Une initiative pour reconnecter la Chine à l’Europe

Salima Barragan

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«Avec l’initiative Belt and Road, la Chine tente de resserrer ses liens commerciaux et culturels avec l’Europe», estime Haidan Zhong d’Invesco.

L’initiative «Belt and Road», qui retrace les anciennes routes de la soie se déployant entre Chine et l’Europe, représente 67% de la population mondiale (dont 57% n’a pas encore l’accès à internet) et 37% du PIB global. D’après Haidan Zhong, client portfolio manager chez Invesco à Hong-Kong, cette initiative chinoise résulte de la vision à long terme du parti unique: «La Chine cherche à transformer son ancien modèle d'affaire orienté vers les exportations». Ce projet colossal va également lui permettre d’étendre son influence sur l’ensemble de la région. 

«Il faut se poser la question de savoir si l’on souhaite en faire partie ou critiquer».

Ce dernier point a souvent été sous le feux des critiques. Pour Haidan Zhong, cette attitude n’est pas constructive: «il faut se poser la question de savoir si l’on souhaite en faire partie ou critiquer». Certains pays occidentaux ont déjà fait leur choix comme en témoignent leurs investissements directs. En 2018, le congrès américain a octroyé au projet 60 milliards de dollars, alors que l’Union Européenne est en train de plancher sur un budget à hauteur de 60 milliards d’euros.

Initiative du Belt and Road
Source: National Development and Reform Commission

Haidan Zhong gère un fonds obligataire de 100 millions de dollars US sur la thématique du «Belt and Road», composé de dette souveraine et d’entreprise, uniquement libellée en dollars US. Naturellement tourné vers la Chine, il ne s’agit pas pour autant d’un fonds de dette chinoise car la majorité des émetteurs sont originaires du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Europe: «Nous investissons sur les destinataires à long-terme de l’initiative», souligne-t-elle lors d’un passage à Genève. Lors de la construction de son portefeuille, la gérante considère attentivement les profils de crédit des émetteurs, dont les notations sont égales ou supérieures à B: «Nous nous intéressons également aux sociétés, très bien notées sur le marché du crédit, qui bénéficieront du projet, malgré leurs rendements plus faibles», ajoute-t-elle. Elle détient, par exemple, des émissions du groupe Danone, dont le chiffre d’affaires est très exposé à cette zone.

Contribuer à l’amélioration économique de la région B&R
à travers des opportunités d’investissement.

Constitué de 27% d’obligations souveraines, le fonds détient des émissions de pays utilisant les financements étrangers à bon escient, ce qui n’est pas le cas de tous, à l’instar du Pakistan ou le Sri Lanka. A titre d’exemple, le Ghana a reçu plus de 20 milliards de dollars US d’investissements directs, soit la moitié de son PIB annuel. «Cette somme devrait créer des emplois et sa note de crédit devrait s’élever de B- à B, ce qui implique un resserrement du spread de 400 points de base», explique-t-elle.

Toujours en Afrique, China Telecom va investir 15 milliards de dollars US dans les autoroutes de l’information du continent. Haidan Zhong cible les entreprises d’infrastructure et d’internet locales qui profiteront des retombées financières: «Nous avons identifié des sociétés cotées dans ces secteurs au Ghana et au Nigeria qui émettent des obligations en dollars US avec une note de crédit B ou BB».

Enfin, en créant des hubs d’énergie et de transports, la Chine non seulement modernise les corridors économiques, mais les met également en concurrence. «Ce type de compétition va développer les standards de la région qui atteindront ceux d’Europe», conclut-elle.