L’heure est-elle venue de se désengager des émergents?

François Savary, Prime Partners

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Il suffit d’observer des flux de capitaux internationaux depuis quelques mois pour se rendre compte que les sorties d’argent se sont accélérées.

 

Tout se corse pour les marchés financiers des pays émergents depuis quelques semaines. Les développements argentins sont l’expression la plus immédiate de cette évolution négative mais ils nous rappellent surtout que le monde émergent reste sujet à des changements d’état d’esprit des investisseurs internationaux à leur égard, comme par le passé. Dans ce contexte, il suffit d’observer des flux de capitaux internationaux depuis quelques mois pour se rendre compte que les sorties d’argent se sont accélérées. Les tensions sur les rendements US ne sont pas étrangères à ce phénomène et la récente reprise de la devise américaine sur le marché des changes a renforcé le mouvement!

«Le paysage semble avoir radicalement changé
pour les actions et les actifs à revenus fixes émergents.»

En quelques mois le paysage semble avoir radicalement changé pour les actions et les actifs à revenus fixes émergents, qui avaient pourtant largement la cote auprès des investisseurs à la fin de 2017, nous compris.

Faut-il accepter son erreur et engager une option de repli stratégique dans un contexte global marqué par un changement de régime de volatilité?

Répondre à cette question dépendra, comme par le passé, des perspectives sur la devise américaine. Une poursuite de la revalorisation de celle-ci pourrait se révéler fatale aux pays émergents, à l’image de ce qui se passe en Argentine. Cette dernière connaît une situation macroéconomique particulière, me direz-vous, qui ne fait que rendre plus exact l’adage qui veut que «comparaison ne soit pas raison»! Certes, la politique gradualiste de Monsieur Macri n’a pas suffisamment corrigé les déséquilibres dont souffre l’économie argentine, ce qui peut rendre son cas «exceptionnel».

Cependant, il ne faut pas ignorer que les devises émergentes sont désormais sous pression et que la hausse des prix des matières premières ajoute aux problèmes de ces pays, particulièrement pour ceux qui sont importateurs de commodités. La conjugaison de monnaies faibles et de prix des matières premières à la hausse renforce le risque inflationniste dans ces économies, ce dont les banques centrales devront nécessairement tenir compte dans la conduite de leur politique monétaire, à un moment ou à un autre.

«Une orientation monétaire plus restrictive dans les pays émergents
pourait ajouter une pression négative sur le cycle mondial.»

Alors que l’économie mondiale est déjà sous la pression des incertitudes inflationnistes dans les pays développés, qui ont commencé le processus de resserrement des rênes monétaires, une orientation monétaire plus restrictive dans les pays émergents serait de nature à ajouter une pression négative sur le cycle économique mondial, qui donne des signes de vieillissement depuis quelques mois.
Dans ce contexte, on comprend le rôle que le dollar va jouer à court terme. La poursuite de sa hausse récente ne ferait que renforcer les pressions pour une politique monétaire plus restrictive dans les pays émergents. A contrario, une dépréciation de la devise de l’oncle Sam serait de nature à calmer le jeu dans ces derniers et à redonner un certain lustre à leurs actifs financiers.

Pour notre part, nous restons convaincus que la vigueur du dollar n’est que temporaire. La baisse des impôts votée par la Congrès fragilise l’économie américaine à moyen terme, en raison de la détérioration des comptes extérieurs qui devrait se matérialiser au cours des prochains trimestres. En outre, la forte progression des rendements obligataires US, depuis le milieu de l’an dernier, ne pourra pas continuer ad aeternam sans peser sur la croissance outre atlantique. Enfin, les perspectives relatives à la hausse des taux par la Fed se sont clairement réalignées vers le haut depuis quelques mois.

«Le retour en grâce du billet vert ne devrait être que temporaire.»

En un mot comme en cent, le retour en grâce du billet vert ne devrait être que temporaire, un phénomène sur lequel nous avions d’ailleurs parié au cours des derniers mois. Une stabilisation des conditions économiques européennes, qui ont déçu les investisseurs depuis février, devrait également soutenir le recul du dollar que nous attendons d’ici la fin de 2018.

En conclusion, nous ne remettons pas en cause, pour l’instant, nos choix d’investir dans les pays émergents. S’il faut demeurer sélectif et rester à l’écart de certaines situations particulières comme l’Argentine, par exemple, nous ne sommes pas convaincus que l’heure est venue de se désengager de manière globale.

Nous resterons très attentifs à l’évolution de la devise américaine, qui sera déterminante dans notre décision de changer de cap, le cas échéant. Rien de neuf sous le soleil des marchés financiers, les perspectives sur le dollar restent un facteur que tout investisseur doit intégrer pour déterminer l’ampleur de son exposition sur les actifs émergents!