Va-t-on vers une récession mondiale en 2019?

François Savary, Prime Partners

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Le recul du PIB allemand au troisième trimestre 2018 est symptomatique du malaise qui règne actuellement.

 

Les dernières semaines n’ont pas été riches en nouvelles heureuses tant sur les marchés financiers que sur le plan économique. Sur ce dernier front, le recul du PIB allemand au troisième trimestre 2018 est symptomatique du malaise qui règne actuellement, puisque cela faisait plus de trois ans que l’économie germanique n’avait pas connu de repli aussi marqué de l’activité. Une preuve que même les économies les plus «solides» ne sont pas à l’abri du ralentissement de la croissance d’une part et que les tensions commerciales sino-américaines ont un impact plus large que ce que beaucoup étaient enclins à penser d’autre part. Un indicateur négatif ne fait pas une tendance me direz-vous! Certes, mais lorsque vous insérez ce chiffre dans le contexte de la baisse généralisée des indices PMI depuis quelques mois, on peut comprendre que les opérateurs de marché soient perturbés. De la même manière, entendre Alan Greenspan évoquer l’apparition possible d’une stagflation aux USA, dans le sillage d’une progression des salaires sans reprise de la productivité, n’est pas rassurant. On peut penser ce que l’on veut de l’ancien «boss» de la Fed, ces propos méritent toujours de faire l’objet d’une oreille attentive.

Les phases ultimes du cycle économique et financier
peuvent être de durée variable, ce qui rend leur gestion difficile.

En ce qui concerne les marchés financiers, le moins que l’on puisse dire est que le climat récent n’a guère été optimiste. A l’exception du cash, aucun actif ne semble trouver grâce aux yeux des investisseurs. Obligation privées, matières premières et marchés actions affichent des reculs, parfois significatifs, qui sont, pour le moins, l’expression d’un retour de l’aversion au risque au sein de la communauté financière. Faut-il même aller plus loin et en conclure que les actifs risqués intègrent désormais un scénario de récession, devenue inévitable au cours des prochains trimestres? On sait que les marchés boursiers ont, par le passé, affiché une bonne capacité à anticiper, avec quelques trimestres, l’apparition de tels développements «inopportuns» pour le cycle économique. Se poser la question peut paraître saugrenu, lorsque l’on se remémore «l’euphorie» que semblait habiter les investisseurs il y a quelques mois encore. Pourtant, il faut nécessairement s’interroger lorsque l’on observe le recul marqué des cours boursiers US au cours des 6 dernières semaines.

Nous sommes entrés dans la dernière phase du cycle économique et financier en 2018. Au demeurant, l’installation d’un régime de volatilité accrue sur les bourses, une année difficile pour les obligations d’entreprises et la dette gouvernementale, ainsi qu’une hausse sensible de la corrélation de ces dernières avec les marchés boursiers sont des phénomènes qui peuvent accréditer cette idée. Les phases ultimes du cycle économique et financier peuvent être de durée variable, ce qui rend leur gestion difficile. Que l’environnement global des marchés devienne plus erratique ne signifie pas que les actifs risqués sont appelés à afficher des performances négatives; en revanche, les anticipations de récession devraient logiquement peser fortement et durablement sur l’évolution de ces derniers.

Le recul récent des bourses pourrait donc être considéré comme la preuve qu’une récession menace. Nous ne sommes pas convaincus que cette dernière marque la conjoncture internationale en 2019. D’abord parce que le ralentissement de l’activité que l’on a observé au cours des derniers trimestres n’est pas aussi surprenant que l’on veut bien le dire; il pointait déjà à l’horizon si l’on en juge par le comportement passé des indices PMI. Ensuite, parce que le niveau affiché actuellement par ces derniers reste, dans l’ensemble, au-dessus de la barrière des 50; ce qui signifie que la majorité des économies devraient demeurer en expansion au cours des 6 à 9 prochains, malgré le ralentissement en cours. Annoncer une récession sur la base de ces indicateurs avancés nous semble excessif.

Sans un compromis raisonnable dans le différend
sino-américain, la probabilité d’une récession se fera plus grande.

Certes, l’économie américaine va voir son expansion se modérer puisque l’impact positif de la baisse des impôts va progressivement disparaître et que l’effet négatif de la «surstimulation» de la consommation induit par la «réforme fiscale» – accroissement du déficit commercial – va peser sur le PIB en 2019. Cependant, au regard de la forte croissance américaine en 2018 (vraisemblablement 2,8%-2,9%), un ralentissement ne devrait pas conduire cette dernière à 2%, eu égard à la vigueur du marché de l’emploi. En outre, certaines mesures de stimulation adoptées par la Chine doivent encore déployer leurs effets sur la conjoncture de l’Empire du Milieu, ce qui est de nature à favoriser une stabilisation de l’activité économique mondiale.

En un mot comme en cent, nous restons dubitatifs sur l’idée qu’une récession marquera la conjoncture en 2019, car nous n’avons pas les signaux nécessaires pour adhérer à une telle idée. Cela ne veut pas dire que nous devons ignorer ce risque dans l’appréciation des perspectives conjoncturelles. Ainsi, la question commerciale demeure cruciale. Sans un compromis raisonnable dans le différend sino-américain, la probabilité d’une récession se fera plus grande. Nous n’en sommes pas encore là! La politique monétaire, spécialement celle de la Fed, est également une source d’incertitude pour le cycle, si l’on en juge par l’histoire. Agir de manière contracyclique par une politique monétaire plus restrictive peut être source d’erreurs dommageables; en d’autres termes, les espoirs de limiter les risques de surchauffe économique peuvent se terminer en regret d’avoir nourri une spirale de récession! Dans ce contexte, nous misons sur 3 hausses de taux par la Fed d’ici juin 2019 avant un arrêt du processus de normalisation monétaire, ce que l’économie américaine devrait être en mesure de supporter, surtout si le dollar connait un repli à partir des niveaux actuels au cours des prochains trimestres.  

En conclusion, nous maintenons que nous sommes entrés dans la dernière phase du cycle économique depuis quelques trimestres. Le ralentissement en cours devrait de poursuivre à court terme, sans pourtant que la récession devienne une réalité en 2019. Cette dernière est un risque qui doit être pris en compte dans une appréciation des perspectives financières pour les 12 prochains mois mais «uniquement» en tant qu’alternative – dotée d’une probabilité limitée – à un scénario central qui postule que l’expansion économique perdurera, même à taux plus limité.  

En conséquence, il faut gérer son allocation en actifs risqués sur l’hypothèse que le régime de volatilité accrue qui s’est installé ne sera pas remis en cause et que le potentiel d’appréciation de ceux-ci est contenu, conformément avec ce que l’on peut attendre dans la dernière phase du cycle financier. Dès lors, la question n’est pas de savoir s’il faut «être tactique» sur sa pondération en actions mais bien de savoir gérer le risque total de son portefeuille de manière aussi efficace que possible! La mission ne sera pas simple.