorsque les principaux obstacles cliniques et réglementaires ont été franchis et que les produits se trouvent déjà dans la phase commerciale ou sont très susceptibles de devenir rentables dans un délai d’un à deux ans. Nous privilégions donc les grands groupes de santé diversifiés, dotés de bilans solides et de pipelines de développement bien fournis, ainsi que les fournisseurs tout au long de la chaîne de valeur de l’oncologie et de l’ARNm. Nous pouvons ainsi participer à l'innovation médicale pour une longévité en bonne santé et personnalisée, sans exposer excessivement le portefeuille à des paris binaires.

Coûts élevés, fixation des prix complexe

Sur le plan économique, nous anticipons des coûts de fabrication élevés, notamment en raison de la production individualisée et de la logistique complexe. Nos estimations indiquent qu’il faudrait un prix par traitement d’au moins 500'000 dollars pour que Moderna réalise une marge habituelle pour le secteur pharmaceutique, en partant du principe que le coût de production serait d’environ 100'000 dollars. Aux Etats-Unis, on peut faire valoir qu’il s’agit, pour de nombreuses patientes et patients d’un traitement unique, ce qui pourrait accroître la disposition des payeurs à en assumer le coût. En Europe, les autorités devraient se montrer nettement plus sensibles aux prix. Déterminer un prix perçu comme «équitable», dans un contexte où se télescopent bénéfice clinique, coûts individuels et impact sur les budgets de santé, sera une tâche complexe. Une utilisation large et économiquement viable dans la pratique quotidienne risque donc encore se faire attendre.

Santé, coûts, bénéfices: l’équilibre délicat des traitements contre le cancer

D’un point de vue d’investissement durable, l’un des grands enjeux consiste à atténuer la pression croissante des coûts de santé. De nouvelles thérapies hautement innovantes, comme les traitements anticancéreux personnalisés à base d’ARNm, seront dans un premier temps plutôt coûteux et pèseront donc davantage sur les budgets. Toutefois, l’efficacité ne découle pas uniquement du prix d’un médicament pris isolément, mais de l’ensemble du système de prise en charge: une thérapie évite-t-elle les rechutes, les hospitalisations onéreuses ou les limitations à long terme? Contribue-t-elle à ce que les personnes demeurent plus longtemps en bonne santé, productives et autonomes? En conséquence, nous privilégions les entreprises et les solutions qui apportent une réelle valeur ajoutée médicale, renforcent la prévention et améliorent l’efficacité des processus. Les thérapies anticancéreuses à base d’ARNm devront trouver leur place dans ce système. La question décisive sera de savoir si leurs avantages à long terme justifient les efforts considérables et les coûts élevés qu’elles impliquent.

De la tumeur au vaccin anticancéreux sur mesure

En oncologie, les vaccins à ARNm sont utilisés sous forme de thérapies néoantigéniques individualisées. A cette fin, les mutations génétiques uniques (néoantigènes) des cellules tumorales des patientes et des patients sont séquencées. L’ARNm est ensuite produit artificiellement de manière à contenir le plan de construction de ces caractéristiques spécifiques à chaque tumeur, puis administré aux personnes malades. Après l’injection, l’organisme produit lui-même les protéines correspondantes. Les cellules immunitaires propres à la patiente ou au patient s’en trouvent «entraînées» à reconnaître et à éliminer les cellules cancéreuses restantes. A strictement parler, il s’agit donc d’une immunothérapie et non d’un vaccin prophylactique.

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